Développement de l'enfant

Pour un temps sois peu / Transe

Ce n’est pas tous les jours que votre magazine préféré évoque en une seule chronique de la poésie, du théâtre, le tout teinté de transidentité. Et pourtant, au-delà de toute situation, à savoir, aux lecteurs et lectrices concerné·e ou pas, par un enfant non binaire, en plein doute sur son identité de genre, en pleine transition ou même tout à fait bien dans son genre, voici un texte à lire, à faire lire. Et surtout, voici une immense artiste armée de son seul micro et d’une dose sans pareille de talent.

La beauté d’un texte, l’intelligence d’un propos. On pourrait s’arrêter là. Vous n’avez peut-être pas entendu parler de Laurène Marx, même si ses récentes performances au Théâtre national et son spectacle Pour un temps sois peu ont ébranlé toutes les personnes qui ont assisté à ces 2h30 de… de quoi ? De stand-up, de slam, d’interprétation, de jeu, d’intenses émotions ? Elle n’a de cesse de le répéter pendant tout le spectacle : « Vous n’avez jamais l’occasion d’écouter une femme trans, alors c’est politique, je vous tiens en otage. Je vais vous voler 2h30 de votre temps »… Ces deux heures trente sont tout sauf volées.

C’était mieux après ?

On ne s’ennuie pas à une seule minute. On rit. On pleure. On réfléchit. On s’y prend toute notre normativité, nos rôles bien installés d’hommes, de femmes, de papas, de mamans bien dans les gencives. Nos présupposés. Nos idées préconçues. Certaines que l’on a même relayées en qualité de journaliste, d’ailleurs, sans tout à fait comprendre les enjeux. Transitionner, ça veut dire quoi ? Les problématiques liées à la non-binarité, elles sont de quel ordre ? Comment les éprouvent les personnes qui font tout exploser ? Leur vie de petites filles, de petits garçons ?
On sort de tous ces instants de vies, ces témoignages ô combien vivants, ô combien vibrants, plus riches, plus remplis et plus emplis que jamais. C’est tout un cheminement qui se déploie. À travers lequel Laurène Marx se dessine, se dévoile, relate les enjeux. S’interroge aussi. Interroge sa transition. « Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce qu’on n’est pas déjà bien sans avoir à se transformer, se modifier ou se torturer ? Être trans… est-ce que tu dois absolument embrasser la misogynie ou la binarité de genre si tu veux avancer ? ». Tout ça pour quoi. Pour finir par ressembler à Kim Kardashian ? Tout notre petit monde est réinterrogé. L’homme blanc, cis, les femmes, les féministes, les agents de la culture, le milieu LGBT… même Léa Seydoux.
Plus que le discours. Plus que la pertinence. C’est d’abord l’écriture qui fait mouche. Et la façon dont elle est incarnée. À tel point que l’on ressort de cette performance avec cette certitude : on s’est pris une tarte. Mais dommage que l’on ne puisse pas repenser à tout ce déploiement à tête reposée…

 

© Éditions Théâtrales

La suite, la suite…

Et voilà qu’après une rapide recherche, on apprend que de ce spectacle qui se réinvente chaque soir, il en existe d’abord en texte. 84 pages de mots durs. Tendres. Lacérés. Drôles. Intenses. Enchevêtrés avec talent.
On ne peut donc que vous recommander de le lire. De vous en remettre à elle pour comprendre une réalité, des réalités que l’on ne comprend jamais assez bien. Que l’on ne pense jamais assez bien. Mais plus encore, on vous recommande vivement de la suivre et d’aller la voir dès que l’occasion se présente. De l’écouter quand elle est sur les ondes. Parce qu’au-delà de la question du genre, de la transidentité, au-delà des réalités inquiétantes liées à la prise d’hormones, aux violences liées à la chirurgie, aux considérations sur la transition homme-femme, femme-homme, c’est d’abord l’espoir que vise notre chère poétesse. L’espoir de la compréhension de l’autre. L’espoir d’une liberté possible. L’espoir d’atteindre véritablement qui l’on est. L’espoir d’être celle ou ce à quoi on aspire. Au-delà des regards obliques. Au-delà des agressions les plus abjectes de notre époque. On aimerait que les détracteurs les plus traditionnels prennent soin de partager toutes ces tranches de vie, ces tranches de rire, ces tranches de pire et que l’on dépasse enfin les clivages qui finalement ne servent à rien, si ce n’est à nous engoncer dans des petites bulles de certitudes qui ne demandent qu’à éclater.

À LIRE

Pour un temps sois peu / Transe, aux éditions Théâtrales

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