Développement de l'enfant

Ma fille s’épile. Mon fils aussi

Hygiène, adolescence, poils

À peine terminés leurs derniers examens, ils vont s’en occuper sérieusement. Et ils les porteront, ces maillots et ces tenues légères, les débardeurs, shorts, bermudas, jupes courtes et caracos. Pour s’y sentir à l’aise, nos ados vont passer par la case épilation. Aïe ! Comment s’y prendre au mieux ? Tous les conseils de Nathalie Laukès, dermatologue.

Il y a celles et ceux qui trouvent que c’est sale, peu hygiénique. Les complexé·e·s, que l’on moque dans les couloirs de l’école ou sous la tente du camp scout : « T’as vu le Yéti ? ». Celles et ceux qui y passent pour des questions esthétiques. Mais aussi les néo-féministes, qui sauvent le poil au naturel, frisotté et foisonnant, refusant de se faire dicter des canons de beauté qu’elles estiment dépassés et imposés par le patriarcat.
À part pour ces dernières, la traque du poil, c’est prouvé, concerne les humains depuis l’Antiquité. Égypte des pharaons, thermes gréco-romains, étuves du Moyen Âge et époque moderne ont précédé la norme intégrée que semble être devenue l’épilation au XXIe siècle.
Marqueur culturel, indice social et politique, le poil parle d’éthique, d’identité ou de philosophie, traduit des pratiques professionnelles ou religieuses. Je vous laisse à vos passionnantes recherches et aux débats à la table du souper : il paraît même que nos ancêtres des cavernes, finalement, n’étaient pas si velus que ça...

Très jeunes déjà

Quoi qu’il en soit, comme vos ados s’épilent, autant qu’ils s’y prennent du mieux possible. Au rasoir, au fil, à la tondeuse, à la cire, à la pince, avec des crèmes : il existe autant de manières que de préférences. À leur âge, c’est surtout le budget qui les guidera vers l’une ou l’autre de ces méthodes. Certaines permettent une épilation (presque) définitive, comme le laser, la lumière pulsée ou l’électrolyse, mais ne sont pas à envisager avant 18 ans, conseille Nathalie Laukès.
Et pourtant, elles sont nombreuses à commencer dès la préadolescence, comme le confirme Charline, 17 ans : « Je me suis rasée les jambes pour la première fois à 10 ans. Vers 12 ans, ma mère a autorisé la crème dépilatoire. Très vite, je suis passée à la cire, les poils repoussent moins et plus fins. J’utilise des bandes de cire froide achetées en grande surface, ça fonctionne très bien. Pas question d’aller dans un salon : c’est cher, le résultat n’est pas aussi parfait que quand je m’en charge moi-même ! Je n’utilise plus le rasoir qu’en cas d’urgence et jamais plus de deux fois de suite ».

Gare à leurs bulbes

« Il y a une différence entre raser et épiler, prévient le médecin. L’épilation consiste à arracher le poil, quel que soit le processus. Le premier conseil indispensable, c’est que les ados prennent le temps de bien désinfecter la peau et leurs ustensiles avant et après. Le matériel utilisé doit toujours être propre. »
Deuxième conseil de la dermatologue : « Il n'est pas recommandé d'arracher les poils avant que la stabilité hormonale ne soit acquise pour les filles, c’est-à-dire deux ans après l'arrivée des premières règles ». On opte pour le rasage, dans ce cas, avec l’injonction d’utiliser un produit moussant hypoallergénique ou une huile de douche afin de ne pas raser à sec. « On se rase à l’eau tiède ou chaude. Sans vouloir me répéter, j’insiste : il faut vérifier la propreté de la lame, la désinfecter et bien la sécher quand on a terminé ».
La dermatologue recommande aussi de changer régulièrement la lame pour éviter les microtraumatismes et les blessures. Enfin, le beau temps arrive, et Nathalie Laukès rappelle qu’il vaut mieux ne pas s’exposer au soleil tant que des petits points rouges sont visibles, afin de ne pas risquer d'hyperpigmentation post-inflammatoire. Et puis, dernier geste indispensable : appliquer une crème apaisante sur la zone épilée.

Poils genrés ?

