Développement de l'enfant

Puberté : votre ado est aux prises avec son corps

Le corps de votre « bébé » de 12 ou 14 ans se transforme sous vos yeux. Des boutons envahissent son visage, des poils apparaissent, la transpiration augmente. Et puis, si votre « trésor » est une fille, les seins se développent, les règles surviennent… Arrêt sur cette période, la puberté, parfois pour le moins explosive, avec Tanja Spöri, psychologue et psychothérapeute au département Adolescents et jeunes adultes du Centre Chapelle-aux-Champs à Woluwe-Saint-Lambert.

Sans écrire un manuel sur la puberté, qu’est-il bon de rappeler aux parents sur cette phase qui fait basculer le corps de l’enfance à l’état adulte ?
Tanja Spöri : « C’est une période de grands changements physiques et hormonaux. Et ces changements, le jeune ne les connaît pas, il ne les maîtrise pas. Le nez pousse d’un coup, le corps s’allonge brusquement… Et puis, le rapport qu’il a à son corps est bouleversé : il se cogne aux portes. Ce corps lui est comme étranger : il va devoir le redécouvrir, se le réapproprier, alors que les transformations continuent sur leur lancée. Tout cela n’est pas facile.
Pour les parents aussi, ce n’est pas facile. Le corps d’enfant auquel ils étaient habitués devient autre chose. Je dis ‘autre chose’, car ce corps est véritablement en mutation. Les parents avouent ne plus reconnaître leur enfant et devoir apprivoiser cet ‘autre chose’. Ils se demandent aussi comment ils vont désormais approcher ce corps qui se sexualise et qui est désormais capable de procréer. Avec cette nouvelle dimension sexuelle, pour l’adolescent aussi, le contact aux parents est modifié. On remarque que, vers 12-14 ans, il n’aime plus trop les parties de câlins avec papa ou maman. »

À quel âge débute la puberté ?
T. S. : « Chaque enfant est différent et va vivre la puberté différemment. Et chaque parent, en fonction de sa propre histoire, va aussi vivre cette période à sa façon. Pour certains jeunes, les choses s’enchaînent naturellement, comme un fleuve tranquille. Pour d’autres, la puberté ressemble à une éruption volcanique : cela part dans tous les sens. »

Côté filles, côté garçons

Filles et garçons vivent autrement les transformations de leur corps…
T. S. :
« À l’adolescence, les filles sont beaucoup plus soumises au regard des autres que les garçons. Est-ce culturel ? Je l’ignore. En tout cas, beaucoup expliquent qu’elles sont tout le temps regardées, évaluées, jugées : à tout bout de champ, elles se font siffler en rue ou accoster. Tout d’un coup, elles deviennent des ‘proies potentielles’. Mais beaucoup ont une attitude ambivalente à cet égard. Elles disent en avoir assez de se faire draguer mais elles s’habillent de façon ultra sexy. Elles ont envie d’être regardées, tout en exprimant leur horreur d’être regardées, surtout par des ‘vieux’ de plus de 18 ans ! Par rapport à leur corps, les garçons parlent moins en termes de beauté qu’en termes de force : ils roulent des mécaniques, ils comptent leurs conquêtes… Même si eux aussi sont de plus en plus attentifs à leur look, et c’est très bien. On est en plein dans les stéréotypes. Pour les filles comme pour les garçons, le travail consistera à se décaler des clichés. »

La puberté est-elle un moment de grande fragilité ?
T. S. : « Des pathologies, comme l’anorexie, existent. Elles font qu’un beau corps ne va plus ressembler à un corps de femme mais à un corps asexué. Certaines jeunes filles (je ne connais pas de garçons qui vivent cela, mais j’imagine qu’il y en a) ne supportent pas de devenir jolies et attirantes et que cette attirance soit sexuelle. Un traumatisme de l’enfance peut aussi ressurgir en lien avec le corps qui change. Certains adolescents ne sont pas spécialement beaux, mais sont super bien dans leur peau. D’autres passent par de drôles de phases, mais tout va bien pour eux. Bref, impossible de faire des prévisions !
La puberté est une période de fragilité et, en même temps, d’énorme potentiel. Certains jeunes vont davantage subir ce qui leur arrive, d’autres préféreront maîtriser les choses. Entre les deux, il y a la position qui consiste à se laisser porter par la vie sans abdiquer. Si une ado rêvait, gamine, de devenir grande, élancée, avec de gros seins et qu’elle se retrouve petite, ronde, avec un bonnet A à tout casser, elle subit peut-être cette réalité mais elle peut aussi en faire un atout. »

Pas de mode d’emploi !

