Développement de l'enfant

Mon enfant est intenable, que faire ?

« Intenable. Ingérable. Ce sont des termes très généraux. Ils peuvent recouvrir des réalités très différentes qui vont de la simple animosité à des troubles du comportement plus profonds. Les causes peuvent être multiples, d’origine neurologique ou psychologique ». Mikaël Mathot, neuropédiatre, pose le problème d’emblée. Débouler avec le concept « d’enfant intenable », c’est très vague. C’est une des raisons pour lesquelles il faut se faire aider pour avoir une vision claire de ce qui agite l’enfant.

Un enfant méchant, ça n’existe pas

« Un enfant méchant, ça n’existe pas ! Par son attitude, son opposition, c’est un malaise qu’exprime, précise Marie-Jeanne Pétiniot, psychologue, responsable de l’Espace Pygmalion, mais à un certain stade, il est important de déterminer l’origine du malaise. Ce constat se fait grâce à l‘observation de l’enfant, mais aussi à ‘l’anamnèse’. Celle-ci se pratique chez le psychologue avec l’enfant et les parents. Au cours des discussions, on creuse au niveau de la famille, des relations quotidiennes au sein de celle-ci ». La psychologue insiste sur un point, le travail doit se faire au niveau de la famille. Les parents doivent s’intégrer dans le processus, accepter de se remettre en cause.

Les séances avec le psychologue peuvent amener des choses plus profondes à la surface. Par exemple, un couple sur le point de séparer risque d’être plus concentré sur sa relation à la dérive que sur le bien-être de l’enfant. « Celui-ci le ressent et l’exprime à sa manière, en ‘provoquant’ l’attention, explique Marie-Jeanne Pétiniot, l’enfant, dans ce cas-là, devient enfant-symptôme, révélateur d’un malaise qui le dépasse au sein de la famille ».

À ce stade, une question s’impose, à partir de quand faut-il s’inquiéter ? Estelle Renardy, psychologue, apporte une réponse : « Dans l’absolu, il faut avoir observé quatre des comportements qui suivent sur une période de six mois : il se met souvent colère, il conteste tout ce que les adultes disent, il refuse de se plier aux règles des adultes, il embête les autres délibérément, il fait porter sur autrui les responsabilités de ses erreurs, il est facilement agacé par les autres, il est fâché et plein de ressentiment, il se montre souvent vindicatif. Souvent, cela va de pair avec des troubles du sommeil et de l’alimentation. Cela altère aussi, forcément, le fonctionnement scolaire, familial ».

Pas de règle, c’est insécurisant

Que soit au niveau du neuropédiatre ou des psychologues, il est essentiel de ne pas attendre l’extrême ci-dessus. Si le côté « agité » est manifeste, s’il s’exprime à l’école ou à la maison sur la longueur, il faut demander de l’aide. « Dans un premier temps, il est important de se renseigner auprès des professeurs de l’enfant, estime Marie-Jeanne Pétiniot, si à l’école, celui-ci est un charme, développe un comportement harmonieux avec la classe, il y a de fortes chance pour que les réactions de l’enfant au sein de la famille soient d’ordre simplement psychologique. Il faut alors travailler sur les relations entre l’enfant et ses parents. Si les parents changent certains comportements, deviennent plus cadrants, les choses peuvent évoluer dans le bon sens ».

C’est aussi l’avis d’Estelle Renardy qui lâche cette petite phrase : « Un enfant sans règle, c’est un enfant qui est en insécurité ». Et la psychologue d’amener une métaphore : « C’est comme le code de la route, vous imaginez la sécurité routière s’il n’y en avait pas ? Il faut reporter cela au niveau familial ».

