Développement de l'enfant

« Mon bébé est de plus en plus expert avec ses mains »

À 4 mois, le bébé explore avec ses mains

Elle met une énergie folle à attraper les objets qui sont autour d’elle, il s’agrippe littéralement à vous… Vos témoignages de parents se rejoignent. Avec ses mains, avec sa bouche aussi, votre bébé explore incroyablement son environnement. Autour de 4 mois, il est à un nouveau stade de son développement psychomoteur. Ce que vous observez chez lui s’inscrit dans le cours des choses ; en même temps, quel émerveillement, ce qui se joue là !

« Mia est de plus en plus experte avec ses mains, se réjouit Juliette, sa maman. Elle fait une fixation sur les étiquettes de ses jouets. Elle arrive à mieux attraper les choses. Elle se tourne sur son tapis d’éveil et cherche les objets qui y sont dispersés. » Maman tout aussi émerveillée, Stéphanie dit en écho : « Vers 4 mois, Matthias a commencé à vouloir attraper les objets, à s’accrocher, à tout mettre en bouche aussi. Il arrache la barbe de son grand-père. Il essaie d’agripper et de manipuler son portique… avec toute sa maladresse. Il commence à bien profiter de son parc. On voit vraiment son intérêt pour les choses et le jeu. Avant, on manipulait des jouets autour de lui mais cela n’avait pas l’air de l’intéresser. »
Il y a quelques semaines encore, les petites mains de votre bébé surgissaient par hasard dans son champ de vision et, quand il était couché au sol, ses petites jambes qui gigotaient ne l’amenaient pas à basculer sur le côté. Ses mouvements étaient moins organisés. Il avait moins de prise sur le monde. Là, on dirait que quelque chose d’autre se passe. De plus en plus de gestes dont votre petit bout est l’initiateur apparaissent. Ils sont malhabiles, certes, mais deviennent de plus en plus voulus et orientés.

L’œil et la main « se parlent »

« Entre 4 et 5 mois, l’enfant passe à une nouvelle étape de son développement sensorimoteur, confirme Pascale Gustin, psychologue clinicienne. Grâce à la maturation de son système nerveux, la vision focale se développe. À présent, le bébé peut faire le focus sur un point, une zone précise. Tout en tournant la tête, il peut suivre un objet des yeux quand celui-ci se déplace d’un de ses côtés à l’autre. »
« Le bébé a une pulsion à découvrir le monde à sa portée, poursuit Pascale Gustin. Quand il devient capable d’une coordination œil-main, son comportement gestuel se transforme en un comportement d’exploration. L’œil et la main "se parlent" alors, ce sont deux outils d’exploration que le bébé va combiner. Son geste est progressivement mis au service d’un but précis, intentionnel. À partir du moment où la vision du bébé peut s’organiser et se focaliser sur un point, son regard se dirige vers un objet précis. Attiré par cet objet, il avance la main, essaie de le toucher, de le prendre entre ses doigts. Quand il y parvient, c’est pour le porter avec les mains à la bouche. Car la bouche reste un moyen d’exploration fondamental pour le bébé. »
Bien entendu, de tels progrès varient d’un enfant à l’autre. « Il y a des bébés plus persévérants, d’autres plus vite frustrés ou découragés, certains plus entreprenants, d’autres qu’il faut inviter à jouer. »

De la liberté dans les mouvements

L’environnement à explorer, ce sont, pour votre bébé, les objets à sa portée et les personnes qui l’entourent et interagissent avec lui, et c’est son propre corps. En fait, tout peut le capter : la barbe du grand-père qui se penche sur lui, les textures de son tapis d’éveil, une tache de lumière sur le mur, les jouets éparpillés dans son parc, la poitrine de sa maman s’il est allaité, le mobile au-dessus de son lit, le collier de la tantine qui le câline… Et, bien sûr, ses mains qu’il aime agiter devant ses yeux et ses pieds qu’il cherche à attraper grâce à ses mouvements de bascule du bassin. Mais aussi la voix, sa propre voix qu’il découvre et avec laquelle il joue, et la vôtre.
Il a un vrai plaisir à orienter sa main, il prend, il lâche… « Évidemment, si l’enfant reste dans son Maxi-Cosi ou dans son relax, il n’est pas libre de ses mouvements et peu de choses se passent, dit la psychologue. Mais, posé sur une surface agréable qui n’est pas trop molle comme un tapis de jeu ou un tapis de parc, il agit dans une motricité qui est libérée. »

L’environnement à explorer, ce sont, pour votre bébé, les objets à sa portée et les personnes qui l’entourent et interagissent avec lui, et c’est son propre corps. En fait, tout peut le capter…

Libre de ses mouvements, votre petit peut tester les différents points d’appui de son corps (le crâne, la colonne vertébrale, les talons, le thorax, les coudes, les genoux…). Ses muscles sont en action. Il développe son tonus. Couché sur le dos, il s’essaie à des mouvements de roulade sur le côté, enroule son bassin pour attraper ses pieds… Couché sur le ventre, il redresse la tête et la poitrine… Attraper reste, pour l’heure, un exercice difficile. « Cela marche ou pas. L’enfant est maladroit. Il répète et répète encore les choses. Procédant par essais et erreurs, il affine son mouvement et le contrôle peu à peu, avec des moments de jubilation. »
« Un bébé qui joue avec son corps dans l’espace et avec les objets mis à sa disposition est un bébé qui construit sa pensée ! On l’oublie trop souvent, mais il est en train de faire des opérations cognitives fondamentales, insiste encore Pascale Gustin. En faisant des choses et en les répétant, il développe sa gestuelle. Son geste gagne en efficacité, il devient objet de connaissance jusqu’à permettre à l’enfant d’anticiper et de mettre ce geste au service d’une action. »

