Actu Parents
Ce mardi 14 octobre, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Bruxelles pour protester contre les mesures budgétaires décidées par les coalitions fédérale (Arizona) et régionale (Azur côté francophone). Parmi les participant·es, des parents, évidemment. Qui, parfois, avaient emmené leurs enfants avec eux. L’occasion de leur poser trois questions :
- Quelle est la mesure qui leur fait le plus peur ?
- Comment voient-ils, voient-elles le futur ?
- Que diraient-ils, que diraient-elles si un·e chef·fe de gouvernement fédéral ou régional se présentait devant eux ou elles ?
Voici leurs réponses.
Laurent, papa de Lila (6 ans) et Jeanne (10 ans)
« Parmi les mesures, celles qui me touchent le plus, ce sont celles liées à l’enseignement. Je pense qu'il y a une grosse restructuration au niveau des écoles et que c'est dramatique à un moment où l'éducation est déjà un peu exsangue.
L’avenir ? On s’inquiète pour les enfants, forcément. Partout dans le monde, on voit que ça ne s’arrange pas. Les gouvernements sont de plus en plus libéraux et de moins en moins empathiques envers leurs populations. Je trouve ça problématique et ça me fait peur.
Si j’avais des chefs de gouvernements devant moi ? Je ne leur dirais rien, parce que je ne sais pas s'ils sont capables d'écouter. Ils entendent des choses, mais je ne suis pas sûr qu'ils soient capables d'écouter. »
Anaïs, maman de Mira (7 mois)
« Ce qui me touche directement, ce sont toutes les coupes dans le budget du social. En fait, c'est ça le pire pour les mamans solos, pour les enfants, pour nos enfants. C'est la merde, quoi. Ça va être de pire en pire et ça fait peur. Ce n’est pas ce qu'on souhaite.
Pour le futur, je m’inquiète pour ma fille. Qu'elle ne trouve pas de travail, malgré les diplômes. Qu'elle ne reçoive pas d’aide si elle en a besoin. Qu'elle se retrouve à la rue, sans rien. Qu'elle doive travailler jusqu'à pas d'âge. Il n'y a rien qui va dans ces gouvernements, en fait.
Si j’avais un chef de gouvernement devant moi, là, maintenant, je lui dirais qu’il ne vit pas dans la réalité, qu’il n’est pas sur le terrain, qu’il ne comprend pas, qu’il évolue dans un autre monde. C'est dingue, parce que, en réfléchissant, même leurs propres enfants pourraient se retrouver dans une situation où ils auraient besoin des aides. Oui, vraiment, nos dirigeants sont dans une autre réalité. »
Sophie et son petit de 3 ans
« Moi, je suis dans l'enseignement public. Au niveau des pensions, nous avons fait des simulations pour les fins de carrière qui font peur, qui sont horrifiantes. Les collègues étaient vraiment étourdies tellement le manque à gagner semblait énorme. Et puis, il y a leur dernière mesure qui vient de sortir et qui touche les enseignants du secondaire supérieur qui devront prester deux heures de plus par semaine. Ça fait partie d'un pack qui est de plus en plus écœurant, d'autant qu'on voit les budgets militaires qui augmentent, ainsi que les aides pour les grandes entreprises. Et puis, on nous demande de nous serrer la ceinture. Ça ne va pas, quoi.
En tant que maman, ce qui me fait peur, c’est l’éducation. Pour mon fils, évidemment. Mais je pense à tous les enfants, tous les élèves. Je vois qu'on travaille dans des conditions qui sont de plus en plus, on va dire, maltraitantes. Pour nous et pour eux. Ça touche vraiment toutes les écoles et tous les enseignants, il y a peu de monde qui est épargné par ce mépris. Regardez mon fils, il aura bientôt 3 ans. Il vient d'arriver à l'école et une classe d'accueil a été tout bonnement supprimée. Donc, les petits de son âge sont ventilés dans les autres classes. Concrètement, ce sont deux gardiennes qui ont perdu leur travail en tant qu'instit d'une classe d'accueil. Et puis, ce sont des tout petits de 2 ans et demi qui sont mélangés à des beaucoup plus grands, alors qu'ils n'ont pas encore acquis le rythme scolaire, la propreté parfois, etc. Quand on met ça en regard de ce qui est dépensé pour rembourser la dette pour le militaire et tout, c'est écœurant.
