Développement de l'enfant

Pipi au lit : un trouble, pas une maladie

Pipi au lit, énurésie nocturne, des mots clés qui figurent parmi les plus recherchés sur le site du Ligueur. Une réalité qui devient une préoccupation lorsque l’enfant grandit. Votre enfant a plus de 6 ans et mouille toujours son lit ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul·e !

« Sam a été propre le jour dès son entrée en classe d’accueil. La nuit, en revanche, ça a été une autre paire de manches. À 5 ans et demi, il faisait encore pipi toutes les nuits. J’ai pris rendez-vous chez la pédiatre pour en parler avec elle. Sa réaction m’a énormément rassurée. Elle m’a tout de suite dit pas de tracas avant 6 ou 7 ans. Mais elle m’a tout de même posé des questions sur son développement, sa curiosité, son comportement à l’école. À ce niveau-là, tout suivait son cours. Au fil de l’entretien, j’ai senti un poids se retirer de mes épaules. »

Geneviève Thonon, pédiatre, confirme : « Je dis toujours aux parents de ne pas s’inquiéter avant 6 ou 7 ans. Le plus important, c’est la maturité affective de l’enfant. S’il progresse dans les autres domaines, qu’il est débrouillard, qu’il se montre curieux et évolue bien, alors les choses se mettent en place d’elles-mêmes ».

Pourquoi ce trouble d’incontinence urinaire ?

Le terme énurésie est utilisé lorsque les fuites urinaires, de jour ou de nuit, persistent au-delà de l’âge de 5 ans, moyenne d’âge pour l’acquisition de la propreté. Le pipi au lit est plus fréquent que l’on ne croit. 10 % des enfants de 7 ans sont encore concernés. Et pourtant, un grand tabou entoure ce trouble. Pour le vaincre et apporter des informations fiables aux parents et professionnel·le·s, des médecins ont créé l’asbl nuitssèches.be.

Axel Feyaerts, urologue pédiatrique aux Cliniques universitaires Saint-Luc et membre de l’asbl, explique les facteurs qui entrent en ligne de compte dans l’énurésie nocturne. « Le premier facteur concerne la capacité de réveil. L’enfant énurétique ne se réveille pas lorsque sa vessie est pleine ou se contracte. On a tendance à dire à tort que c’est le sommeil qui est trop profond, mais c’est plutôt la capacité à se réveiller qui est moindre. Un deuxième facteur qui intervient, c’est une discordance entre la quantité d’urine produite et la capacité de la vessie. Les reins peuvent fabriquer trop d’urine ou la vessie peut être trop petite ou nerveuse (ndlr : aussi appelée vessie hyperactive). Pour voir à quel niveau le problème se pose, on peut simplement peser les langes pour évaluer la production nocturne d’urine et mesurer le volume des mictions en journée pour estimer la capacité de stockage de la vessie ».

Une histoire de famille plus qu’un facteur génétique

Cynthia, 31 ans, maman d’Eliott, 1 an, et Lou, 4 ans, a été énurétique jusqu’à l’âge de 10 ans. « Je m’attends clairement à ce qu’un de mes enfants rencontre le même problème. À partir d’un certain âge, c’est très handicapant socialement. Je me souviens de classes vertes où je me cachais pour enfiler un lange culotte discrètement. Même chose pour les camps lutins. J’avais honte. Ce n’est que pendant mes études supérieures que j’ai osé en parler. Si ça arrive à un de mes enfants, c’est sûr que je ne le vivrais pas comme une bonne nouvelle, mais j’essayerais de me montrer rassurante en lui expliquant que je suis passée par là ».

L’énurésie est une histoire de famille. Un enfant a d’autant plus de chances de développer le trouble si un parent en a souffert étant jeune. La probabilité est de 75 % lorsque les deux parents ont été énurétiques et de 45 % si seulement un des deux l’était. Axel Feyaerts confirme cette tendance familiale qu’il est bon de rappeler en consultation. Cela permet de dédramatiser les choses, l’enfant peut se raccrocher au fait que son parent ou un membre de la famille est aussi passé par là.

Il y a donc une composante héréditaire forte liée à ce trouble. Cette tendance familiale n’est pas liée à une anomalie génétique précise, mais plutôt à un ensemble de facteurs qui déterminent la qualité du sommeil, la capacité de concentrer les urines et la maturation du contrôle de la vessie.

Et le psychologique ?

