Vie pratique

Paroles de grands-parents : les limites

Les limites ne sont-elles pas au centre de l’éducation ? Pour les parents comme pour les grands-parents ? Les limites des parents sont-elles celles des grands-parents ? Et inversement ? Question de générations, de territoires, de fonctions… Les grands-parents d’aujourd’hui sont aussi confrontés à des situations nouvelles : espérance de vie, travail, loisirs, itinéraires familiaux… Le monde bouge et change leurs rapports aux limites. Ce n’est pas pour rien que la psychologue Élisabeth Brami, interviewée ci-contre, sous-titre son dernier ouvrage, Dolto, l’art d’être parents (Albin Michel), de ces trois mots : L’éducation, la parole, les limites.

► Bernard, 57 ans

Dès que ma fille a attendu des jumeaux, elle m’a demandé si cela me plairait de les garder le mercredi après-midi. Je suis veuf et j’étais ravi de vivre ça, de me retrouver avec des enfants à chouchouter.
Aujourd’hui, les jumeaux ont 4 ans et ma fille trouve que je suis trop laxiste, surtout par rapport à la manière, assez sévère, dont j’ai été père. Pour moi, être grand-père et être père, c’est le jour et la nuit…
 

Marie-Anne, 56 ans, fière
Ma petite-fille Marion, 4 ans, a passé la semaine de carnaval avec moi à la mer. On s’est bien amusées, je m’occupe beaucoup d’elle, je joue sans cesse, mais je suis très exigeante sur certains principes, comme la politesse : on dit ‘Merci’, ‘S’il vous plaît’, ‘J’aimerais’ et pas ‘Je veux’. J’insiste aussi pour qu’elle reste à table pendant les repas. Après le congé, l’institutrice a dit à mon fils qu’elle trouvait Marion métamorphosée, plus posée et qu’elle ne devait plus lui faire de remarques. Je l’ai pris comme un compliment pour moi et j’étais assez fière…

Robert, 78 ans, fatigué
Nous sommes de vieux grands-parents. Nous avons eu nos deux filles sur le tard et elles-mêmes sont devenues mères dans la trentaine. Du coup, nous sommes un peu dépassés. De plus, notre fille vient de se séparer et est revenue vivre chez nous avec ses deux enfants dont elle a la garde principale. Comme elle travaille, nos petits-enfants sont beaucoup avec nous et c’est assez fatigant. Nous n’avons plus la patience et nous nous énervons vite quand nos petits-enfants dépassent les limites que nous leur fixons.

Véronique, 61 ans, plutôt laxiste
Je suis plus laxiste en tant que grand-mère. Comme mère, je l’étais moins, je ne voulais pas rater mon rôle d’éducatrice. J’ai moins de principes en tant que grand-mère. Je laisse passer plus de choses, peut-être même que je surprotège mes petits-enfants. ‘Maman, tu ne bouges pas’, m’a un jour dit ma fille alors qu’elle venait de punir sa gamine et que je tentais d’intervenir en sa faveur. Mon mari était aussi plus sévère comme père que comme grand-père.

Jean-Pol, 75 ans, gâteau gâteux
Dès que j’ai eu des petits-enfants, j’en ai été fou, un peu gaga même. « Bon-Papa gâteau », qu’ils disaient. Maintenant qu’ils sont ados et même grands ados, ils disent « Bon-Papa gâteux ». Ça me fait rire. Quand ils étaient petits, je leur passais tout, le moindre caprice, la moindre envie, tant que cela ne nuisait pas à leur sécurité. Il y avait très peu de règles, mon épouse était sur la même longueur d’onde que moi. Il faut dire qu’on ne les voyait qu’une fois tous les deux mois vu qu’on habitait à plus de 200 km. À mes yeux, l’éducation, c’était pour les parents !

Joëlle, 62 ans, coincée
Mon fils est infirmier. Il vient de se séparer de la maman de ses deux filles (8 et 6 ans) dont il a la garde alternée. Vu ses horaires, nous devons l’épauler. Les petites sont très souvent chez nous. J’estime dès lors que nous avons un devoir d’éducation, que nous devons établir pour elles un cadre sur lequel elles puissent s’appuyer pour grandir. Et qui dit cadre dit règles ! Je le regrette un peu, car j’aurais aimé ne pas devoir jouer ce rôle-là.

Viviane, 59 ans, exigeante chez elle
J’adore mes petits-enfants de 6 et 4 ans. C’est pour moi une fête quand ils viennent à la maison. Nous faisons plein d’activités, de bricolages… Par contre, quand ils me disent que, chez eux, ils ne doivent pas se laver les mains avant de passer à table, je leur explique qu’il y a les règles de papa et maman et les règles de Grany. Je suis exigeante pour des détails qui ont de l’importance à mes yeux : on ne met pas ses chaussures sur les fauteuils, on dit bonjour quand quelqu’un vient chez moi, on ne va pas se servir seul dans le frigo, etc.

Dominique, 41 ans
Je confie mes trois enfants sans problème à mes beaux-parents qui sont accueillants, cool, prêts à jouer des heures avec Zoé, Lara et Quentin. Par contre, je ne parviens pas à les laisser chez mes propres parents, qui sont exigeants, voire intransigeants, tout le temps à faire des remarques, ne tolérant pas un pas de travers. Ils pensent, ma mère surtout, devoir les éduquer. Ce n’est pas le rôle que j’attends d’elle et mon mari est d’accord avec moi. Je voudrais un peu plus de « folie », de pétillant, qu’elle soit avec eux dans le plaisir et pas dans le devoir.

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