Crèche et école
Étude et école de devoirs, voilà l’offre disponible pour les parents qui ne souhaiteraient pas se farcir les devoirs à la maison. Décryptage de ces deux options avec nos expert·es.
L’article précédent pose une question cruciale : êtes-vous prêt·e à accompagner votre enfant dans les devoirs ? La question interpelle, elle suscite même peut-être un petit dialogue intérieur en vous. « Parce que j’ai le choix ? Si ce n’est pas moi qui m’y colle, qui le fera ? ». On a pris la balle au bond… pour la renvoyer à Valentine Anciaux de Psychoéducation.be et Merlin Gevers de la Ligue des familles.
L’étude, un service à la carte
Creusons la piste de l’étude en tant que service qui permet aux élèves de réaliser leurs devoirs au sein de l’école sous la supervision d’un·e enseignant·e. Malheureusement, elle n’est pas mise en place dans toutes les écoles. Il n’y a aucune obligation en la matière puisqu’il s’agit d’un temps extrascolaire. À ce sujet, pas de chiffres disponibles pour estimer quel pourcentage d’écoles en sont dotées.
Ce que l’on sait par contre de l’enquête coûts scolaires 2022 de la Ligue des familles, c’est que 37% des élèves fréquentent une étude (18% à titre gratuit et 19% à titre payant). Les 63% restants ne la fréquentent donc pas. Là encore, les chiffres manquent pour nous indiquer si c’est parce que le service n’existe pas, est trop coûteux ou n’intéresse pas les parents. « On sait qu’une proportion significative d’écoles n’organise pas d’étude dirigée. Et quand elle est organisée, le coût est parfois un frein », avance Merlin Gevers.
L’étude est un service à la carte. Elle représente pourtant un moyen de réduire les inégalités entre élèves. Tous les acteurs le disent. La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) en est consciente. Elle s’est engagée à proposer une heure d’étude dirigée gratuite dans sa déclaration de politique 2019-2024. Il lui reste un an pour le mettre en œuvre.
Les écoles de devoirs en sous-effectif
Les écoles de devoirs (EDD) sont au nombre de 450 en Régions wallonne et bruxelloise. 394 d’entre-elles sont reconnues et subsidiées par l’ONE. Chaque jour, ces EDD accueillent 20 000 enfants. Chaque année, l’équivalent stagne sur liste d’attente faute de places. « On pourrait créer une école de devoirs tous les cinq cents mètres, elles seraient encore toutes complètes », avance Christian Dengis, porte-parole de la Fédération des écoles de devoirs.
Implantées dans des maisons de quartier ou de jeunes, des AMO, des centres culturels, des CPAS ou autres asbl, les écoles de devoirs sont fréquentées par les enfants et les jeunes des écoles du quartier. Face à la demande importante, chaque école de devoirs arbitre. Parmi les critères, la situation de la famille arrive en tête. Les parents maîtrisent-ils le français ? Sont-ils en capacité d’accompagner les devoirs ? Ce service s’adresse en priorité aux familles fragilisées.
Les écoles de devoirs portent mal leur nom. Elles aussi plaident pour que les devoirs retournent à l’école. Parce qu’ils creusent les inégalités entre les enfants. Parce qu’ils grignotent trop de temps. Parce qu’ils ne correspondent qu’à une des quatre missions assignées aux écoles de devoirs. Au-delà du développement intellectuel, elles œuvrent aussi à développer la créativité des enfants, à faciliter leur accès à la culture, à les émanciper et à les faire participer à des actions citoyennes. Dans les faits, les écoles de devoirs font surtout de l’accompagnement aux devoirs.
Du côté de Sainte-Walburge, sur les hauteurs de Liège, Lara Jochems, coordinatrice, confirme. « On est pris en otage par les devoirs. On essaye de les terminer pour 16h30 pour laisser au moins une demi-heure de jeux aux enfants ».
Dans la structure liégeoise, le mercredi après-midi, les devoirs sont interdits. Le temps d’un après-midi, les élèves redeviennent des enfants. Ils chevauchent les terrils, préparent des crêpes, assistent à des spectacles. Ils ne travaillent pas pour l’école, mais ils continuent à apprendre.
« Pour qu’un enfant soit disponible aux apprentissages, il faut qu’il se sente suffisamment en sécurité, qu’il dispose d’une bonne estime de lui, qu’il soit intégré dans le groupe, ce sont toutes ces choses que l’on travaille quand on ne fait pas les devoirs », conclut Laura Jochems.
APPEL
Volontaires, signalez-vous !
Les écoles de devoirs fonctionnent à 50% grâce à l’aide de volontaires. Depuis le covid, elles peinent à recruter. Si vous êtes patient·e et que vous disposez de deux heures par semaine, il ne vous reste plus qu’à vous signaler auprès de la coordination de votre province.
À LIRE AUSSI