Grossesse
« Kraam » pour désigner la période qui suit l’accouchement, « zorg » qui signifie soin. Aux-Pays-Bas et en Flandre, la kraamzorg est une personne qui passe toute la journée gratuitement à la maison pour accompagner les parents tant sur le plan médical que sur les volets pratiques et psycho-affectifs.
Alec a quelques jours. Nathalie et Greg apprivoisent ce nouveau petit être dans leur appartement de Groningen, au nord des Pays-Bas. Pour la maman, il faut aussi se remettre de son accouchement par césarienne en urgence. Si elle a passé quatre jours à l’hôpital, contrairement aux mamans qui accouchent par voie basse et qui rentrent directement chez elle, elle a tout de même encore droit à une « kraamzorg », une personne spécialisée dans les soins de maternité.
« Vous pouvez aller dormir, souffle l’accompagnatrice constatant la fatigue de la maman, je vais m’occuper du bébé. S’il se réveille, j’essayerai de le rendormir. Et si je vois que le bébé a faim et qu’il doit prendre le sein, je vous réveillerai ». Nathalie sait que le bébé est entre de bonnes mains, qui pourront mettre le père en confiance par la même occasion.
« Un soulagement »
À son réveil, une salade de fruits attend la maman sur la table. Elle a été préparée par la kraamzorg. Comme tous les jours, cette dernière a également noté dans un carnet d’accompagnement de naissance la température de la maman, celle du bébé, son poids, l’état de ses selles. Il y a aussi un tableau d’allaitement et un descriptif de l’état de la maman.
Tous les parents reçoivent ce carnet et ont droit à cette aide gratuite. « C’est le système ‘normal’ aux Pays-Bas », nous dit Nathalie. La prise en charge du post-partum, une période où la maman doit se remettre de son accouchement, c’est institutionnalisée.
À l’heure de nourrir son bébé - Nathalie a choisi le sein –, l’accompagnatrice lui montre comment bien positionner Alec. À l’heure du bain, elle accompagne les parents dans leurs nouveaux gestes. La kraamzorg reste de 9h à 15h chez eux pendant huit jours. « Une mise en confiance », pour le couple belge expatrié.
« Il faudrait la même chose chez nous »
Car si Alec a aujourd’hui 6 ans, Nathalie se souvient bien du soulagement d’avoir cette aide à la maternité à domicile. « C’est vraiment un soutien post-partum dans sa globalité. C’est une bonne transition. On ne se retrouve pas chez soi perdus, alors que les premiers jours avec un enfant, surtout quand c’est le premier, peuvent être un peu déroutants ».
Température, prise de poids, état général, cicatrisation et nettoyage du cordon… la kraamzorg aide donc au soin à l’enfant, mais aussi, à la maman. « Je me sentais à l’aise de poser toutes les questions sur tous les aspects, que ce soit par rapport à mon bien-être ou autre. Par exemple à propos de ma cicatrice, consécutive à la césarienne. La kraamzorg effectue aussi d’autres contrôles sur la maman pour être sûre que la remise en forme se fait, bien qu’il n’y ait pas de complications ». Constantes rétractations de l’utérus, saignements, cicatrisation, état de la poitrine, jambes, etc., la kraamzorg vérifie et accompagne.
« Cette prise en charge de la mère et de l’enfant en post-partum n’est pas aussi présente chez nous » : Nathalie sait de quoi elle parle. Quatre ans après la naissance d’Alec, elle a accouché d’une petite Ailsa. Mais, cette fois, en Belgique francophone, puisque la petite famille venait de déménager du côté de Jurbise.
« C’était particulier, on était au tout début du covid, mais je me souviens des visites de la sage-femme. Elles étaient d’une grande qualité, mais ça n’a rien à voir. Ces visites sont beaucoup plus courtes et n’ont lieu qu’une fois par jour pendant cinq jours. C’est très différent aux Pays-Bas : si on a une question, la personne est là pendant toute la journée. On est tout de suite plus tranquilles, on ne doit pas commencer à noter sur un carnet toutes les questions pour les poser à la sage-femme quand elle passera. »
Cette prise en charge du post-partum dans sa globalité, c’est un des combats menés par la Ligue des familles. L’association vient de lancer une campagne et une étude sur le sujet. « Elle propose la mise en réseau des professionnel·les et acteurs de terrain pour une approche pluridisciplinaire (médicale, psycho-affective, ménagère…) . Avec la ligne directrice suivante : que la femme qui vient de mettre au monde un enfant doit être prise en charge de manière globale sur un temps plus ou moins long, en fonction de ses besoins », écrit la chargée d’études Lola Galer.
Elle constate que oui, il y a une prise en charge des mamans en post-partum en Belgique francophone (voir ci-dessous), mais que celle-ci est trop fragmentée dans les soins et aides proposées. « Elles sont aussi peu connues des nouveaux parents, ce qui génère un vide de soins à un moment particulièrement crucial pour la maman et son bébé », explique Lola Galer. Elle préconise donc de mettre en place automatiquement des « soins à la maternité », à l’image de la « kraamzorg » que Nathalie a vécue aux Pays-Bas.
EN SAVOIR +
La situation en Belgique francophone
La Ligue des familles reproche une prise en charge trop fragmentée du post-partum chez nous. Mais concrètement, à quoi a-t-on doit en Belgique francophone ?
- Les visites d’une sage-femme : comme le montre l’infographie ci-contre, vous avez jusqu’à 17 séances de soins postnataux par une sage-femme remboursés pendant 1 an après la naissance. Vous constaterez sur ce schéma que le montant à sortir de votre poche, même s’il est remboursé à 100%, est dégressif. Un problème pour les sages-femmes comme le souligne le KCE, le centre fédéral d’expertise en soins de santé. Infos : sage-femme.be
- Les consultations de l’ONE (Office de la naissance et de l’enfance) : Il faut se rendre dans un service près de chez vous. C’est gratuit et le but est préventif. Mais là encore, les consultations sont axées sur l’enfant jusqu’à ses 6 ans plutôt que sur la maman en post-partum. Infos : one.be
- Aide-ménagères : les mutuelles proposent des aide-ménagères via le système de titres-services. Ce n’est pas gratuit, mais c’est plus abordable. Si cette personne peut aider à faire le ménage, elle n’est nullement spécialisée dans la prise en charge du post-partum comme aux Pays-Bas et en Flandre. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle.
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