Crèche et école
On l’a réclamé à corps et à cris : l’école doit prendre le virage numérique. Équiper les élèves, dompter les plateformes, fluidifier les échanges. En réponse : pas de budget. Seulement, dès mars 2020, la coronacrise précipite les choses. En quinze jours, l’école fait un bond de quinze ans. Mais tout cela ne peut pas se dérouler sans heurts...
► Les hics du numérique
Côté parents - C’est une solution de facilité qui fait écran - c’est le cas de le dire - aux rencontres. En maternelle, une prof qui dit à des parents dont les enfants entament leur scolarité : « Un problème ? On en discute sur Zoom si vous voulez », c’est une catastrophe. J’espère qu’on va retrouver un peu de raison.
Côté profs - Le débat est mené fréquemment. Il y a toujours une minorité de parents que ça rend malades de ne pas être sur les bons logiciels. Je comprends, mais si on laisse un espace de réflexion qui prend en compte les convictions de chacun·e, on n’avance pas. Ce qui me semble bien plus absurde, c’est surtout de ne pas consacrer de temps à l’éducation aux médias. Maintenant qu’on a tou·tes été forcé·es de s’y mettre, c’est impératif.
► Potentiel inexploité ?
Côté élèves - Travailler sur des ordis ou même des gsm comme on fait parfois en classe, ça marche bien et ça rend l’enseignement plus moderne. Mais on n’attend pas non plus de l’école qu’elle nous colle derrière un écran, on veut du palpable, du participatif. Du vivant, quoi.
Côté parents - Il s’est passé des choses incroyables pendant le premier confinement en maternelle et en primaire. Des idées, des inventions, des prouesses même, que j’aimerais continuer à voir. Il existe tout un tas de ressources que j’aurais aimé avoir à leur âge. Ce serait génial si on échangeait tous autour. Le tout en faisant en sorte d’embarquer tout le monde et créer des cours de (re)mises à niveau. Peut-être qu’un parent fortiche peut créer un groupe à l’école ? Il va à la rencontre des autres parents et propose de concert avec la direction d’expliquer le b.a.-ba. Ça va tellement vite une fois qu’on a le pied à l’étrier.
Côté profs - Tant mieux si certains parents s’enthousiasment. On n’avancera pas par la méfiance ou la raillerie. Maintenant, il est capital de généraliser les bonnes pratiques à toutes les écoles. Et ce serait formidable que la FWB montre qu’elle soutient les enseignant·es en donnant des consignes claires. Moi, ce que j’adorerais, c’est la création d’une plateforme qui recense des idées, des tutos. Un endroit où l’on se montre entre profs ce qui a marché avec nos classes ou pas.
« Premier jour de cours avec un petit groupe sur Teams. Je galère à partager un écran. Je me dis que je passe pour un vieux croûton auprès de mes élèves. Je m’énerve. J’y arrive enfin, sauf que je n’ai pas fermé toutes les fenêtres. J’ai laissé Spotify ouvert et là les élèves voient que j’écoute Princess Nokia, une rappeuse. De ce jour, je me suis tapée la réput’ d’une prof trop cool »
► Comment en faire un truc super
Côté profs - On doit jouer avec. Il faut s’amuser. Le numérique, comme toute technologie, ne devrait pas nous rendre dépendants. Ou nous donner plus de travail. Il doit être ludique. Servir à diversifier notre savoir-faire. Il faut sans cesse le requestionner et se demander si on n’est pas en train de créer un monstre. Pour en faire un truc sup er, on ne doit pas le prendre trop au sérieux.
Côté élèves - Si on veut faire un super truc des plateformes, des écrans et tout, il faut qu’on embarque tout le monde. On a vu trop de copains laissés de côté. Et trop de victimes d’attaques, de rumeurs, de harcèlement. On a tous peur de ça, et on a le sentiment qu’il n’y a personne pour nous protéger. Pardon d’utiliser de l’anglais, mais le numérique, surtout à l’école, ça doit être super safe.
Côté parents - Le numérique, c’est nous. Il sera un outil formidable le jour où nous le serons aussi. Insufflez de l’enthousiasme, de la créativité, servez-vous de l’école comme levier citoyen et les outils numériques suivront.