Vous refusez de donner un mode d’emploi aux parents pour qu’ils accompagnent au mieux la puberté de leur enfant. Pourquoi ?
T. S. :
« Parce que, même si on recherche des recettes, il n’y a pas UN mode d’emploi sur LES adolescents ! L’adolescence est un âge où tout bouge tout le temps. Dès lors, il est risqué de figer les choses. Ce qui est important pour un parent d’ado, c’est d’échanger avec d’autres parents qui ont peut-être des points de vue différents des siens, pour pouvoir réajuster sa position, si nécessaire. »

En même temps, n’y a-t-il pas des choses à dire ou à ne pas dire, à faire ou à ne pas faire en tant que parents ?
T. S. : « Si le jeune a la malchance d’avoir des tonnes de boutons, il ne faut pas s’en moquer, ne pas l’humilier. Ce n’est pas qu’on ne peut pas utiliser l’humour, il y a des familles où l’humour est un mode de fonctionnement et tout le monde rit de tout le monde. Mais il ne faut pas que cela tourne à l’humiliation.
À éviter aussi les jugements du style ‘T’es une traînée parce que tu mets une minijupe’ ou ‘Quel Don Juan : tu fais tomber toutes les filles’. Et donc, ne pas enfermer le jeune dans UNE image, ne pas le figer à travers un discours du type Tu n’es que ça. Il est plein de facettes et il doit pouvoir les explorer à un moment ou à un autre, plus ou moins fortement. Aux parents d’être là, sans intervenir à outrance mais sans non plus le laisser faire n’importe quoi. À ce niveau, les écoles sont de bons partenaires. Une jeune fille qui veut aller en minishort à l’école accepte mal le seul rappel à l’ordre des parents : c’est plus simple quand l’école interdit les minishorts.
Enfin, les remarques à connotation sexuelle sont bien sûr malvenues. Un père qui dit à sa fille ‘Tu es bandante’, c’est complètement déplacé. De manière générale, la sexualité des ados doit échapper aux parents. »

Des limites à (faire) respecter

Être disponible tout en gardant ses distances, n’est-ce pas la position à rechercher ?
T. S. :
« Normalement, les jeunes sont clairs sur ce qu’ils ne veulent plus. Et s’ils ne le sont pas, c’est aux parents à l’être. Prendre un bain ensemble, se faire plein de câlins, s’embrasser sur la bouche, cela peut éventuellement se faire avec un petit enfant. Pas avec un adolescent. La dimension sexuelle doit servir de frein : un garçon de 15 ans qui se couche sur sa mère, cela ne va pas. Il aura des réactions physiques, la mère en aura peut-être aussi, sans compter qu’ils n’ignorent pas qu’une vie génitale est possible. Si des gestes, des postures mettent mal à l’aise, des deux côtés, il faut pouvoir dire stop. »

Le rôle du parent ne consiste-t-il pas aussi à donner des conseils pratiques à son ado, comme lui proposer une visite chez le dermatologue s’il souffre trop d’acné ou lui rappeler les règles élémentaires d’hygiène corporelle ?
T. S. : « L’éducation se poursuit, en effet. Mais il faut savoir que l’ado va prendre ou non ce qui lui est proposé. Certains jeunes ne se douchent plus. Les parents ne peuvent que leur répéter qu’ils vont sentir mauvais, que cela va influer sur leurs relations avec les autres… Si cela prend des proportions pathologiques, il est utile de faire intervenir un médecin ou un psy. À l’opposé, il y a des ados qui prennent cinq douches par jour et qui rendent dingues leurs parents en occupant non-stop la salle de bains. Là aussi, il s’agit de mettre le holà. Dans un cas comme dans l’autre, il est important de faire comprendre au jeune qu’il n’est pas seul, qu’il y a des codes familiaux à respecter.
Les ados n’aiment pas trop les conseils venant de leurs parents. Ils préfèrent échanger avec eux : qu’est-ce qui est le plus important, l’écologie ou l’hygiène ? Pourquoi dans certaines cultures la femme s’épile et pas dans d’autres ? Et éventuellement, ils les interrogent : ‘Quand t’étais ado, tu faisais comment ?’. Le plus important, c’est de maintenir le dialogue ouvert. »



Propos recueillis par Martine Gayda

DES PISTES

  • Les centres de planning familial (avec des équipes multidisciplinaires) sont une ressource pour les jeunes. Ils peuvent venir gratuitement à l’accueil pour poser leurs questions liées à la vie affective et sexuelle, ou prendre rendez-vous pour une consultation, gynécologique par exemple. Les parents inquiets y trouveront, eux aussi, écoute et aide. Pour obtenir l’adresse d’un centre près de chez vous, rendez-vous sur loveattitude.be, un site créé par les quatre fédérations qui les regroupent en Wallonie et à Bruxelles. Une mine d’infos pour les jeunes et les parents.
  • Pour les 9-11 ans, Le guide du zizi sexuel de Zep et Hélène Bruller (Glénat). Un classique !
  • Pour les 11-13 ans, 60 questions autour de la puberté de Brigitte Bègue, illustrations de François Frapar (La Martinière Jeunesse, collection Oxygène).

ZOOM

Les filles, pubères plus tôt ?

En Occident, les premières menstruations apparaissent en moyenne vers 12-13 ans. Au fil des décennies, les filles sont réglées de plus en plus tôt. Et les cas de puberté précoce se multiplient. Le mode de vie (alimentation plus riche…) et la pollution chimique pourraient en être une explication. On parle de puberté précoce quand les premières règles surviennent avant 9-10 ans. Et de puberté tardive en cas d’absence de règles à l’âge de 15 ans.
La vie d’une fille réglée dès 11 ans est plus compliquée que celle d’une fille réglée à 13 ans : elle a des hormones d’une jeune femme, alors que ses préoccupations sont encore celles d’une préado. Pas évident du tout !

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