Plaisir du bébé, plaisir des parents

Le plaisir manifeste de votre bébé explorateur allume aussi chez vous un plaisir, celui du parent enthousiaste, confiant dans les compétences de son enfant, fier de ses avancées. Le plaisir de l’un augmente le plaisir de l’autre, et vice versa. « Le parent laisse faire son bébé, il est témoin de son exploration, il intervient pour le valoriser ou l’encourager – "Vas-y, tu peux y aller, tu peux recommencer, tu peux chercher…" Cela a un effet sur l’enfant : il est porté par la vitalité du parent et par le fait qu’ils partagent ensemble des "paysages émotionnels" », évoque la psychologue.
Porté dans vos bras ou installé à vos côtés sur le tapis de jeu, votre bébé agrippe votre visage, caresse une oreille, attrape votre nez, chatouille votre gorge, tire sur vos cheveux, vous griffe la joue… S’il vous fait mal, ce n’est pas intentionnel. « Autant il explore les limites de son corps, autant il explore le corps de l’autre. Pris dans son espace de préhension, le visage, les doigts de l’autre sont des choses dignes d’exploration et qui conduisent souvent à des jeux interactifs entre le bébé et son parent, explique Pascale Gustin. Certains parents n’hésitent pas à dire à leur bébé qu’il leur fait mal ou qu’il les chatouille. Même si l’enfant n’est pas encore en mesure de tout comprendre, la parole du parent qui accompagne les jeux d’exploration est fondamentale pour le bébé. Car en nommant les émotions partagées, les parties du corps et les objets rencontrés, elle permet à l’enfant d’élargir son cercle d’expérience et de connaissance. Mais à son rythme, petit bout par petit bout ! »

L'AVIS DE L'EXPERTE

Exploration du monde

Pascale Gustin, psychologue clinicienne

Agripper, attraper, prendre, ce n’est pas tout à fait la même chose selon moi. Dans le langage courant, on s’agrippe pour éviter la chute. Dans le mot « agrippement », il peut y avoir quelque chose de l’ordre du réflexe archaïque qui, à 4 mois, est moins à l’ordre du jour mais qui ressurgit quand l’enfant a peur, par exemple.
Quand le bébé est en sécurité et dans une position confortable pour son activité sensorimotrice, quand son regard peut se dégager, qu’il peut mettre son œil et sa main au service de la découverte du monde, qu’il peut porter les choses à la bouche, qu’il peut s’essayer à attraper ses pieds, s’essayer à attraper les objets qui, autour de lui, l’attirent, tout va bien… Il expérimente et ses expériences lui donnent un réel plaisir.
C’est important d’offrir à votre bébé, confortablement déposé sur un tapis de jeu par exemple, l’occasion d’avoir des activités libres et spontanées avec son corps et avec des objets mis à sa disposition, c’est-à-dire à bonne distance de son regard et dans sa zone de préhension. Votre visage expressif, votre voix qui l’appelle ou qui chante pour lui sont aussi attractifs que les jouets : il se tourne alors et joue avec vous, se met à « papoter », à jouer de la voix.
Votre bébé a un désir d’exploration du monde, il le manifeste. Un bébé bien portant regarde, porte à la bouche, bouge, babille, répond à l’appel de ses proches… Regardez-le faire, écoutez-le, observez ses progrès, c’est très gai. Bouger, prendre, attraper, mettre en bouche sont des activités fondamentales à 4 mois, qui lui permettent d’aller de l’avant. Mais il ne s’agit pas non plus de le surstimuler. J’invite les parents à observer leur bébé, comme ils le font souvent spontanément. Car un enfant a besoin d’avoir cet appui parental. Votre présence attentive et bienveillante, votre voix et vos paroles soutiennent votre bébé dans ses explorations et découvertes. Bien entendu, à son rythme, et selon ses possibilités du moment !

LES PARENTS EN PARLENT…

Elle est de plus en plus vive
« Tout a commencé avec les boules de Noël. À un peu moins de 4 mois, Lola commençait à les reconnaître et à s’émerveiller devant elles. Quelle tête d’hallucinée elle pouvait faire ! Mais elle n’avait pas encore le réflexe de les attraper. Puis, à 4 mois, elle a commencé à capter les objets pendus au-dessus de son lit. Là, maintenant, Lola devient de plus en plus vive. Nous, on est tout contents de la voir comme ça. Tu te rends vraiment compte de ce qui se passe dans sa petite tête : elle aspire à attraper un truc, elle y met une énergie folle, elle bouge les bras mais ce n’est pas très fin comme mouvement, et enfin elle se dit : "J’y suis !" Comme elle met tout en bouche, on doit faire attention aux objets qu’on lui donne : pas de peinture qui s’écaille, pas de petites pièces qu’elle risque d’avaler… »
Pierre, papa de Lola

« Je me suis préparée… »
« Des amis m’avaient prévenue et je me suis préparée à cette phase où mon bébé s’agrippe à moi : je m’attache les cheveux, je ne lui donne pas l’occasion de tirer dessus. Et mes boucles d’oreilles, je les mets après l’avoir déposé à la crèche et je les enlève juste avant de le reprendre. »
Élise, maman de Gabriel

EN PRATIQUE

Veillez à…

  • Avec votre bébé de plus en plus intéressé par ce qui l’entoure, veillez à ne pas laisser dans les parages de trop petits objets qu’il risquerait d’avaler.
  • Et attention aux enfants plus grands qui seraient prêts à le guider avec un peu trop d’enthousiasme dans ses conquêtes.