Crèche et école

Mon enfant est réorienté : la honte ?

Qui dit fin d’année scolaire, dit aussi réorientation vers la filière technique pour certains. Bonne nouvelle pour les plus angoissés d’entre vous, cela peut être le début de grandes choses pour votre petit. Voire un véritable accomplissement. Vous n’y croyez pas ? La filière technique reste pour vous une voie de garage ? Parents, professeurs, jeunes élèves et Vanessa Saggese du Siep s’unissent pour chasser une vieille idée reçue.

Benjamin nous reçoit entre plusieurs missions. Un homme pressé. Un passionné. Ce papa de deux petits en bas âge, plein de bonhommie, s’élance avant même qu’on lui pose une question.
« Ma réorientation ? Vacances d’été, je sais que je ne vais plus revoir mes potes et que je vais changer d’école. J’ai peur pendant toutes les vacances, j’ai le sentiment que je vais me rendre à l’usine. Mes parents ont honte, on me recycle en soudure, parce que, soi-disant, ça correspond à mon profil. Rentrée. Que des bonshommes. Tous plus âgés que moi. Au bout de deux jours à manipuler et à me montrer assez adroit, j’ai compris que c’était plus ou moins ça que je voulais faire de ma vie. »
Ça ? Une ambiance d’atelier, du travail manuel, des défis collectifs. N’en déplaise aux plus bornés, tous les enfants ne sont pas destinés à finir derrière un ordinateur, 38 heures par semaine ! La preuve…

Réorientés et fiers de l’être

Benjamin dirige aujourd’hui un atelier de fabrication de lampes, unique. Il est reconnu dans le monde entier et gère une équipe de cinq employés. On en parle à Fabia et Cyril qui savent depuis quelques mois que Mike, leur fils de 14 ans, va changer de voie. À la rentrée, il s’oriente vers le professionnel.
Lui semble ravi, ses parents désespérés. Son père se justifie : « Je n’ai pas fait d’études et j’en ai toujours eu un peu honte. Qu’on le veuille ou non, les gens qui vont à l’unif ont des codes en commun. J’ai des copains qui se racontent des souvenirs d’étudiants. Moi, à leur âge, je bossais. Je me suis toujours dit que mes enfants, eux, feraient partie de ce monde ».
De son côté, Mike ne comprend pas la désillusion de son papa. « Je m’ennuie un peu en cours. J’ai besoin de choses pratiques. J’ai beaucoup parlé avec mes profs. Il me faut un objectif. J’ai réfléchi et, maintenant, je sais que je veux être infirmier. Donc, mon but, c’est de bifurquer vers l'enseignement professionnel secondaire complémentaire en section soins infirmiers. Mes parents trouvent ça nul, ils auraient voulu que je fasse une école de commerce. Mais moi, je veux pas porter de cravate. Je veux être utile ! »
Ce genre de scission, on le retrouve dans plein de familles. Les parents misent sur des études qu’ils considèrent comme « valables ». Drôle de point de vue, déplore Vanessa Saggese, responsable du Siep de Mons.
« C’est avant tout une question de représentation et d’idées préconçues. Ce n’est pas l’argent investi, ni la longueur des études qui mènent à un emploi. Pour nous, il n’existe pas de classification dans les études. Il est question de projet, lié à un métier. Je dirai donc que la seule filière ‘valable’, s’il faut employer ce mot, c’est celle que le jeune aura choisie sciemment en vue d’une orientation adaptée. »
Pas de sous-filière, donc. Pourquoi est-ce si difficile à intégrer pour certains ?