Mais comment recadrer, gérer les tensions et les crises ? Deux attitudes possibles selon la psy : « Soit on ignore l’enfant et il n’y a plus de spectateurs à faire réagir. Le besoin d’attention se tarit, la crise passe. Soit on organise un break style ‘Je ne suis pas d’accord, maintenant tu te calmes, tu t’assieds sur le fauteuil et je ne veux plus t’entendre pendant cinq minutes’. Dans ce cas-ci, il est important de garder son calme, de redéfinir les règles et, après la crise, de ne pas conclure par un ‘Fais-moi un bisou’. Il faut considérer cela comme un temps mort, une parenthèse après laquelle tout le monde reprend ses activités normales ».

Amour, cadre et attention

« Mettre un cadre, c’est bénéfique face à un enfant plus difficile. Ce n’est pas de la bête répression, renchérit Marie-Jeanne Pétiniot, c’est une façon de dire ‘Je t’aime, je m’occupe de toi, tu es en sécurité’, et c’est ça que recherche l’enfant, au bout du compte, c’est d’être sécurisé. Si l’enfant a un tempérament impulsif, il va toujours aller plus loin, provoquer pour obtenir un cadre. Si ce cadre n’arrive pas, la tension ne fera que monter. Ce sera mauvais pour les parents et pour l’enfant ».

Un cadre, donc. Mais aussi de l’amour, de l’attention. Marie-Jeanne Pétiniot insiste sur point : « Ces facteurs sont égaux en importance ». Précision que développe Estelle Renardy. « Je pense que les parents ne sont pas toujours assez attentifs aux comportements calmes de leurs enfants. On réagit davantage aux moments agités. Pourtant, les instants de sérénité sont à valoriser. Identifier les temps d‘attitude chaleureuse permet aussi de définir un cadre. Ainsi, il est bon d’apporter de l’attention aux enfants de façon systématique. D’en faire une règle de vie. Par exemple, se dire que chaque jour on accorde dix minutes à ses enfants, dix minutes pour les écouter, pour partager avec eux ce qui leur trotte dans la tête. Cela permet à l’enfant de combler son désir d’attention lors d’un moment privilégié, gratifiant ».

Cela dit, tout ne peut pas toujours se régler à la maison, comme le confirme Marie-Jeanne Pétiniot. « Si le côté ingérable de l’enfant se manifeste aussi à l’école, il faut explorer la voie neurologique. Un enfant qui ne peut pas rester assis, qui ne parvient pas à se concentrer, qui coupe tout le temps la parole, qui est victime de crise de colère, qui refuse la frustration, est un enfant qui demande une attention particulière. Il souffre peut-être du TDA/H, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. Et ça, ça demande un suivi particulier ».



Thierry Dupièreux

L’avis de l’expert

Les bienfaits de la psychoéducation

Mikaël Mathot est neuropédiatre. Lors de notre entretien, il a vanté les mérites de la psychoéducation. Venue du Canada, celle-ci n’est pas encore fort répandue chez nous. Pourtant, elle donnerait de bons résultats. À tous les niveaux.
« Je préconise l’utilisation de la psychoéducation lorsqu’on identifie des comportements qui relèvent de l’impulsivité et de l’agitation. Pas de l’agressivité qui, elle, demande un autre suivi. La psychoéducation est assez méconnue en Belgique. Elle passe par une petite anamnèse (voir ci-dessus) en début de processus, mais ensuite, on est vite engagé dans un parcours très pratique. On fonctionne par défi, l’enfant est confronté à une ‘mission’ (ranger sa chambre, par exemple), s’il parvient à accomplir son défi, il reçoit une récompense. Parfois ces récompenses peuvent être plus importante en regard de plusieurs défis relevés. On cultive ainsi l’attente, on donne un but, un cap. On utilise surtout l’impulsivité à bon escient en donnant l’envie d’avoir recours à des challenges. Ça aide l’enfant à se retrouver. Ça donne des solutions immédiates aux parents. Et pour finir, ça fournit aussi des indices aux psychologues ou aux médecins pour expliquer le comportement de l’enfant. Pour moi, cette technique est intéressante, mais sous-exploitée. Il y a un problème de disponibilité des personnes qui peuvent assurer une telle guidance parentale, il y aussi les soucis de non-remboursement d’une telle prise en charge. Cela freine forcément les parents. »

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