Crèche et école

Mon enfant n’est pas un cancre

Face aux notes parfois catastrophiques de son enfant, le parent se sent impuissant, en arrive à se demander s’il n’est pas un cancre, même si le mot n’est pas lâché (et heureusement). Alain Sotto, psychopédagogue, vient à la rescousse de ces parents déboussolés. Même s’il y a du travail, rien n’est perdu.

Psychopédagogue, spécialisé dans les stratégies d’apprentissage et en neuro-pédagogie, à savoir les mécanismes utilisés par le cerveau, Alain Sotto vient de publier Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ?, un ouvrage accessible qui vous donnera des pistes pour accompagner votre rejeton dans son travail scolaire. Mais pas seulement.

Bonne nouvelle, contrairement à ce que l’on a toujours dit, vous affirmez que tout ne se joue pas avant 6 ans. Pourquoi ?
Alain Sotto : « C’est un neuromythe, un détournement d’une connaissance scientifique. On a découvert récemment la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se remanier en permanence. Le cerveau est constitué de cartes de neurones qui s’assemblent. Cette combinaison est infinie, de sorte qu’on ne peut en saturer la mémoire. On peut apprendre à tout âge. »

Pourquoi certains enfants ont-ils tant de mal à apprendre ?
A. S. : « Être attentif, apprendre, mémoriser… Toutes ces actions sont rarement expliquées à l’enfant. On n’arrête pas de lui répéter : 'Sois attentif, essaye de comprendre !' Or, être attentif, cela se décrit, c’est faire exister mentalement en images, en mots, en sensations ce qu’on entend, ce que l’on voit, ce que l’on écoute. Il y a des situations où il mobilise cette qualité, par exemple lorsqu’il réussit un beau geste au football. Il a intégré ce geste en images, en mots et en sensations. Tout cela est mémorisé. Il y a des enfants qui mémorisent des cours et quand ils sont interrogés deux jours plus tard, ils ont tout oublié et ne savent pas pourquoi. Il est très important d’éduquer l’enfant, aussi bien à l’école qu’à la maison, à apprendre quelque chose en sachant à quoi cela va lui servir. »

Êtes-vous pour ou contre l’apprentissage par cœur ?
A. S. : « Le par cœur n’est qu’une partie de la mémoire. Lorsque l’enfant fait du par cœur, il répète les mots à voix haute dans sa tête. S’il y a dix pages, il va passer des heures et des heures à mémoriser les mots, sans nécessairement en avoir intégré le sens. Il lui manque la mémoire analytique. Lire par exemple, c’est transformer les mots en images, en réaliser une photocopie visuelle. Exemple : hippopotame. Il va lire le mot et va pouvoir reproduire les lettres à l’identique. Malheureusement, il n’aura qu’un apprentissage morcelé, en miettes. Pour arriver à une mémorisation complète, proposons-lui d’inventer une phrase avec ce mot, pour qu’il imagine une situation nouvelle. Le mot va s’associer à d’autres mots, déjà connus, et déclencher d’autres images. »

Un système d’enseignement périmé

L’échec, est-ce seulement des difficultés d’apprentissage ?
A. S. : « Aujourd’hui, on est face à des systèmes hétérogènes complexes. D’un côté, le statut de la famille a changé. Elle s’est privatisée, chacun est à la recherche du bonheur en famille. L’enfant, aujourd’hui au centre de la famille, est valorisé, survalorisé. D’autre part, de vieux systèmes scolaires, périmés, se retrouvent face à des enfants qui ne lisent plus, ont moins de vocabulaire, n’écoutent plus. Dans les classes, ça bavarde. De plus, la consommation la plus importante sur Internet, ce sont les vidéos, les films, les séries, etc. On évite tout ce qui est lecture ! Il faut réinterroger la transmission de l’information et donc du savoir. Sur la Toile, on a besoin de guide pour décoder, faire le tri entre les informations vraies ou qui ont de la valeur et celle qui sont fausses ou inutiles.
Aujourd’hui, l’enseignant est en mauvaise posture : son rôle n’a pas évolué, il est coincé dans ses programmes, pas toujours formé à ces révolutions et est dévalorisé par la société. Il devrait d’abord enseigner la connaissance de soi. Apprendre à se connaître, c’est la priorité. Ce serait enfin un enseignement qui a du sens pour un enfant du 21e siècle. Certains pays ont déjà une méthode plus adéquate. En Finlande, par exemple, il n’y a pas de redoublement, il n’y a même pas de notes avant 13 ans. On cherche à développer les compétences, une ambiance de coopération et non de compétition. »

Selon vous, on nie le développement de l’intelligence de l’enfant. Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux parents à qui on a dit : « Votre enfant est un cancre » ?
A. S. : « Il ne faut jamais se laisser déterminer par un jugement pareil. Je demanderais au professeur ce que mon enfant a comme compétence? Dans quoi il est bon ? S’il ne sait pas répondre, c’est qu’il ne le connaît pas. Il faut partir de là où est l’enfant et ne pas le juger en disant qu’il est immature, lent, etc. Les parents sont aussi responsables. Ils demandent à l’école d’éduquer les enfants et de les instruire. C’est trop. Ils ne peuvent pas demander à l’école de tout faire si eux même ne fournissent pas des modèles à la maison, au travers de la communication, de la réflexion, d’échanges verbaux. Je veux rendre l’initiative aux parents. »



Propos recueillis par Michel Torrekens et L. B.

EN SAVOIR +

  • Alain Sotto,Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ? Mieux connaître votre enfant pour l’aider à s’épanouir, Ixelles éditions.
  • Du même auteur, chez le même éditeur, Donner l’envie d’apprendre.
  • Retrouvez l’auteur sur cancres.com, avec une entrée spéciale parents.

POUR VOUS AIDER

  • Parlez à votre enfant avec un vocabulaire riche.
  • Après avoir regardé un reportage à la télévision, demandez-lui ce qu’il en a retenu.
  • Demandez-lui ce qu’il a fait de sa journée : ce qu’il a appris, le petit plus du jour, le mot d’un prof, une réflexion à la récré, une sensation…
  • Si vous ne pouvez accorder que 10 minutes à votre enfant, faites qu’elles soient intenses et signifiantes. C’est un moment important pour lui.
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