Loisirs et culture
Le dossier du Ligueur de ce mois de janvier vous propose de réfléchir aux moyens de lutter contre la montée des idées d’extrême droite dans notre société. Et donc de favoriser tout ce qui prône l’ouverture aux autres, l’acceptation des différences, la solidarité, etc. Ce dossier proposera une liste de livres jeunesse qui aident les parents à développer ces valeurs auprès de leurs enfants. Parmi ceux-ci, la chronique Lire, ça m’dit de cette semaine a choisi Les gens sont bizarres, de Victor D.O. Santos et Catarina Sobral (éd. Versant Sud Jeunesse). Cet album drôle met en avant le fait que chacun∙e est unique et mérite d’être respecté dans sa différence. À l’école, au club de gym, à la bibliothèque, dans le métro et même chez soi ! Est-il normal d’être bizarre ? Si oui, est-ce bizarre d’être normal ? Finalement nous sommes toutes et tous uniques et cet album le montre dans des illustrations joyeusement colorées, pleines pages, avec une galerie de sacrés personnages observés par un narrateur candide comme peut l’être un enfant qui nous décrit ses observations. Dans le même esprit de déconstruction des préjugés, la Villa - Centre culturel de Ganshoren présente jusqu’au 31 janvier une exposition consacrée aux portraits : "Frimousses multiples, des histoires à déconstruire". Une autre manière de sensibiliser les enfants aux différences entre les êtres humains et à l’importance d’être soi. Une proposition de la Fondation Battieuw-Schmidt, fonds de l’image et du texte pour la jeunesse, en partenariat avec la bibliothèque de Ganshoren et la Ligue des familles.
Les gens sont bizarres
Bizarres, vous avez dit bizarres ? C’est ce que se dit le petit narrateur de cet album de Victor D.O. Santos et Catarina Sobral (éd. Versant Sud/Hors collection) en observant passants et passantes à l’école, au club de gym, à la bibliothèque, dans la rue, etc. Il s’adresse en le tutoyant à son chien qui l’accompagne partout (et indirectement aux lecteurs et lectrices). Il partage ses observations et interrogations tout au long de ses pérégrinations. Des thèmes comme l’amour, la joie, la peur, le regard des autres, la liberté de penser par soi-même, le sans-abrisme et surtout la normalité, apparaissent à chaque fois que l’on tourne la page dans une séquence de la vie enfantine quotidienne. Il s’étonne au passage de nos paradoxes et nos contradictions d’adultes qui le laissent bien souvent perplexe. Gageons que chaque lecteur et lectrice sera pareillement amené∙e à s’interroger et à réfléchir le monde qui l’entoure. Et à ne pas s’arrêter à des certitudes toutes faites. L’auteur et l’autrice de ce livre-promenade se sont également amusé∙e à dresser leur portrait dans ce qu’il a de plus bizarre. C’est ainsi que Victor D.O. Santos, auteur américano-brésilien d’albums qui ont été traduits dans plus de quarante langues, porte des chaussettes bizarres et aime jongler avec des pommes et des oranges quand il est au supermarché. Il élève deux enfants multiculturels et trilingues dans le Midwest américain et ne leur parle qu’en portugais, ce qui fait que les gens le trouvent parfois bizarre. Autrice et illustratrice d’albums et de films d’animation portugaise, Catarina Sobral vit dans une maison qui appartient à deux chats – Mooncake et Egas – qui gardent toujours un œil sur son travail, son sommeil et toutes ses activités. Elle n’aime pas faire le ménage, pourtant, elle est maniaque. Il semble qu’elle aime le thé à l’ail, chose qu’elle n’admettrait jamais parce qu’elle aurait l’air encore plus bizarre. Et puis, certain∙e∙s trouveront ses illustrations bizarres car elle ne cherche pas à les rendre hyperréalistes. Elle joue des perspectives, glisse un âne derrière la fenêtre à l’étage d’une épicerie, un chameau dans un jardin et couvre généreusement ses pages de couleurs vivantes. Comme le disait Theodor Seuss Geisel, alias Dr. Seuss, auteur-illustrateur né en 1904 dans le Massachusetts et mort en 1991, cité en fin de livre, « Nous sommes tous un peu bizarres et la vie est un peu bizarre… » (À partir de 4 ans)
Expo « Frimousses multiples »
Rappelez-vous des contes traditionnels qu’on vous a lus enfant, pétris de valeurs d’un autre temps où les stéréotypes sont nombreux. Inconsciemment, ces préjugés ont pu nourrir notre imaginaire collectif. Preuve qu’il n’y a pas de littérature jeunesse innocente. Les livres pour enfants sont éminemment politiques. La preuve en est la censure croissante dont certains sont la cible aux États-Unis. Heureusement, le secteur a évolué. Aujourd’hui se multiplient les histoires qui représentent toutes les diversités, qu’elles soient culturelles, de genre, de familles ou encore d’handicap. Ces livres permettent à chacun·e de se reconnaître et de trouver sa place dans une société plus inclusive. L’exposition proposée par la Fondation Battieuw-Schmidt/ Fonds de l’image et du texte pour la jeunesse, en partenariat avec la bibliothèque de Ganshoren et la Ligue des familles à la Villa - Centre culturel de Ganshoren a le mérite de mettre en avant cet aspect inclusif de la littérature jeunesse. Pour ce faire, elle est centrée sur les portraits, d’où son titre : "Frimousses multiples, des histoires à déconstruire". Elle aborde les expressions de genre, la question des identités, culturelles et autres, mais aussi des contes à déconstruire. L’exposition propose également de nombreuses recommandations de littérature inclusive. Vous y trouverez des originaux de Martine, Ernest et Célestine mais aussi de Adi de Boutanga, Frida Kahlo par Benjamin Lacombe et beaucoup d’autres, issus de la collection de la Fondation Battieuw-Schmidt – Fonds de l’image et du texte pour la jeunesse, laquelle publie la revue en ligne Lu et partagé ! et une infolettre (luetpartage@gmail.com). Comme pour chacune de ses expositions, La Villa accueille du public scolaire. En plus d’une visite guidée, les élèves bénéficient d’un atelier stop-motion pour animer les portraits présents dans l’exposition. Cerise sur le gâteau : l’exposition s’adressant autant aux plus petit·es qu’aux plus grand·es, une séance d’écoute de podcast pour les adultes et des « racontines » pour les enfants sont proposées le samedi 24 janvier à 14h. L’écoute de l’épisode « Les bons contes font-ils les bons enfants », du podcast «Vivons heureux avant la fin du monde» de Delphine Saltel pour ArteRadio.com, sera suivie d’une discussion en partenariat avec la Ligue des familles. Le podcast explore les contes de fées traditionnels et leur impact sur les enfants. Il remet en question la pertinence de transmettre des histoires violentes et souligne l’importance de revoir ces récits à la lumière des valeurs actuelles. Pendant ce temps, la bibliothèque de Ganshoren (mais toujours à La Villa) racontera des histoires inclusives aux plus petit·es. Ces « racontines » seront suivies d’un atelier de bricolage.
Attention ! Pour ne pas perturber l’écoute du podcast, l’exposition ne sera pas accessible aux personnes non-inscrites aux activités le samedi 24/01.
Infos et réservation au 02 420 37 27 – info@lavillaculture.be
GRATUIT
Exposition accessible jusqu’au 31 janvier du lundi au samedi de 14h à 17h (fermée le dimanche et le 24/01).
La Villa - Centre culturel de Ganshoren : Place Guido Gezelle, 26 à 1083 Ganshoren.