Vie pratique
Les parents ont le sentiment que les réseaux sociaux les éloignent de leurs enfants. Décryptage avec nos expert·e·s.
94% des jeunes de 12 ans disposent d’un smartphone selon l’enquête de Media Animation. C’est généralement lors du passage à l’école secondaire qu’ils reçoivent l’objet tant convoité. « L’accès aux réseaux sociaux va généralement de pair avec le GSM », confirme Florence Thomas, chargée de projets chez Action Médias Jeunes.
La transition est vécue brutalement par certains parents. « Jusqu’en juin, j’avais une enfant qui consultait ponctuellement les réseaux sociaux sur l’ordinateur familial. Maintenant, je me retrouve avec une ado qui a une vie numérique et y consacre énormément de temps », commente Charles*, papa de Célia 13 ans.
« Snapchat m’a volé mon contact avec mon enfant »
Le premier sujet qui est abordé aux conférences parents d’Action Médias Jeunes, c’est la question du temps passé sur les réseaux sociaux. Les parents se sentent démunis face à un jeune qui leur échappe. « Il y a un amalgame entre l’éloignement du jeune et les réseaux sociaux. La prise d’indépendance fait partie intégrante de son développement et ne peut pas être imputée uniquement aux réseaux sociaux », nuance Florence Thomas.
Yves Collard, formateur chez Média Animation, apporte une autre nuance au constat parental. « Les parents sont souvent trop focalisés sur les écrans et sous-estiment la diversité des pratiques qu’il y a derrière ». Revenons à Antoine qui témoigne « être raisonnable et responsable, contrairement à son petit frère ». Il n’est pas sur son smartphone que pour les réseaux sociaux, il le consulte aussi pour avoir l’heure, écouter de la musique, connaitre les horaires de bus, prendre connaissance des derniers messages sur la plateforme numérique scolaire Smartschool.
« Les ados, c’est l’inverse de la logique parentale, complète Yves Collard. Ils oublient que leurs pratiques se passent principalement derrière l’écran ». Il y a donc des deux côtés une éducation à (re)faire pour remettre l’église au milieu du village.
Autre enjeu identifié : la fin du contrôle parental coercitif. Les jeunes interrogés dans l’enquête Génération 2020 rapportent que leurs parents ne contrôlent plus ni le temps, ni le moment, ni ce qu’ils font sur les réseaux sociaux. « Jusqu’à 12 ans, les parents contrôlent la durée et les moments d’écran. Après, ils baissent pavillon », explique Yves Collard.
Résultat des courses : le lien de confiance construit depuis la toute petite enfance est perturbé, voire rompu. Pas seulement parce que les parents ne contrôlent plus, mais aussi parce qu’ils observent d’un mauvais œil ou dénigrent carrément les pratiques de leurs jeunes. Se sentant jugés, les ados prennent leurs distances. C’est là que le cercle vicieux s’enclenche et fait place nette au célèbre « C’est à cause de ton smartphone que tu ne nous parles plus de ce qui se passe dans ta vie ».
EN SAVOIR +
Les jeunes et les réseaux sociaux
Leurs favoris
- YouTube
- TikTok
- Snapchat
Et Facebook ? Depuis que les parents y sont, les jeunes désertent.
Deux nouvelles plateformes sont entrées dans l’arène : Twitch et Discord. Celels-ci, initialement utilisées par les gamers qui se filmaient en train de jouer et donnaient des conseils, s’ouvrent à de nouvelles communautés.
Twitch est investie par des personnalités politiques, des journalistes, des youtubers. Dans la même veine qu’une émission radio filmée, elle permet à la communauté de poser ses questions dans le tchat.
Discord a été beaucoup utilisée par les Maisons de jeunes pendant le confinement, elle permet de créer des salons où on peut jouer, écrire, écouter de la musique, organiser des visio-conférences en groupe sans limite de temps.
QUELS USAGES EN FONT-ILS ?
► Relationnel : c’est le premier but des réseaux sociaux et c’est ce que les jeunes y font en priorité. Être sur un réseau social, c’est appartenir à un groupe, exister dans une communauté, trouver sa place.
► Récréatif : ils passent le temps, regardent les publications de leurs ami·e·s, suivent leurs idoles, s’informent, se défient, jouent en ligne avec toujours le relationnel en toile de fond.
► Créatif : retravailler une photo, monter une vidéo, choisir un angle, ajouter une musique sont autant de compétences qui mobilisent la créativité.
► Pédagogique : que ce soit pour se tenir informés sur le groupe WhatsApp de la classe ou consulter Smartschool, ils y sont aussi pour l’école.
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