Si j’avais les chefs de gouvernement devant moi, ce que je voudrais leur dire, leur demander ? Je voudrais déjà les obliger, les contraindre à nous écouter. En fait, il n'y a rien à leur demander, on voit bien que ça n'a pas l'air de les toucher, nos revendications. Peut-être que si les travailleurs du privé aussi se mobilisent, s'arrêtent de travailler, ça pourrait les obliger à nous écouter. Et qu’on pourrait peut-être arracher des changements. »
« Je crois qu’il est vraiment temps que les dirigeants politiques écoutent le peuple, qu’ils se rendent compte de ce dont il a besoin »
Olivier et Rose (10 ans)
« Plus qu’une mesure, c’est tout un ensemble contre lequel je manifeste. Globalement, on recule vraiment. La régression sociale se constate à tous les niveaux. Les gouvernements veulent vraiment casser toute la solidarité et le contre-pouvoir.
Concernant le futur, je pense qu’au-delà des mesures prises et de leurs impacts immédiats, c’est l'avenir de nos enfants qui est vraiment mis à mal. Et c’est général. On voit que, partout, tout le monde se replie sur lui-même. La plupart des gouvernements semblent s’engager dans cette voie. Cela donne peu d’espoir.
Je crois qu’il est vraiment temps que les dirigeants politiques écoutent le peuple, qu’ils se rendent compte de ce dont il a besoin. Il y a des gens qui tirent la langue, et puis d’autres à qui on graisse la patte, qui s’enrichissent de plus en plus. »
Cléo, maman de famille nombreuse
« Les mesures qui me touchent le plus sont celles concernant l’enseignement. Comment maintenir une éducation correcte ? Les instituteurs et les enseignants vont être encore plus en difficulté vu qu'on ajoute un nombre d'heures encore à leur charge de travail, etc. Il y a déjà des grosses classes avec peu de professeurs. Et des profs, on va en avoir de moins en moins s'ils prennent des mesures comme celles annoncées la semaine dernière. Après, à plus court terme, la suppression de la gratuité des fournitures scolaires, ça fait mal. Quand on a beaucoup d'enfants, on est quand même content de ne pas devoir refaire à chaque fois les plumiers. On paye un droit de chaise à midi juste pour qu'ils puissent manger, pour avoir une garderie. On travaille, donc on est obligé de les mettre à la garderie le matin, à midi et au soir, et ça nous coûte. Les dernières mesures viennent alourdir tous ces frais scolaires.
En fait, nous, on a plusieurs enfants et on se dit qu'on va avoir du mal à leur offrir un avenir avec des boulots stables. Les contrats précaires, ça veut dire pas de possibilité d’avoir un crédit hypothécaire, ça veut dire pas de maison. Là, on est venu avec la plus petite qui a 9 mois, mais on en a des autres, les plus grands ont 15 ans et 12 ans. Et ils sont déjà fort touchés. Ils nous parlent souvent. Notamment de la guerre, parce que ça les perturbe. Ils ne savent pas trop ce qui va se passer, mais ils se rendent bien compte que tout est plus compliqué.
Si j’avais des responsables politiques face à moi, je leur dirais qu’on ne lâchera rien et qu'on se battra. Les droits sociaux, on les a acquis parce qu’on s’est battu. Et on sait bien qu'on doit lutter pour les maintenir. Ce sont nos vies et celles de nos enfants qui sont en jeu. On ne veut pas les voir grandir dans une société où il y aura plus de pauvreté, plus de concurrence et donc plus de violence, parce que c'est à ça que ça mène à un moment ou l'autre. Et donc, voilà, je leur dirais que je ne sais pas dans quel monde ils vivent et que je ne sais pas ce qu'ils visent, mais qu’avec les mesures qu'ils prennent, ils vont rendre la société encore plus compliquée à vivre. Et donc, je leur dirais d’ouvrir les yeux, de se rendre compte que leurs mesures sont catastrophiques. »
Un papa actif dans le secteur culturel
« Je suis dans le secteur culturel, donc les mesures qui me touchent directement sont liées à ça. Mais je pense que dans tous les secteurs, ça se ressent et que ça impacte. Un exemple ? La petite enfance, les crèches. Mon enfant vient de quitter la crèche. Vous savez quoi ? J'allais moi-même remettre des plinthes à la crèche parce qu'ils n’avaient personne pour le faire. Ça dit quoi ? Ça dit que les autorités publiques nous ont complètement laissé tomber. Que ce soit pour les crèches, l'école en général... On a l’impression d’être du bétail humain, traité sans considération et ça ne me convient pas du tout.
