Vie pratique
Vous avez eu la chance d’avoir des grands-parents exceptionnels. Toujours présents, jamais collants, le mot juste, aimants. Des aïeuls exemplaires en somme. Normal d’attendre de leurs enfants (vos parents, donc) qu’ils deviennent à leur tour des supermémés, des superpépés. Manque de pot, ça ne se passe pas comme prévu. Ils ne se manifestent pas, ne montrent aucune attirance pour leurs petits-enfants et louvoient dès qu’ils le peuvent. Une dispute, un éloignement géographique, un problème d’incompatibilité font de votre famille un puzzle. Pas toujours évident de faire en sorte que les pièces s’imbriquent et forment une image.
Côté grands-parents
De la famille du cœur à la famille rancœur, il n’y a souvent qu’un pas. Ce n’est jamais évident d’affronter ce genre de situation. Surtout lorsque des petits-enfants sont impliqués. Beaucoup se reconnaîtront dans l’histoire de Joëlle et les autres et dans l’obstruction des combinaisons familiales.
► Joëlle : « Mes petits-enfants me réclament »
« Grand-mère de trois petits-enfants, je les adore. Je n’ai jamais eu de relations simples avec ma fille et suite à une dispute de trop datant de cet été, je ne les vois plus du tout. Cette situation m’obsède, j’essaie par tous les moyens de voir mes petits-enfants, mais rien n’y fait. Je suis tellement bouleversée que j’en suis tombée malade. Le pire, c’est que je sais par des proches qu’ils me réclament. Mon entourage, jusqu’à mon médecin lui-même, me conseille de prendre un peu de distance face à cette situation, tant je suis affectée. Je ne pensais pas que toute la joie qu’ils m’ont apportée aurait pu me faire tant souffrir. »
► Roland : « Une génération pourrie gâtée »
Pour d’autres, il y a tout simplement un rejet total de la famille et un fossé générationnel infranchissable. Roland, sans trop se remettre en cause, livre un témoignage unique en son genre. Unique, vraiment ? « J’ai un fils et une fille. Et je suis le grand-père de trois petits-enfants que je ne connais pas. Mon ex-femme s’est remariée, mais je suis resté en contact avec mes enfants. Je ne m’entends pas particulièrement bien avec eux, mais je suis issu d’une génération qui sait encore ce que le mot ‘devoir’ signifie. Je ne me reconnais pas dans cette famille. Mon gendre est Anglais, donc je ne sais pas communiquer avec lui. Et ma belle-fille est une petite fille à papa. Pas étonnant que les enfants soient pourris gâtés. Quand je suis arrivé du Portugal, d’où je suis originaire, avec mes parents, nous avions tout à construire. La famille était une bouée de sauvetage et on la respectait. Aujourd’hui, ce n’est pas grave si les enfants ne disent pas bonjour. Il faut attendre qu’ils soient au lit pour pouvoir manger. Ils sont les rois et nous ne pouvons que nous y plier. Non merci. »
► Katerine : « Nous ne voyons pas notre petit-fils grandir »
Intervalle géographique, frontière familiale…Est-ce la vraie raison d’un éloignement ou s’agit-il d’un simple prétexte ? Nous avons vu dans des témoignages précédents que des grands-parents s’impliquaient en dépit des distances. Cependant, certains semblent y trouver de bonnes justifications à leur comportement. Katerine et son mari ne savent plus quoi faire. « Mes enfants sont partis vivre en France au moment ou ma belle-fille était sur le point d’accoucher. Nous ne voyons pas grandir cet enfant et il ne nous connaît même pas. Quand nous nous voyons, nous passons notre temps à nous chiffonner avec nos enfants et très rapidement la tension règne. Depuis que mon fils est père, il ne nous appelle plus, ma belle-fille est devenue distante et ils cèdent tout à leur enfant. Lorsque l’on se rend chez eux, on a l’impression de déranger, d’ailleurs nous ne sommes plus invités. Et s’ils viennent, il faut tout leur passer. Nous ne sommes jamais sollicités et nous ne demandons rien car nous ne voulons pas être intrusifs. Si l’on se remet en question ? J’estime que nous en avons suffisamment fait comme ça. »
► Denis : « Je n’ai pas le déclic »
Si certains témoins ne s’avouent pas réellement qu’ils sont en dehors du rôle, d’autres au contraire en sont conscients et le déplorent. Denis, 61 ans raconte : « Mon fils aîné a adopté une petite fille il y a trois ans. Elle est adorable et ils forment une famille vraiment mignonne. Je n’arrive pas à y trouver ma place. Je vois bien que mon fils aîné en souffre. Seulement, je n’ai pas le déclic. Est-ce instinctif ? Est-ce une histoire de sang, de filiation ? Je n’en sais rien. J’appréhende énormément le jour où mes autres enfants fonderont à leur tour une famille. À ce moment-là, je pense que je me sentirai vraiment grand-père. Aujourd’hui, lorsque l’on me demande si j’ai des petits-enfants, je parle de la ‘fille de mon fils’ plutôt que de ma petite-fille. C’est très triste, et je n’arrive pas à faire autrement. »
Côté parents
♦ Céline : « Ils se sont transformés »