L'ARBITRE
Ce qu'en pense Christophe Butstraen
Le passage à l’enseignement hybride est arrivé subitement. Avec toujours ce déséquilibre d’écoles qui ont emboîté le pas et d’autres qui n’avaient même pas de réseau internet valable. Chaque école a fait à sa manière. Aucune politique n’a été menée. Certaines ont fait bosser énormément, d’autres ont à peine fourni le minimum.
C’est vrai que des profs n’ont pas voulu faire des rencontres en vrai et ont privilégié le virtuel. Mais ce qui est vrai aussi, c’est que certain·e·s enseignant·e·s, éducateurs et éducatrices se sont servi du potentiel numérique pour agir dès que des cas de harcèlement pointaient leur nez. Nous n’en sommes qu’au balbutiement. Du matériel a été libéré, des fonds, des idées, des services… c’est génial. Maintenant, on doit agir avec bon sens.
Un des obstacles, c’est qu’on demande aux professeur·e·s de conduire sur l’autoroute toute une flotte menée par des gamin·e·s qui n’ont pas le permis. La clé, c’est bien sûr l’éducation aux médias, comme c’est réclamé. Et tout le monde doit s’y mettre : parents, profs, enfants. Pourquoi ? Pour s’approprier l’outil. D’ailleurs, il faudrait même mettre sur pied une sorte de permis « Validé, bon pour l’utilisation du numérique ».
LE NUMÉRIQUE, C'EST MON POTE
Tout ce potentiel doit être un bon compagnon, on doit apprendre à le connaître. Il semble juste de procéder à une hybridation, faire intervenir le numérique pendant les heures de cours pour accrocher les élèves, les envoyer mettre les apprentissages en pratique, les faire revenir le lendemain pour approfondir ce qui a été vu la veille sur le terrain. Non pas faire cours via le numérique comme l’école a été forcée de le faire.
Maintenant que l’institution a les deux pieds dedans, il est grand temps d’optimiser le potentiel, sans jamais laisser personne de côté. L’école doit servir à raccrocher les fameux oubliés du numérique et pas à creuser davantage le fossé. En cela, les parents doivent coopérer. Un petit copain, non équipé ? On l’aide, on trouve des solutions, on s’organise.
ET APRÈS...
Les solutions qui émergent de ce tour d’horizon
On ne peut qu’encourager les un·e·s et les autres à se former ensemble. C’est un nouveau langage qui s’immisce dans la scolarité. Il ouvre une nouvelle ère, c’est donc maintenant qu’il faut poser des bases solides pour ne pas laisser cette pratique devenir indomptable. Comment ? En s’assurant d’avancer ensemble, pas à pas.
OBJECTIF : NE PLUS SE FAIRE MAL
Une des composantes ramenées par les élèves, confirmée par nos arbitres : l’explosion du harcèlement, sexuel notamment. Vos enfants semblent démunis et n’ont pas les réflexes quand le pire se produit. Depuis le confinement, on parle d’un élève sur trois touché par le harcèlement en FWB. Incitez-les à toujours vous parler. Expliquez-leur que vous pouvez agir ensemble.
Plus que les dernières applications ou les lignes d’écoute qui tentent de palier les déficiences structurelles pour tenter d’endiguer le phénomène, on vous conseille de pousser les portes de Child Focus.
Si votre enfant est victime de cyber harcèlement, la fondation propose :
- un principe de « déréférencement » auprès de Google. Les contenus ne sont pas effacés du web, mais ils n'apparaissent plus dans les moteurs de recherche.
- de contacter les plateformes sur lesquelles les contenus gênants ont tourné et d’enquêter auprès des modérateurs, pour voir, un à un les utilisateurs et utilisatrices qui ont relayé les contenus. Il y en a pour cinq jours ouvrables, minimum.
- de faire valoir le droit à l’image de votre enfant, via la ligne d’aide de Child Focus qui propose des conseils juridiques, techniques et éducatifs. Ces lignes d’aide sont accessibles à tous et offrent une solution rapide.
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