L’avenir ? Je pense qu'il y a une source d'angoisse qui est généralisée. Très concrètement, je pense que les hautes instances ne calculent pas assez bien. Ou alors ils se mettent des œillères en se disant : ‘Voilà, on ne va pas toucher aux richesses de ce pays, on va toujours taper sur les mêmes’. J’ai l’impression que ça fait des années et des décennies que c'est toujours le même train-train. C'est une déception, c’est incompréhensible et je ne vois pas d'avenir là-dedans, tout simplement.
Si j’avais un responsable politique devant moi, là, à l’instant ? J'aurais beaucoup de choses à lui dire, en fait. Ça prendrait quand même quelques heures. Je ne pense pas que j’arriverais à vous résumer tout cela en une seule phrase. Je vais m’abstenir, je crois… »
Adeline, maman d’Alessa (9 ans)
« Les mesures qui me touchent, ce sont celles qui m’angoissent par rapport à l’avenir de mes enfants. En tant que maman, c’est ça qui me touche, m’inquiète. Il y a notamment les mesures liées à l’école. Cela va être de plus en plus compliqué avec les restrictions. On coupe les budgets concernant l'enseignement. Quel impact cela aura-t-il sur son parcours ? Cela me tracasse. J’ai peur qu'elle n'ait pas d'avenir.
Si j’avais des responsables de gouvernements devant moi, je leur dirais de venir vivre une journée dans ma vie, dans la vraie vie, dans la vraie réalité. Et là, on en reparlera de ces mesures. »
« Si j’avais des responsables de gouvernement face à moi, je leur dirais qu'ils exagèrent tout simplement. »
Joke et Chloé (2 ans et demi)
« En tant que femme et maman, dans les mesures prises ces derniers temps par le gouvernement, le problème c'est que si on prend un congé du genre mi-temps parental, on est directement impacté au niveau de notre pension puisque ça ne rentre plus en ligne de compte dans les années pour la pension. Cette mesure-là est inquiétante.
Mon futur en tant qu’enseignante, je le vois tout sauf rose. Dans l’enseignement, on est fort impacté. Toutes les mesures qui sont prises sont inquiétantes.
Si j’avais des responsables de gouvernement face à moi, je leur dirais qu'ils exagèrent tout simplement. Ce n'est pas possible de continuer comme ça. En fait pour vivre décemment, déjà comme ça, avec un salaire comme le mien, c'est pas facile. Je dois je dois faire attention à la fin des mois. Le prix de l'énergie a notamment augmenté. Notre pouvoir d'achat est clairement réduit et ça risque d'être compliqué. Et pour ma fille aussi ça fait peur. »
Iris et Samia (4 ans)
« En vrai, tout m’inquiète un peu. Ce sont surtout les coupes budgétaires dans les soins de santé - la santé mentale - qui me préoccupent. Et puis, il y a toutes ces mesures qui portent atteinte à la solidarité, à tout ce qui se rapproche un petit peu de l'humanité, à tout ce qui ne correspond pas à cette vision du monde où on considère les humains comme de simples outils de production. Toutes ces mesures d’austérité inquiètent.
Le futur, là-dedans ? Ben, un peu sombre, évidemment. Et là, en tant que maman, c’est le futur de ma fille qui me préoccupe, à peu près à tous les niveaux.
Alors, si j’avais un chef de gouvernement devant moi, je ne suis pas sûre que je prendrais le temps de parler avec lui. Ou elle. Je pense qu'on n'est plus dans un temps où les simples négociations ou manifestations sont possibles. Alors, oui, ici, une manifestation comme celle-ci peut rassembler énormément de monde. Mais je ne pense pas que ça va faire bouger le gouvernement. Il faut vraiment une mobilisation qui les contraigne à quelque chose. Ce n’est pas dans le dialogue qu'on va trouver des solutions avec eux, je pense. »
Alexia et Éléor (1 an et demi)
« Professionnellement, avec mon compagnon, on est directement touchés par les dernières mesures annoncées. Je suis dans le milieu culturel. Lui, il est dans l’enseignement. Donc c’est inquiétant. Quand on voit les discours à tous les niveaux, toutes les réformes qui touchent à l’enfance, on se dit : ‘Mais ce n'est pas possible, on ne peut pas rester dans un monde pareil !’.
