Santé et bien-être
Voir grandir un enfant, c’est assister à une incroyable transformation. C’est aussi, parfois, se poser des tas de questions…
Comment grandissent les enfants ?
Les mécanismes de la croissance sont complexes et conservent une part de mystère. La taille qu’un enfant atteindra en principe au terme de sa croissance (ou « taille cible ») est en grande partie déterminée par ses gènes. Et donc, notamment, par la taille de ses parents. Mais cet héritage génétique n’explique pas tout. La croissance est également le reflet de l’état de santé globale de l’enfant et peut être influencée par de nombreux facteurs.
► Des fluctuations naturelles
On a tendance à l’oublier tant le nouveau-né semble « petit », mais il a déjà accompli près d’un tiers de sa croissance dans le ventre de sa mère. De sa naissance à ses 2 ans, le bébé grandit encore très rapidement. Pendant cette période, sa croissance est essentiellement guidée par la nutrition. Ensuite, la croissance de l’enfant se fait plus lente et régulière, autour de cinq à sept centimètres par an, jusqu’à la puberté.
Quand arrive la puberté, le rythme de croissance des filles et des garçons (jusque-là identique) se met à différer. Chez les filles, un pic de croissance a lieu au début de la puberté, vers l’âge de 10-11 ans. Après l’arrivée des règles, leur croissance ralentit – elles grandissent encore d’environ huit centimètres sur deux ans – puis s’arrête. Chez les garçons, la puberté débute généralement plus tard, vers 12 ans. Elle s’accompagne toutefois d’un pic de croissance plus ample, puisqu’il dure jusqu’à la fin de la puberté.
Le lien étroit qui existe entre croissance et puberté explique les écarts de taille importants qui peuvent exister entre enfants du même âge dans les premières années de l’adolescence, en fonction du moment où démarre pour chacun·e le pic de croissance. Mais ces différences, souvent passagères, ne permettent pas de prédire l’avenir.
Un pic de croissance douloureux : « Je mesure 1m80 et le papa 1m83. On est donc au-dessus de la moyenne. La croissance de nos enfants a été entre guillemets ‘normale’. Mais quand il avait 16 ans, un de nos fils a pris vingt centimètres en l’espace de huit mois et ce fut douloureux pour lui. On nous a dit qu’il fallait qu’il s’étire beaucoup. Maintenant, il mesure environ 1m95. »
► Une histoire d’os, de cartilages et d’hormones
Au fil de ces étapes, le squelette des enfants grandit et se transforme. À chaque extrémité de leurs os longs se trouve en effet une zone constituée de cartilage de croissance, où les cellules se multiplient avant de se solidifier pour devenir de l’os. Ce processus, qui permet aux os de s’allonger, est rendu possible par l’action croisée de nombreuses hormones – ces substances chimiques produites par notre corps.
La principale est l’hormone de croissance (GH). Fabriquée par l’hypophyse, une glande située dans le cerveau, elle permet au terme d’un processus complexe de stimuler la croissance et la maturation des os. Les hormones produites par la glande thyroïde jouent également un rôle important. Enfin, lors de la puberté, les hormones sexuelles jouent à leur tour un rôle clé, en « boostant » la production de l’hormone de croissance.
► Chacunꞏe sa courbe, chacunꞏe son chemin
Pour suivre l’évolution d’un enfant au fil du temps, on utilise des courbes de référence. Ces courbes permettent d’attirer l’attention sur une situation inhabituelle, afin d’en rechercher la cause. Dans certains cas, il s’agira d’un retard ponctuel qui pourra être rattrapé naturellement. Dans d’autres, une prise en charge sera nécessaire.
Ces problèmes de croissance peuvent avoir des origines aussi diverses qu’un déficit hormonal, une maladie (génétique, hormonale, osseuse ou autre), une carence nutritionnelle ou même une carence affective sévère. Mais, la plupart du temps, le fait de se situer en-dessous ou au-dessus de la moyenne n’est pas le signe d’un problème de croissance. On parle alors de petite ou grande taille « constitutionnelle ». Il s’agit tout simplement d’une particularité individuelle.
► Peut-on prédire la taille adulte d’un enfant ?
La formule qu’utilisent les endocrinologues pour déterminer la « taille cible parentale » d’un enfant est la plus fiable selon eux. On commence par additionner la taille des parents, avant de diviser le résultat par deux, pour obtenir une moyenne. Pour une fille, on enlève 6,5 cm. Et pour un garçon, on ajoute 6,5 cm. On obtient alors un chiffre, qui correspond à la taille cible. En élargissant d’environ 10 cm en moins et en plus, on arrive à une fourchette plus large, qui permet de tenir compte des variations possibles… et des petits et grands imprévus du voyage. À vos calculettes !
► Les enfants deviennent-ils plus grands que leurs parents ?