Céline ne reconnaît plus ses propres parents depuis qu’elle a brigué le titre. « Depuis que nous avons eu notre petite fille, mon compagnon et moi, mes parents se sont transformés. Tout a débuté au moment de ma grossesse, ils ont commencé à me faire des remarques sur le fait que nous n’étions pas mariés. Ensuite, j’ai allaité et ma mère trouvait ça obscène. Aujourd’hui, ils me parlent avec passion des petits-enfants de leurs amis, d’une magnifique petite blonde aux yeux bleus, alors que ma fille est métisse. Ou bien d’un petit qui va au lit sans problème, alors que la mienne se réveille quatre fois par nuit. C’est pesant. Tout n’est que tensions. Nous avons essayé d’en parler, mais nous nous hurlons dessus à chaque fois. Mon père ne nous adresse déjà plus la parole. Vivement les fêtes que l’on soit tous réunis, pour profiter de cette bonne ambiance familiale. »
♦ Guillaume : « Mes parents vieillissent »
Comme les nombreux témoignages précédents l’ont démontré, on n’endosse pas son rôle de grand-père, de grand-mère, de père, de mère ou de petits-enfants de la même manière. Et si nous avons évoqué dans les grandes lignes la génération des papis et de mamis comme une génération révolutionnaire, tous n’ont pas cette image de leurs parents. Guillaume observe. « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’image que vous donnez de la génération de nos aïeuls. Vers l’âge de 30 ans, au moment de l’arrivée massive des premiers bébés autour de moi, nous avons constaté, des amis et moi, à quel point le statut de grands-parents pouvait être mal vécu. La venue au monde de mon fils, puis deux années plus tard de ma fille, ont complètement transformé mes parents. Ils sont devenus moins drôles, plus stricts et parfois même semblent détachés de notre expérience de parents. Pourquoi ? Tout simplement parce que le temps les a façonnés de la sorte. Ils vieillissent. Et c’est très dur de s’avouer que nos parents ne sont pas les rocs que l’on s’est toujours imaginé. »
L’AVIS DE NOTRE EXPERTE
« Une nouvelle culture familiale »
Vos petits-enfants héritent des conflits que vous avez eus avec vos enfants et cela a un impact sur votre relation en tant que grands-parents. Des relations tendues avec un de vos enfants ? Vous aurez sans doute moins de contacts, moins d’occasions de vous voir, donc moins de complicité. C’est d’une logique affligeante. La bonne nouvelle, c’est que tout cela peut changer au moment de l’adolescence. Dans ces témoignages, ce qui ressort souvent, c’est le fait que les grands-parents ne se reconnaissent plus dans le mode de vie de leurs enfants. Il y a quelque chose d’interrompu. Autre facteur important : celui de la belle-fille. Elle incarne la remise en question des coutumes familiales. « Chez nous, ça ne fonctionne pas comme ça » ou bien : ‘Je ne me retrouve pas dans l’éducation qu’elle donne aux enfants’. Là encore, il n’y a rien de définitif. Ce qui serait formidable, ce serait d’arriver à s’ouvrir à cette nouvelle culture familiale. Cela ne se passait pas comme ça à votre époque ? Observez… ce n’est pas parce que les coutumes diffèrent qu’elles sont mauvaises. Tout peut rebasculer très vite.
ILS OSENT LE DIRE !
- Oui maman, je suis très heureux de savoir comment s’est passée la rentrée scolaire de mes neveux. Tu veux peut-être que je te raconte celle de mes enfants, tu sais, tes autres petits-enfants ?
- Ah, vous partez encore en voyage ? Non, ne t’inquiète pas pour nous, on va mettre les petits au centre aéré. (Grincements de dents)
- Mes enfants n’auront pas la chance d’avoir des grands-parents comme ceux que j’ai connu.
- Non maman, tout n’est pas uniquement la faute de ta belle-fille.
- Aaah, vous vous rappelez quand même que vous avez une famille !
AUTANT SAVOIR
Autant de façon de faire que de familles
On en rêve tous de cette famille soudée, de chanter ensemble autour du piano avec un pull noué autour des épaules en se tenant par la taille et à s’échanger de jolis sourires étincelants. Malheureusement, dès la première fausse note, on s’étrangle avec les tricots et on sort les crocs. La famille, ça peut aussi être cela : des complications, des prises de position sur lesquelles on reste campés. Rassurez-vous, c’est assez fréquent. Toutes ces combinaisons mettent en jeu des sentiments souvent très forts. Le nouvel arrivé représente un tiers qui vient tout bouleverser. Les cartes sont redistribuées, d’anciens conflits ressurgissent. Et, bien sûr, les comptes se règlent autour de l'éducation des petits-enfants. Mais il est possible d’éviter certains pièges.
La première règle consiste à éviter de vider son sac en présence des enfants. Toute tension entre vous et vos parents risque de le blesser. Il semble primordial de se dire qu’une relation avec ses parents et celle avec son petit sont deux choses bien distinctes.
La deuxième règle est de lâcher prise. Mami ne parle que des autres membres de la tribu et n’accorde aucune importance à votre enfant ? Laissez-la faire. Et évitez de ressasser. Papi ne prend jamais de nouvelles ? Tant pis pour lui. Tout ceci vous servira pour la suite et fera de vous de meilleurs grands-parents. Oui, vous le serez peut-être aussi un jour !
La troisième règle, c’est de faire respecter vos valeurs. Pour l’équilibre de votre enfant, même si elles ne correspondent pas aux leurs. Il est important de présenter un comportement cohérent face à ses enfants. Les plus petits ont besoin d'un discours simple et unique. Des incohérences trop fréquentes peuvent entraîner les enfants à provoquer les adultes, chez qui ils vont rechercher les limites que ces derniers ont brouillées. Oui, c’est tout un art de ne pas être d’accord.
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