Loisirs et culture
Au Ligueur, nous adorons la littérature jeunesse, le cinéma d’animation, le théâtre jeune public, les jeux/jouets et... la chanson pour enfants. Surtout quand elle nous parle du quotidien de nos mômes, comme c’est le cas avec Monsieur Nicolas que nous avons rencontré sous les feux de la rampe.
Sous la salle-préau de l’école communale d’Arquennes, début du printemps. Grosse ambiance dans la cour de récréation. Les élèves attendent avec impatience le concert qui leur a été annoncé. Nicolas Van Overstraeten est arrivé une heure plus tôt pour installer le matériel et les décors. Le tout, instruments et quelques nuages colorés, tient dans le coffre de sa voiture. Il est accompagné de son comparse Émile, multiinstrumentiste qui présente en fin de spectacle son cajón, ses bongos, sa kalimba et ses boîtes de conserve aux bambins fascinés. Par monts et par vaux, par écoles et centres culturels, le duo est en pleine tournée du spectacle La Tête Dans Les Nuages.
Monsieur Non-Non, la bonne étoile
Jeans, tee-shirt bleu, basket rouge et guitare jaune et bleue, Monsieur Nicolas ouvre le spectacle par une histoire, celle d’un petit garçon appelé Monsieur Non-Non, que son jeune musicien, Émile, va incarner avec conviction tout au long des douze chansons. Et hop, en route pour un voyage imaginaire à bord de bulles de savon magiques qui, pour leur plus grande joie, survoleront les petits élèves à la fin.
Le spectacle se nourrit également de l’enfance dans tout ce qu’elle a d’universel et quotidien comme l’indiquent certains titres de chansons : Montre-toi si tu oses, Pin-Pon, Les dinosaures, La tête dans les nuages, Et pourquoi ? Il y a aussi Gnangnan, un enfant qui fait le gnangnan dès la sortie de l’école quand son papa vient le rechercher, qui préfère quand c’est mamy qui vient ou rester à la garderie. Quel parent (ou grand-parent) n’a jamais vécu cette scène ? Et à entendre les rires des petitꞏes spectateurs et spectatrices, on devine qu’ils et elles se reconnaissent dans les situations.
« Ce spectacle est né alors que nous entrions en confinement, se souvient Nicolas quand nous discutons avec lui entre la séance pour les maternelles et celle pour les primaires, avant une autre interview pour les Jeunesses Musicales. Mon travail de plusieurs années comme décorateur de films s’est complètement arrêté. Du coup, j’ai recommencé à faire de la musique pour moi. J’ai aussi passé beaucoup de temps avec mon fils de 4 ans à l’époque. Tout est parti de la chanson Monsieur Non-Non que j’ai écrite à ce moment-là, à partir du surnom que nous donnions à notre fils William. Je la lui ai chantée le soir même au milieu de ses doudous. Il a aimé et je l’ai ensuite postée sur les réseaux sociaux. »
« Je m’inspire de mon fils, mais je me replonge aussi dans ma propre enfance, dans ce que j’aurais eu envie d’entendre étant enfant »
Vu les commentaires positifs, Nicolas Van Overstraeten, à présent sous le pseudonyme de Monsieur Nicolas, se lance le défi d’en écrire une par semaine. À la fin du confinement, douze chansons sont écrites et composées à la guitare. « Chacune était accompagnée d’une capsule vidéo qui m’a amené un premier public. Ma ville, Genappe, m’a proposé de participer à Place aux Artistes. C’est ainsi qu’est né le spectacle. La bonne étoile de ce spectacle, ça a été Monsieur Non-Non que je peux emmener partout, sur la lune, dans les nuages, dans de nombreuses aventures, etc. C’est un vrai personnage. »
Un plongeon dans l’enfance
De salle en salle, d’une mise en scène à l’autre, le spectacle se peaufine. En janvier 2021, un CD est enregistré avec des musiciens prestigieux tout heureux de retrouver les studios. Il est accompagné d’un livre (lire encadré) avec des illustrations d’Arnold Hovart et une histoire rédigée par Madame Non-Non, alias Julie De Wever, dont Monsieur Nicolas est le compagnon. Une vraie affaire de famille !
Autre chance de cette aventure, la rencontre d’Émile, multiinstrumentiste qui avait déjà une expérience d’animation musicale, de cirque, de camps-chorale avec des enfants pour l’École de Clerheid asbl, du nom d’un village ardennais. Sur scène, Monsieur Nicolas et Monsieur Non-Non s’amusent comme… des enfants. Il en ressort un spectacle très complet dans les textes, les arrangements musicaux, les gestuelles, les transitions, les dialogues et surtout les interactions avec les enfants, par exemple lorsqu’ils sont invités à venir raconter leur plus grosse bêtise sur scène ! Dans la salle, cela danse, rit, applaudit, se trémousse, s’étonne à telle ou telle phrase…
Musicien autodidacte depuis son adolescence, Monsieur Nicolas passe par le Cours Florent, célèbre école de théâtre à Paris où il rencontre Guillaume Gallienne qui parle de lui comme d’un « sale gosse et super môme », mais accorde sa préférence à la chanson. Dans l’écriture et les compositions, il soigne les moindres détails. « J’élague, j’élague, jusqu’à avoir l’essentiel dans une chanson, explique-t-il. Je m’inspire de mon fils, mais, lorsque j’écris les textes le soir dans ma cuisine, je me replonge aussi dans ma propre enfance, dans ce que j’aurais eu envie d’entendre étant enfant. Je me plonge aussi dans le dictionnaire, mes lectures, pour trouver le mot juste qui retiendra l’attention. Je cherche aussi à ce que chaque refrain puisse être rechanté. Il y a aussi la difficulté de trouver le vrai public, jusqu’à quel âge. Cela dépend de chaque enfant. Je m’adresse surtout aux 3 à 8 ans, mais des enfants de 10 ans chantent encore Pin-Pon. Il y a aussi des fratries avec des aînés qui accompagnent le plus jeune et connaissent toutes les chansons. »
Parentalement correct ?
« Me brosser les dents, non, non, non, ranger mes affaires, non, non, non », chante le petit héros du spectacle. Audible pour des parents et des enseignant·es ? « Le fil rouge du spectacle est d’ouvrir les enfants, je les fais participer au spectacle, répond l’artiste. Je leur demande dès le départ s’ils savent dire ‘Non !’. Mais ce qui est gai, c’est que les adultes chantent aussi et rigolent, mais pas nécessairement pour les mêmes choses que les enfants. Une instit bruxelloise m’a dit qu’elle avait adoré la chanson Les bonbons ! ». Ces bonbons tellement bons « qu’ils font des bonds/Bon, bon, bon… ».
Et puis, à travers ce moment hors du temps, le spectacle qui se veut parents admis leur offre une catharsis. « Je crois que les parents se sentent moins seuls et se disent que je vis la même chose qu’eux, poursuit Monsieur Nicolas. Tous les enfants disent ‘Non’ à un moment et cela peut durer longtemps. J’espère aider les parents à lâcher prise. Les instits me disent que ce sont ces réalités-là que les enfants vivent. Dans Et pourquoi ?, il est fait allusion au divorce, à l’arrivée d’un deuxième enfant, à l’écologie, etc. Ce sont des questions que les enfants portent en eux et que nous nous posons aussi. Mon objectif premier reste que le public passe un bon moment, ludique, ensemble. Que ce soit la fête ! ».
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