Développement de l'enfant

Première console ? Un cadeau à encadrer

À quel âge va-t-on laisser les jeux vidéo entrer dans sa vie et, par la même occasion, dans celle de la famille ?

Le mois de décembre approche et votre enfant espère qu’ENFIN, il recevra le cadeau de ses rêves : une console de jeux. Quant à vous, vous vous demandez peut-être combien de temps vous allez encore lui dire : « Tu es trop jeune… ».

À quel âge va-t-on laisser les jeux vidéo entrer dans sa vie et, par la même occasion, dans celle de la famille ? On s’en doute, il n’existe pas de réponse toute faite, ni d’âge « idéal ». Pour le psychiatre Serge Tisseron, spécialiste de la place des écrans dans la vie des enfants, il y a en revanche un âge minimal. Il recommande en effet de ne pas offrir de console de jeu personnelle à un enfant avant l’âge de 6 ans. L’idée est de lui permettre de découvrir les écrans de manière très progressive entre 3 et 6 ans, en privilégiant les moments partagés et sans le ou la détourner d’autres activités. Lorsque l’enfant a « sa » console, explique-t-il sur le site 3-6-9-12.org, cette régulation devient plus compliquée.
Réguler, encadrer, c’est tout l’enjeu, confirme Bérénice Vanneste, de l’asbl Média Animation, pour qui la question n’est pas tant celle de l’âge de l’enfant, que celle de la place que l’on est prêt·e à donner aux jeux vidéo dans la famille, en fonction de ses valeurs. « Je pense que la réflexion doit aller plus loin que le simple cadeau. Si on décide d’offrir une console, il faut aussi réfléchir à l’enchaînement de questions qui vont se poser et se mettre d’accord d’emblée sur la manière d’encadrer son usage ».

Quels jeux et à quel moment ?

Son principal conseil aux parents est donc « que ce cadeau arrive avec une liste d’accords : à quoi va-t-on jouer ? Où ? Quand ? Combien de temps ? Avec qui ? ». Elle les invite, y compris en cas de séparation ou de recomposition familiale, à se poser ces questions à l’avance afin de tenir, si possible, un discours cohérent. Et propose d’impliquer l’enfant : « Après 6 ans, on préfère le mot ‘accord’ que le mot ‘règle’ parce qu’à partir de cet âge, il peut s’agir d’accords qu’on prend ensemble, en famille ».
« On peut par exemple décider que ça doit toujours être une pratique accompagnée ou limitée à certains moments de la journée. Comme pour tous les autres écrans : pas pendant le repas, parce que c’est un moment d’échange. Pas non plus juste avant d’aller se coucher, parce que ça procure énormément d’émotions, d’excitation et que ça peut être difficile de trouver le sommeil. Mais aussi parce que l’endormissement peut être vécu comme une punition ». Dans le même ordre d’idées, elle met en garde contre l’accès à la console dans la chambre « pour éviter les usages nocturnes en cachette ».

jeune joueur sur une console Nintendo

Et si on jouait ensemble ?

Interactif, et donc plus stimulant qu’un dessin animé, le jeu vidéo peut corser la gestion du temps d’écran. « L’une des difficultés majeures auxquelles joueurs ou joueuses (y compris les plus âgé·es…) doivent faire face est la frustration, confirme Serge Tisseron sur son site. Celle-ci est particulièrement difficile à gérer pour les enfants. La bonne nouvelle, c’est que les jeux vidéo sont un excellent moyen d’apprendre cette gestion ! La nouvelle plus pesante, c’est que cette compétence ne s’apprend que difficilement par le jeu et c’est majoritairement avec l’aide d’une personne extérieure venant jouer le rôle de cadre que cette gestion s’apprend progressivement ».
Pour Bérénice Vanneste, qui anime des ateliers parents, une manière d’accompagner son enfant est de jouer avec lui. « Beaucoup nous disent : je n’y comprends rien, ça va trop vite. On les encourage : asseyez-vous une fois, proposez de jouer, au moins vous comprendrez de quoi il s’agit et pourquoi c’est difficile de s’arrêter ». Cela permet notamment de connaître la durée d’une partie et de mieux calibrer le temps autorisé. Sans compter que, comme l’écrit Serge Tisseron, « l’idée d’accompagnement n’est pas qu’une affaire d’initiation ou de surveillance. C’est une affaire de relation, de regard. Avoir des interactions agréables avec ses proches est très bénéfique pour l’enfant ».