Stéphanie est maman de jumeaux de 6 ans. Tous deux ont été propres le jour vers 2 ans et demi, au moment de rentrer à l’école. « Pour Jack, la propreté nocturne a suivi très rapidement, mais Largo n’est toujours pas propre. Je sens que ça devient compliqué pour lui. Son frère se moque parfois en le traitant de bébé. Il va bientôt participer à des week-ends au mouvement de jeunesse ou dormir chez l’un ou l’autre copain, et il a clairement exprimé son envie de consulter pour se faire aider. Il y a deux mois, la maison à côté de la nôtre a brûlé et il a tout vu. Je me demande dans quelle mesure cela peut jouer ? ».

En ce qui concerne l’énurésie primaire, c’est-à-dire les enfants qui n’ont pas encore acquis la propreté, Axel Feyaerts précise que la cause n’est habituellement pas psychologique. Cependant, il reconnaît clairement le retentissement psychologique que peut avoir l’énurésie sur la confiance et l’estime de soi de l’enfant.

« Ce retentissement n’est pas toujours facile à détecter lors de la première consultation et ce sera souvent dans le suivi que l’on s’en rendra compte. Ce n’est même parfois que lorsque le problème est réglé que les parents expriment l’impact positif de cette guérison sur leur enfant. 

Les éléments sur lesquels vous avez prise

« Aujourd’hui plus que jamais, il y a une tendance générale à vouloir tout contrôler, tout formater. On s’attend à ce que l’enfant soit propre dès qu’il entre à l’école, mais l’être humain ne fonctionne pas comme ça. Il y a un rythme propre à chacun·e qui est de plus en plus malmené malheureusement, explique Geneviève Thonon. Un élément essentiel, c’est vraiment de faire confiance à votre enfant. Il va y arriver. Félicitez-le dans les domaines où vous notez ses progrès, c’est très important pour sa confiance en lui. Et cela aura un impact positif sur sa maturité émotionnelle et neurologique. »

Lorsque vous notez des progrès chez votre enfant, c’est le moment de booster sa motivation avec un petit calendrier (à télécharger gratuitement). À l’aide de petits pictogrammes, l’enfant peut coller un soleil pour toutes les nuits sèches, un nuage pour les petites fuites ou des gouttes de pluie pour celles plus abondantes. Cet outil a l’avantage d’objectiver et de visualiser les progrès, ce qui permet un auto-renforcement positif.

Autre levier en votre possession : ne pas dramatiser. L’énurésie est un trouble, un retard d’acquisition, mais ce n’est pas une maladie. Votre enfant n’est pas plus paresseux qu’un autre. Lorsqu’il fait pipi au lit, ce n’est pas parce qu’il manque de volonté. Et puis, surtout, parlez-en à votre généraliste ou pédiatre. Faites-vous accompagner pour que le trouble ne devienne pas un problème trop lourd à porter sur vos épaules et celles de votre enfant.

Si les premières pistes n’ont pas porté leurs fruits, des pédiatres néphrologues et des urologues pédiatriques peuvent prendre le relais et proposer différents traitements. Pour ce faire, un bilan complet avec analyse d’urines, carnet mictionnel, calendrier sera réalisé pour évaluer au mieux la situation et identifier le meilleur traitement à mettre en place (système de lange alarme type pipi stop, charco, easy dry +, séances kiné, prise de médicaments). Il faudra faire preuve de patience. Certains traitements donnent des résultats après six mois ou un an. Mais, surtout, ne tournez pas autour du pot, parlez-en. Votre enfant n’est pas un cas isolé et des professionnel·le·s peuvent vous aider.

Pipi au lit, pipi à l'école. Nos articles sur le sujet.

En pratique

Mieux répartir les boissons pendant la journée

Bien souvent, les enfants boivent peu à l’école pour ne pas aller trop souvent aux toilettes. Ils se rattrapent alors dès qu’ils rentrent à la maison. Premier objectif : les responsabiliser pour qu’ils boivent leur gourde à l’école pour n’avoir plus qu’un verre au moment du souper, idéalement une heure trente à deux heures avant le coucher.

Axel Feyaerts, urologue pédiatrique, complète : « Il faudrait aussi éviter chez les enfants énurétiques les aliments et boissons qui irritent la vessie comme les sodas, le thé glacé ou le chocolat, ainsi que ceux qui favorisent la production d’urine la nuit comme les soupes, les fruits et légumes gorgés d’eau et les produits laitiers. De même, les aliments trop sucrés ou salés sont aussi à bannir car ils stimulent la production d’urine ».

Le site nuitsseches.be est une mine d’informations pour les parents et les enfants, évidemment, mais aussi pour le personnel enseignant ou encore les animatrices et animateurs de jeunesse. Pour pouvez y retrouver entre autres une brochure explicative, les calendriers d’observation et mictionnel, une fiche conseils pour les boissons, etc.

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