Point de vue différent

Irène est la maman de Martin, 16 ans, qui s’est orienté de son propre gré vers une filière technique en vue de devenir restaurateur d’art. Pour elle, les a priori sur ces questions d’orientation sont avant tout affaire de snobisme. Elle pense presque à contre-courant.
« Je raisonne de façon très terre-à-terre. Quand j’apprends que les enfants de mes amis s’orientent en psychologie, en journalisme, en communication, etc., je me dis que ces petits sont condamnés à galérer. À moins d’un piston ou d’un coup de bol. Un Business development brand manager, moi, ça ne me parle pas. Ça ne me fait pas rêver. Ce n’est pas ce que je souhaite pour mes enfants. Un artisan, un plombier ou un fleuriste, c’est beau, c’est concret. »
Samuel, professeur de maths dans le secondaire, nuance : « Le gros problème, c’est qu’un enfant que l’on oriente, c’est le plus souvent un gamin en échec scolaire. On associe donc l’échec à la professionnalisation et c’est vraiment dommage. Tant qu’on n’aura pas de bons élèves qui se dirigent vers le Technique, avec une vraie ambition, on ne changera pas d’état d’esprit ».
Un élève déterminé et bien informé, c’est ça, le secret ? Pour Vanessa Saggese, il est avant tout question d’accomplissement personnel. « Beaucoup trop de jeunes ne s’épanouissent pas et s’engagent dans une filière qui ne leur correspond pas. Ils vont passer leur scolarité à tirer sur la corde, se retrouver en rhéto sans aucune perspective dans le cycle supérieur ».
Un gamin peut être réorienté dès ses 14 ans, comme ça a été le cas de Benjamin et comme c’est le cas pour Mike. Est-ce que ça ne paraît pas un peu jeune pour décider de son sort ? On retrouve Samuel, notre prof de maths : « C’est le nœud du problème. Tu as redoublé, tu navigues en eaux troubles : on te dégage ! On te met sur le côté. Tu aimes la mécanique ? Tu es attiré par le milieu de la coiffure ? Non ? Allez, pas grave », grince-t-il.
Même constat pour Vanessa Saggese : « C’est trop tôt. Un projet est rarement construit à cet âge-là. On demande à un enfant d’avoir une vision à long terme. Du coup, on se base sur ses résultats scolaires et pas sur son choix. Mais, attention, ça n’arrive pas qu’à cet âge-là, ni dans ce sens. Je pense à un jeune que l’on contraint à faire médecine, par exemple. »
Que dire aux parents dont l’enfant se retrouve dans cette situation ? Irène, la maman de Martin, conseille à ses homologues de ne pas reléguer cette question à d’autres. « Il faut être à la fois informés sur les orientations possibles et bien au fait des envies et des goûts de ses mômes. Qui les connaît mieux que nous ? ».
Pour que votre enfant soit motivé, il faut donc le rendre acteur très tôt, l’interroger sur ses goûts, ses aspirations. « La meilleure chose ? Faire marcher le réseau étendu et rencontrer des professionnels avec vos enfants. Qu’ils s’imbibent de conseils pratiques de gens du métier. Qu’ils réalisent que s’orienter, ça peut vouloir dire créer son propre emploi », recommande Vanessa Saggese.
Mike, lui, explique qu’il se sent libre depuis qu’il a fait le choix d’études qui lui conviennent pleinement. « Mais ce n’est peut-être pas un argument », doute-t-il…



Yves-Marie Vilain-Lepage

Et demain…

Vers un tronc commun ?

Pacte d’excellence, le retour. Un des points abordés est justement de créer un tronc commun entre formation technique et acquisition des apprentissages généraux. Derrière cette idée qui - on l’espère - va être mise en pratique le plus vite possible, un long appel du pied des spécialistes de terrain qui poussent les ministres successifs à créer une réflexion globale. Pourquoi ? Pour permettre aux jeunes de trouver une voie qui leur est propre.

En pratique

À quelle porte toquer ?

  • www.siep.be : on ne peut que vous inciter à rencontrer ces experts neutres et indépendants.
  • www.orientation.be : pour l’orientation technique et professionnelle. Le site n’est pas tout à fait à la pointe, mais son contenu est très riche.
  • Mon école, mon métier : des fiches très pratiques qui répondent à toutes les questions, type « Que vais-je faire plus tard ? », « Ai-je envie de continuer dans le supérieur ? ».
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