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Une activité parmi d’autres

Loin de diaboliser les jeux vidéo, Bérénice Vanneste insiste sur l’importance d’alterner les activités. « Quand on dit aux parents qu’il faut limiter le temps d’écran de leurs enfants, on oublie souvent de leur préciser que c’est parce que tout le temps passé sur la console ou devant des dessins animés, c’est du temps perdu pour faire autre chose, pour tous les autres apprentissages ».
Les écrans font partie de nos vies et les jeux vidéo peuvent être intéressants, précise-t-elle, mais ils doivent rester une activité parmi d’autres, comme bricoler, jouer à des jeux de société, lire ou encore jouer dehors… « Il faut qu’il y ait un équilibre avec tout le reste, résume-t-elle. Là où il y a un problème, c’est quand il n’y a plus que ça, que c’est le premier choix, qu’on n’a envie de rien d’autre, que ça commence à empiéter sur le sommeil… ».
Pour favoriser cette alternance, elle suggère « des petites balises comme : ‘Fais d’abord tes devoirs et puis tu peux jouer. Et après on fait autre chose’. Certains parents aiment bien annoncer ce qui viendra après la partie pour que les enfants sachent ce qui se passera ensuite ».

Éviter d’en faire un tabou

« Nous partons du principe que les outils numériques font partie du quotidien, et que vouloir les proscrire complètement est très ambitieux, ajoute cette spécialiste de l’éducation aux médias. Nous préférons donc promouvoir un dialogue autour de leurs usages ». En d’autres mots, que votre enfant ait une console ou non, mieux vaut éviter de faire des jeux vidéo un sujet tabou. Il pourra en effet être amené à jouer ailleurs et risque de ne pas oser vous en parler. Or cette communication sera bien utile si un jour, en grandissant, il rencontre un problème ou pour aborder des sujets délicats comme la monétisation du jeu, le respect dans les jeux en ligne, etc.
Et ce dialogue peut être plus large ! « Si on met des règles en place pour les jeux vidéo, ça peut être l’occasion de reréfléchir à tous les autres usages des écrans et outils numériques dans la famille, y compris ceux des adultes », conclut Bérénice Vanneste. Petit défi supplémentaire pour les fratries : penser la place de l’éventuel·le petit frère ou petite sœur qui pourrait être tenté·e de venir pimenter la partie !

jeux vidéo vintage : Marion, princesse Peach et Donkey King

LES PARENTS EN PARLENT…

Règles et partage
« Pour ses 7 ans, notre aîné a reçu un premier jeu vidéo et l’autorisation d’utiliser ma console. On a tout de suite fixé certaines règles. On a, par exemple, décidé qu’il n’aurait pas de jeux de combat. Il y en a déjà assez dans les dessins animés qu’il regarde. Au début, on s’est aussi arrangés pour qu’il joue à des moments où son petit frère n’était pas près de lui. Mais, aujourd’hui, il le regarde jouer. Du coup, cela fait partie de leur temps d’écran à tous les deux. On les encourage à partager ce temps entre les jeux et un dessin animé pour le plus petit. Quand ça fonctionne… »
Marc, papa de deux enfants de 9 et 5 ans

ZOOM

Quelques chiffres notables

Parmi les élèves de la 1re à la 4e primaire :

  • 64% (soit environ 2 sur 3) déclarent utiliser une console de jeu chez eux.
  • 35% (soit 1 sur 3) déclarent que cette console leur appartient.
  • 45% disent l’utiliser rarement, 32% de temps en temps et 19% tous les jours.

Source : enquête #Génération2024 sur les pratiques numériques des enfants et ados en Fédération Wallonie-Bruxelles, menée par Média Animation et le Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM).

EN PRATIQUE

Jeux et console, que choisir ?

  • Quels jeux ? Assurez-vous que les jeux de vos enfants soient adaptés à leur âge et à leur sensibilité. Pour vous aider, référez-vous aux pictogrammes PEGI (Pan-European Game Information) figurant sur les boîtes. Ils indiquent une catégorie d’âge. Les jeux de la catégorie 3 ne contiennent ni sons ni images susceptibles de faire peur, ni langage grossier et uniquement des formes de violence « très modérées dans un contexte comique ou enfantin ». La catégorie 7 est potentiellement plus effrayante, mais la violence doit y rester très modérée.
  • Quelle console ? Si vous souhaitez acheter une console, Testachats propose sur son site un guide d’achat bien pratique, comparant les principaux modèles en fonction notamment de leur usage familial (outils de contrôle parental...).

Bon à savoir : pour les jeux comme pour les consoles, il existe un marché d’occasion. Il est également possible d’emprunter des jeux vidéo dans les ludothèques.