Loisirs et culture

Mais où est donc Mini-Boulon ? Sauve qui poux !

Mais où est donc Mini-Boulon ? Sauve qui poux !

La maison Biscoto sort les gros muscles avec un récit qui met les poux à l’honneur. Dans cette histoire de bord de mer, qui met de bonne humeur, on ne peut que s’é-poux-monner de bonheur et brandir les deux poux-ce en l’hair (= cheveux, pour celles et ceux qui somnolaient en cours d’anglais).

Les poux, c’est toute l’année. Mais, allez savoir pourquoi, il semblerait que la haute saison soit en cette période de rentrée. Peut-être parce que les bestioles tant redoutées des parents se mêlent joyeusement dans la crinière de nos bambins et que l’on sait que c’est reparti pour un loooong combat. Pour exorciser cela et rendre sympathiques ces infâmes bestioles, voici un ouvrage qui montre une fois de plus qu’en matière de littérature jeunesse, la limite se situe bien au-delà du n’importe quoi… pour notre plus grand plaisir.

Au milieu, coule une visière…

On suit les éditions Biscoto tant à la rédaction qu’au prix de littérature jeunesse Bernard Versele, à l’honneur dans le Ligueur magazine du mois de septembre. Aussi, quand on entend par la bande que le prochain ouvrage de la maison d’édition est consacré aux poux, on se dit qu’il est de circonstance et que ça peut être pertinent de le chroniquer. Il va s’agir à coup sûr d’un ouvrage allégorique sur l’enfer des poux, présume-t-on. Qu’il s’y glissera même une ou deux habiletés pour venir à poux… - pardon, à bout - de ces terribles bestioles.
Que nenni. L’histoire que vous avez entre les mains est bel et bien tirée par les cheveux. Dès les premières cases, on comprend alors que la narration va nous emporter loin. Lisez plutôt. Une famille - papa, maman et leurs 455 rejetons - coule des jours paisibles sur le cuir chevelu de Louison, enfant « banale », nous dit-on. Louison scrute l’horizon depuis un ponton de bord de mer.
Notre belle et imposante famille de poux en profite pour contempler à son tour ce super coucher de soleil qui « n’arrive pas deux fois dans une vie » de poux, sans doute. Pour ce faire, la bande grimpe sur la visière de la casquette de la jeune Louison qui s’envole et tombe dans la mer, emportant avec elle l’armada de parasites les moins aimés des parents.

Ermite, karaoké, orphelinat

La fratrie composée des 455 est séparée d’une de ses sœurs. L’héroïne : Mini-Boulon. Celle-ci s’échoue sur une île. De là s’articule une succession d’événements toujours plus… capillotractés. On croise ainsi un ermite bernard-l'hermite, un club-karaoké de crustacés, un couple parental de papillons à la tête d’un gang de chenilles ados, un orphelinat tenu par des escargots burn-outés… On vous en passe.
Le tout est servi par un dessin qui nous rappelle parfois José Parondo, parfois Sophie Guervie, le couple de papillons, quant à lui, pourrait avoir des airs de personnages de Riad Sattouff… un équilibre graphique savoureux et percutant donc, qui sent bon le sable chaud et les embruns océaniques. On se laisse porter par cette narration séquentielle dynamique de surcroit, très agréable à lire aux enfants. Si la bande dessinée n’est pas le genre qui se prête le plus à la petite histoire du soir, ici, ça fonctionne à merveille.
Reste alors cette analogie que l’on attendait tant sur la traque aux poux. Quid des hypothétiques recettes pour chasser les poux ? De quoi nous donner un peu de poux-voir, à nous autres, prédateurs et prédatrices de parasites capillaires.
Mais peut-être que la morale réside ailleurs. Dans l’idée que le lien qui nous unit avec le vivant, insectes, crustacés, sable, mer…, serait dans l’inépuisable folie narrative ? Hmmm. Oui, on coupe certainement les cheveux en quatre, là.

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Youri Roseau (Auteur), Henriette Soleil (Autrice) - Biscotto éditions
80 pages, livre cartonné - format Bande-dessinée