Vie pratique

Mars 1966, débat autour du lit conjugal

« lit commun ou lits jumeaux ? », une question au cœur de la vie des couples au milieu des années 60

L’ARCHIVE DU LIGUEUR

En 1966, un échange de points de vue s’étire sur plusieurs numéros du Ligueur. Il est question du lit conjugal. Avec, en point de friction, « lit commun ou lits jumeaux ? », voire « chambre commune ou chambres séparées ? ». À l’origine du débat, un article publié dans un journal étudiant liégeois où un jeune homme se risque à « critiquer un mode routinier de vie conjugale, la chambre commune, pour restaurer moralement une conception différente qui présente l’avantage de la difficulté : les chambres à part ». Dans son argumentation, le jeune homme voit dans ce dispositif une règle d’or qui « se traduit par une volonté de séduire qui commence chaque matin, et encore, le jour suivant, un esprit toujours éveillé, le désir d’intéresser ».
Cet avis suscite des commentaires divers et variés. Une lectrice appuie l’idée des chambres séparées. Mais on est loin du jeu de séduction, comme semble l’entendre notre étudiant. « Je pourrais vous évoquer la tendre sollicitude de telle femme préparant la nuit de son mari : fenêtre ouverte à l’angle exact, couverture faite, pyjama prêt, pastilles pour la toux à portée de main, tous ces gestes d’amour. Gestes que le mari lui rend chaque matin, depuis des années, en lui apportant au lit une tasse de café ». Pas sûr que cette nouvelle routine soit de nature à convaincre la jeune plume.
Une autre lectrice apporte un témoignage mitigé. Pour des raisons de santé, elle et son mari optent pour des chambres séparées : « Si je fus la première à m’en réjouir, je fus aussi… la première à le regretter. En effet, mon mari reprit bientôt ses habitudes de célibataire ; il ne fut plus guère soucieux de rentrer à l’heure ; il lisait tard dans son lit et fumait de plus en plus ».
Une autre érige les lits séparés en condition sine qua non de son développement mental et personnel : « Âgée de près de 70 ans, je n’ai jamais partagé le lit de personne et j’ai toujours envisagé la chose comme une véritable épreuve ». Elle ajoute : « J’estime que dans le sommeil, le demi-sommeil ou l’insomnie, chacun doit pouvoir faire n’importe quel mouvement qui lui plait, et qui favorise cette détente dont nous avons tant besoin… pour vivre en bon accord avec autrui ».
C’est vrai qu’à lire les lectrices, le lit commun charrie son lot d’inconvénients : partage des couvertures, ronflements intempestifs, transpiration excessive, source d’insomnie. Au point qu’une maman affirme : « Quand mes filles se sont mariées, tout naturellement, je leur ai acheté des lits jumeaux ». Elle ajoute que ni ses filles, ni ses gendres ne se sont plaints.
Le mot de la fin, il vient, à contre-courant, d’un jeune foyer liégeois. « Le jour où ma femme, sans raison majeure, voudra faire lit ou chambre à part, rien ni personne ne pourra m’empêcher de faire table, maison et vie à part ! J’ai choisi d’unir ma vie à celle d’une femme, hier encore inconnue ; et ma vie comprend mon travail, mes pensées, mon sommeil ». Pour clore le débat avec un certain humour pragmatique, le Ligueur suggérera en nota bene conclusive : « Conseillez tout de même à ceux qui s’engagent dans la longue aventure du mariage d’acheter un divan-lit ».