Ces conseils valent aussi pour les garçons, de plus en plus nombreux à s’épiler. Le temps d’une visite dans un salon de beauté, on apprend de l’esthéticienne en poste ce jour-là que les messieurs prennent rendez-vous « principalement pour le dos, le nez, les oreilles ». Ils sont plus âgés ici, car le prix est à considérer, mais les plus jeunes, de la même façon que les filles, se débrouillent à la maison.
Charline confie : « Mon copain Arnaud est poilu sans discontinuer du dos jusqu’aux cheveux. Alors il se rase le cou, c’est super moche, personne n’ose lui dire qu’il ferait mieux de se faire épiler le dos à la cire ».
Sur le site ‘unjourunhomme.com’, on découvre des produits réservés à la gente masculine : de la cire, des sprays, des crèmes dépilatoires ou encore des produits à étaler qui permettent une réduction des poils. Les poils ne sont pas trop genrés, les normes ont évolué et les jeunes gens ne rechignent pas à les faire disparaître de leurs aisselles, de leur torse, tout comme de leurs zones intimes. L’imaginaire adolescent serait impacté par la téléréalité, la publicité et l’industrie du porno, qui magnifient les sexes glabres et les parties génitales épilées...

Rôle et fonctions

La nature fait bien les choses. Un adage qui concerne aussi le système pileux. Sur les nombreux forums où les jeunes parlent pelages et fourrures, les médecins rassurent : ils ont tous une utilité. Ceux qui tapissent nos cavités nasales servent à filtrer les pollens, les cils protègent nos yeux de la poussière et des bestioles, les sourcils arrêtent la sueur et les cheveux jouent le rôle de parasol ou de bonnet, selon les saisons et latitudes. Excellents isolants thermiques, ils régulent la température du corps.
Les poils pubiens, quant à eux, auraient plutôt une fonction de protection contre les frottements et contre les bactéries. Siège des phéromones, ils joueraient peut-être aussi un rôle important dans l’attirance sexuelle. Bon à savoir, même si cela n’empêchera pas nos ados de les « débulber » !

ZOOM

J’ai trop de poils !

Certaines jeunes filles peuvent souffrir d’hirsutisme : 5 % de la population féminine jeune est concernée, selon une présentation de Dominique Maiter, chef du département de dermatologie et endocrinologie des Cliniques Saint-Luc. L’hirsutisme n’est pas une maladie, mais un symptôme, c’est lorsque la femme est sujette à une pilosité excessive sur des zones généralement poilues chez les hommes, comme le visage (moustache et barbe), la poitrine, les fesses ou les cuisses.
Généralement lié à un dérèglement hormonal ou une prédisposition familiale, il est très gênant socialement. Il affecte la santé, mais représente aussi un problème psycho-social important et peu de jeunes filles osent en parler. Pas question de désespérer, car il existe des solutions : prenez rendez-vous chez un spécialiste (dermatologue, endocrinologue) qui pourra poser un diagnostic et prescrire un traitement double, médicamenteux et cosmétique, notamment au laser épilatoire.

ILS ET ELLES EN PARLENT...

Cire, rasoir et rêves glabres
« J’ai trois ados, qui se suivent de près. Oui, elles s'épilent, et plus que moi ! Elles sont assez poilues, elles ont commencé vers 14 ans. Pour la moustache, elles utilisent un petit carré en caoutchouc Epilsoft. Pour les jambes, des bandes de cire froide et, de temps en temps, de la cire chaude en institut. Pour les aisselles, c’est le rasoir, sous la douche. Elles rêvent d’épilation définitive pour les aisselles : je ne suis pas pour, c’est cher, mais je ne vais pas l'interdire. Elles se rasent aussi le pubis, parfois entièrement, malgré mes recommandations de ne pas le faire. »
Mathilde, maman de Caroline, Iris, et Zoé

Duvet mal aimé
« J’ai quelques poils longs éparpillés sur mon torse. C’est ridicule, je ressemble à un pré-pubère ! Mais grâce aux conseils des copines, je les épile à la cire, tranquille. »
Tom, 18 ans

BON À SAVOIR

  • Plus ou moins longs, plus ou moins gros : femmes et hommes, nous possédons 5 millions de follicules pileux, répartis sur tout le corps, dont 1 million sur la tête.
  • On naît avec des poils constitutionnels : cheveux, cils, poils des jambes et des avant-bras. Les autres sont ambosexuels, ils dépendent des hormones et apparaîtront à la puberté, ils témoignent de la maturité sexuelle.
  • Toujours les hormones : les poils des femmes sont moins épais.
  • Les testoïdes sont un troisième type de poils, qui appartiennent plus particulièrement aux hommes. Ils sont durs, plus épais et s’installent sur le visage : barbe, moustache, favoris et poils de nez. Chez les femmes, ils s’invitent autour de l’aréole mammaire et de la ligne qui sépare le nombril du pubis.