Le futur ? Avec la montée de l'extrême-droite ? Avec des pauvres qui restent pauvres ? Avec des riches qui deviennent plus riches ? On se demande quelle va être la place de nos enfants là-dedans.
Bref, si j’avais des responsables de gouvernements devant moi, je leur dirais peut-être de se mettre au niveau de la majorité de la population. De comprendre le stress qu’ils génèrent autour des boulots. De saisir le fait que certains s’inquiètent aujourd’hui de ne pas pouvoir gagner assez pour assurer les besoins essentiels de leur famille. Il faudrait qu’ils se reconnectent avec les réalités de la vie, eux qui gagnent des salaires complètement exubérants qui leur font dramatiquement perdre le contact avec la population. »
« Les mesures qui me touchent le plus en tant que maman ? Celles liées à l'éducation, aux crèches, aux fournitures scolaires »
Adrienne et Pietro (4 ans)
« Les mesures qui me touchent le plus en tant que maman ? Celles liées à l'éducation, aux crèches, aux fournitures scolaires. Tout cela peut potentiellement creuser les inégalités au niveau de l'enseignement. Tout ça, ça m'inquiète pour mon fils.
Le regard que je porte sur le futur n’est donc pas terrible. Personnellement, ici, je représente mon asbl qui officie dans le secteur de l'aide aux sans-abris. Je vois clairement qu’avec tout ce qu'ils sont en train de couper et toutes les mesures qui sont en train de se rigidifier, on va vers davantage de personnes en précarité, vers davantage de personnes en rue, mais avec toujours moins de moyens. On est dans un secteur qui est à bout de souffle déjà depuis quelques années. On a vraiment peur de ce qui va continuer à arriver avec la montée de l'extrême-droite, avec le développement de règles imaginées pour une minorité, loin des préoccupations de la majorité.
Si j’avais un responsable de gouvernement devant moi, j’aurais beaucoup de choses à lui dire. Je pense qu'à un moment ou un autre, il faut aller chercher l'argent là où il se trouve pour refinancer les secteurs qui sont là pour aider toutes les personnes qui vont se retrouver face à un mur. »
Un papa qui connaît la musique
« Je suis professeur de musique, donc au croisement de la culture et de l’enseignement. Bref, les dernières mesures annoncées me touchent directement. Notamment celles liées au tronc commun, aux nominations, aux pertes d’emplois potentielles. Par rapport à mon fils, c’est tout ce qui touche aux gratuités qui me préoccupe. Il faut que l'enseignement reste gratuit, au niveau des gamins surtout.
Si j’avais devant moi ceux qui prennent ces mesures, je leur dirais d’aller sur le terrain. De comprendre le métier de chacun, les réalités des gens. Ce n’est pas possible. Ils n’ont pas leurs gamins en académie ! Ils n’ont pas leurs gamins dans des classes surchargées ! Aller sur le terrain, c’est ce que je leur conseillerais. »
Un papa et ses deux filles
« En tant que parent, ce qui me touche, c’est la remise en cause de la gratuité dans les académies. C'est une des mesures que j'ai entendue récemment et qui, clairement, me révolte. Alors, évidemment, il y a encore d'autres choses que je pourrais citer. Et en premier, les choix fixés au niveau de l’affectation des budgets. On enlève de l’argent à la culture et on en met de plus en plus d'argent dans la militarisation, dans les aides aux grosses entreprises. Ça, ça me dérange fondamentalement.
Pour mes enfants, le futur me fait donc un peu peur. Aux mesures prises s’ajoute le fait que les préoccupations écologiques passent de plus en plus à la trappe. Il y a aussi le fascisme qui monte de plus en plus, dont les idées imprègnent de plus en plus la société et deviennent normales à certains niveaux de pouvoir. Et ça, ça m'inquiète vraiment fort.
Si j’avais un responsable de gouvernement devant moi, je lui dirais qu’il est temps qu'on arrête d'avoir des gens, amis des patrons, au gouvernement. En tous cas, moi, je voterai et je me battrai même pour que d'autres gens soient au pouvoir. À savoir, ceux et celles qui représentent le peuple, pas les patrons. »
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