C’est une question qui revient souvent, nous dit Philippe Lysy, des Cliniques universitaires Saint-Luc : « Des parents me disent : ‘On sait qu'on n'est pas très grands, mais on sait aussi que les enfants deviennent plus grands que leurs parents…’. Il y a cette idée, dans l'inconscient collectif, que l'espèce humaine continue à grandir. Ce qui n'est pas vrai. Cela n'a pas été démontré. Des études récentes montrent qu'on plafonne. On voit de plus en plus de jeunes très grands, mais il y en a aussi qui sont petits et, dans l'ensemble, la taille moyenne reste la même chez la femme et chez l'homme ».
Une piqûre tous les soirs : « Il y a trois ans, lors d’une banale consultation pour un vaccin, la pédiatre a remarqué que ma fille de 6 ans ne grandissait pas suffisamment et m’a proposé de prendre rendez-vous chez un endocrinologue. Il a fallu faire de nombreux tests, un vrai parcours du combattant qui a duré des mois. Ces tests ont permis d’écarter toute une série de maladies, mais ont montré que Tess avait un déficit d’hormone de croissance. Depuis deux ans, elle a donc commencé un traitement. Ce sont des piqûres à faire tous les soirs, dans la cuisse, avec un stylet. Parfois, c’est sa grande sœur de 14 ans qui les fait. Toute la famille s’y met. On lui a bien expliqué que c’était la seule solution, que son hypophyse ne produisait pas assez d’hormone… Elle s’est très fort intéressée au sujet, elle a même préparé un exposé pour sa classe. Elle a un rendez-vous de suivi tous les quatre mois et, pour l’instant, elle répond bien au traitement. Ça fonctionne. Avant le traitement, on nous avait annoncé qu’à l’âge adulte elle mesurerait 1m40. Avec les nouvelles prévisions, on arrive à 1m55. Mon conseil aux parents, c’est qu’il ne faut pas hésiter à aller voir les pédiatres pour suivre la croissance. Sans notre pédiatre, honnêtement, je serais passée à côté. »
ET AUSSI...
De quoi un enfant a-t-il besoin pour grandir dans de bonnes conditions ?
Sport, sommeil, alimentation… Certains aspects de la vie quotidienne des enfants peuvent soutenir ou, à l’inverse, freiner leur croissance. On fait le point avec Philippe Lysy, chef de l’Unité d’endocrinologie pédiatrique aux Cliniques universitaires Saint-Luc.
L'alimentation joue-t-elle un rôle important dans la croissance ?
Philippe Lysy : « Ce qui est important, dans le contexte de la croissance, c'est d'avoir une alimentation saine, diversifiée et en quantité suffisante. Avec des apports suffisants en protéines, en calcium et en vitamine D. Un enfant dénutri, qui souffre de problèmes d'absorption des aliments ou encore de troubles alimentaires, peut moins bien grandir. Et un enfant qui présente un surpoids va grandir plus vite, mais il va aussi s'arrêter plus vite de grandir. »
Le sommeil a-t-il aussi son importance ?
P. L. : « Le plus important, pour un enfant qui grandit, c'est de pouvoir aller dormir tôt. Son corps a en effet besoin des phases 3 et 4 du sommeil, c’est-à-dire des phases de sommeil profond, pour produire de l’hormone de croissance. Plus on accumule d’heures de sommeil avant minuit, mieux on réalise des pics d’hormone de croissance. Un enfant qui va dormir plus tard aura moins cette possibilité puisque la qualité du sommeil et de ses phases, si vous le décalez, est complètement différente. »
La pratique intensive d’un sport peut-elle freiner la croissance ?
P. L. : « Il faut comprendre que la croissance, comme la puberté, est un phénomène d’abondance. Ce qui veut dire que le corps grandit quand il en a les moyens, s’il dispose de suffisamment de réserves. Un enfant qui fait plus de dix à douze heures de sport par semaine va dépenser beaucoup d’énergie dans cette activité, ce qui peut avoir un retentissement sur sa croissance. Ce n’est pas tellement le choix du sport qui joue, mais plutôt l’intensité de la pratique. »
Un tel retard de croissance peut-il être rattrapé ?
P. L. : « Cela va dépendre de la puberté. Un enfant qui ralentit sa croissance dans un contexte de pratique sportive intense a tout intérêt à diminuer cette pratique à temps. Prenons l’exemple d’une jeune fille qui fait beaucoup de gymnastique, en compétition, que je vais voir en consultation en 6e primaire, et dont on va commencer à alerter les parents. Si elle continue malgré tout au même rythme en secondaire et qu'elle arrive en fin de puberté, son retard ne sera jamais rattrapé. Ça arrive, on voit ce type de situation chaque année. »
Y a-t-il un autre élément du quotidien à mettre en avant ?
