Développement de l'enfant

Le dessin, un simple coup de crayon qui en dit long

Le dessin, c'est un jeu, un art et un moyen d'expression. Élisabeth Bergé, psychologue chez HapPsy, l’utilise lors de consultations avec des enfants. Un moyen ludique d’aborder diverses émotions et situations.

Comment introduisez-vous l’utilisation du dessin lors d’une séance avec un enfant ?
Élisabeth Bergé : « Souvent, lors du premier rendez-vous, l’enfant vient accompagné de ses parents et ne dit pas grand-chose. Je lui mets le matériel de dessin sur la table et des jeux un peu plus loin. Il peut dessiner librement et moi, j’essaye de faire le lien entre ce que ses parents me disent et ce qu’il exprime sur la feuille en même temps. Le dessin d’un enfant est hyperparlant, c’est spontané.
Si l’enfant est seul lors d’une consultation, je lui demande de dessiner sa famille, puis de dessiner sa famille en animaux. C’est intéressant de voir qui l’enfant dessine dans sa famille. Certains enfants oublient de se dessiner. Ce sont souvent des enfants qui n’ont pas confiance en eux. Je regarde également la place que prend le dessin dans la feuille, les couleurs, les vêtements…
Au niveau des animaux, certains enfants dessinent une famille d’animaux de la même espèce, d’autres dessinent des animaux très différents. Il y a parfois des prédateurs, mais pas tous… Je demande à l’enfant qui est quel animal. Puis je lui demande de me raconter le caractère de chaque animal, du loup par exemple. Si l’un des parents est dessiné en chat et l’autre en souris, cela signifie quelque chose. On peut aussi voir à qui l’enfant s’identifie. S’il se dessine en tant que puce, ça veut dire quelque chose. À moins que ce soit un surnom affectif. »

Vous parlez du dessin libre, mais que pensez-vous du coloriage ?
É. B. : « Le dessin libre et le coloriage n’apportent pas la même chose à l’enfant. Tout dépend de ce que l'on recherche. Si l'on souhaite se servir du dessin comme source de créativité, proposer à l’enfant des crayons et une feuille blanche, c'est l’idéal. Le coloriage permet beaucoup moins de s’exprimer, mais il apprend à respecter des limites. Ce qui se fait souvent à l’école. Le coloriage est tout de même intéressant à observer au niveau du choix des couleurs. Les couleurs ne sont pas anodines, ce sont des émotions. Un enfant qui ne dessine qu’au crayon gris est certainement un enfant déprimé ou un ado inhibé socialement. Chez un petit, il faut des couleurs. On regarde aussi la force du trait, si l’enfant a appuyé sur son crayon ou pas. »

Certains dessins d'enfants sont très sombres ou plein de monstres...
É. B. : « Oui. Le dessin permet d’extérioriser des émotions que nous vivons. Si un enfant a peur la nuit et qu’il dessine beaucoup de noir dans ses dessins, on ne peut que se réjouir qu’il parvienne à libérer ses angoisses sur le papier. Le dessin peut avoir une fonction exutoire. Les dessins qui font peur sont parfois très positifs. J’ai fait tout un travail avec un enfant qui ne dessinait que des monstres. Il a dessiné son monstre idéal et c’était très intéressant. »

Vous vous servez des dessins lors d’entretiens psychologiques avec des enfants, pensez-vous que les parents aussi peuvent analyser les dessins de leurs enfants ?
É. B. : « Les parents ne sont pas neutres face aux dessins de leurs enfants et risquent de voir des choses qui n’y sont pas. Si quelque chose est récurrent dans un dessin, on peut s’interroger dessus. S’interroger, mais pas s’alarmer. Le challenge, c’est de s’interroger sur cet élément en se mettant à hauteur d’enfant. »

Quelle attitude conseillez-vous d’adopter lorsqu’on reçoit un dessin ou un gribouillis d’enfant ?
É. B. : « Dans un dessin, l’enfant met toutes ses émotions, tout son amour. Critiquer un dessin, ce serait bafouer tout son amour. Mieux encore que lui dire ‘C’est beau !’ ou le critiquer, je pense que l’enfant appréciera qu’on s’intéresse à son dessin, qu’on lui demande ce qu’il a dessiné… »



E. W.

En savoir +

Du têtard au bonhomme

  • Vers 18 mois, l'enfant muni d'un crayon découvre le trait. Il le multiplie pour former de jolis gribouillis.
  • À 3 ans, l'enfant développe sa motricité fine. Il tient de mieux en mieux un crayon et peut tracer des cercles. Souvent, il expliquera son dessin après l'avoir fini, changera parfois d'explication, redessinera par-dessus une première œuvre… Dessiner est un jeu, une expérience. Dur, dur, de deviner ce qu'il veut représenter, mieux vaut simplement le lui demander. Il commence doucement à dessiner des têtards pour représenter des personnes : un rond avec des yeux pour la tête, duquel sortent des traits pour les bras et jambes. Au fil du temps, le bonhomme se précise avec une bouche, un nez, des cheveux...
  • Vers 4-5 ans, un tronc apparaît, puis les mains, doigts et pieds du bonhomme. Les dessins d'enfants de 4 ans commencent à être reconnaissables. Pour avoir des vêtements ou voir les personnages dessinés en mouvement, il faudra encore attendre un peu.

Bien sûr, cette évolution est théorique et comme dans tous les domaines, chaque enfant avance à son propre rythme. Un petit constat cependant, les enfants qui regardent longtemps la télévision ont moins l'occasion de s'exercer au dessin et proposent des bonshommes peu élaborés. On vous épargne les détails de cette étude d'un pédiatre allemand, mais on vous propose de laisser feuilles blanches et crayons à disposition sur la table basse du salon, sans écran allumé...

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