P. L. : « Oui, il y a un facteur très naturel qu’on a tendance à oublier, c'est l'exposition au soleil. C'est comique de voir à quel point, aujourd'hui, des scientifiques font des études pour constater des choses que nos arrière-grands-parents connaissaient naturellement : l’importance de s'aérer, d'aller dehors. Le fait d'être dehors stimule certaines fonctions cérébrales, cognitives et la libération d'hormones. On sait par exemple que pendant l'été, il y a une activation de la puberté. Et que le rythme nycthéméral (notre « horloge biologique ») dépend de la clarté, de l’effet jour-nuit. On pense qu'en Belgique, tout est gris en termes de météo, mais on oublie que si on voit la journée, c'est qu'il y a quand même des rayons UV. Et ils nous font du bien ! »
Quand les pointures défilent : « Mon fils de 12 ans, qui mesure 1m73, a un ou deux contrôles ortho par an pour vérifier sa bonne croissance (pas de préscoliose, etc.) et tout va bien. C'est mon portefeuille que je regarde avec inquiétude à coup de deux, voire trois pointures par an ces dernières années 😉. »
OU ENCORE...
Les problèmes de croissance, qu’est-ce que c’est ?
Le dépistage, le suivi et le traitement des problèmes de croissance font partie du travail des spécialistes des hormones : les endocrinologues pédiatres. Cécile Brachet, directrice de la Clinique d’endocrinologie pédiatrique à l’Hôpital des Enfants (HUDERF-HUB), nous en dit plus.
En général, qu’est-ce qui amène les enfants et leurs parents à vous consulter ?
Cécile Brachet : « Parfois, ils sont référés par leur médecin traitant, le service de promotion de la santé à l’école ou l’ONE et parfois, ils consultent de leur propre initiative. Notre rôle est de vérifier si le retard de croissance résulte d’un problème hormonal ou osseux ou bien s’il s’agit d’une simple variation de la taille comme celle qu’on observe dans la population générale. Dans ce cas, nous essayons de rassurer les familles, en disant qu’il n’y a pas de maladie ou d’anomalie sous-jacente, mais une relative petite taille constitutionnelle. Ce sont des consultations marquées par les stéréotypes négatifs concernant la petite taille, qui rendent la vie très difficile aux 5 à 10% de la population qui sont parmi les petits.
Quand suspecte-t-on qu'un enfant présente un problème de croissance ?
C. B. : « Il y a plusieurs situations possibles. La première est une très petite taille dans l’absolu : si la taille d’un enfant est en dessous des courbes de référence ou en-dessous de la taille moyenne de ses parents (la « taille cible parentale », voir encadré), il est indiqué de faire une mise au point. La seconde situation est celle où un enfant arrête de grandir ou se met à grandir très lentement. C’est donc la question du nombre de centimètres pris par année et c’est visible sur la courbe de croissance. Les parents le remarquent parfois parce qu’ils n’ont pas acheté de nouveaux vêtements depuis longtemps. Si les parents, les services de promotion de la santé à l’école, le/la pédiatre ou généraliste remarquent un ralentissement de la croissance, cela mérite une mise au point. Troisième situation qui nécessite une mise au point : celle d’un enfant qui prend beaucoup de poids, mais ne grandit pas. »
Quels sont les problèmes de croissance les plus fréquents ?
C. B. : « Le déficit en hormone de croissance concerne 1 enfant sur 3 000. Les problèmes de thyroïde peuvent aussi expliquer une croissance anormale. En Belgique, il y a un dépistage systématique de l’hypothyroïdie à la naissance, mais il ne concerne pas les enfants migrants. De plus, certains problèmes de thyroïde surviennent plus tard dans l’enfance. Certaines petites tailles ont également une cause osseuse ou cartilagineuse. Plus rarement, il arrive de déceler, via un retard de croissance, une autre maladie, comme une maladie cœliaque (intolérance au gluten), ou une maladie inflammatoire digestive… dans ces cas-là, comme l’enfant n’est pas en bonne santé générale, il ne grandit pas bien. »
Comment se passe généralement une première consultation ?
C. B. : « La première consultation, c’est énormément de questions ! Sur la taille des parents, des grands-parents, l’âge de puberté des parents, la taille de naissance de l’enfant, la grossesse… Et même des questions psychosociales : sur la scolarité, le vécu de la taille… C’est ce qu’on appelle l’anamnèse. Les parents sont parfois un petit peu surpris. Il y a également un examen clinique : on va examiner l’enfant, le peser, le mesurer, prendre sa tension… On va aussi mesurer les parents. Et donner beaucoup d’explications. On montre la courbe, on la commente. Bien souvent, on demande ensuite une prise de sang assez complète. Après 4 ans, on peut aussi demander une radio de la main et du poignet pour mesurer le niveau de maturation des os (âge osseux). Tout cela permet de s’orienter et, selon les résultats, de prévoir un suivi ou de réaliser d’autres examens. »
Dans quels cas propose-t-on des injections d’hormone de croissance ?
C. B. : « Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Belgique, on ne traite pas un enfant pour la petite taille en tant que telle, mais pour certaines situations qui causent une petite taille. Comme un déficit en hormone de croissance, lorsque la glande hypophyse n’en fabrique pas assez. On peut aussi proposer ce traitement aux enfants qui sont nés avec un retard de croissance intra-utérin et qui n’ont pas rattrapé leur retard de croissance à 4 ans. Il existe également d’autres indications, comme le syndrome de Turner (une spécificité chromosomique qui concerne une fille sur 1 500 environ) ou de Prader-Willi. »
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