Développement de l'enfant

Quel tempérament, votre bébé !

Le tempérament du bébé se dessine au fil de son développement

Bébé plus observateur ou plus gigoteur… Bébé calme ou agité… Chaque enfant a son tempérament. Déjà, quand votre bébé avait à peine quelques semaines, observer sa manière de réagir aux bruits, aux lumières et aux caresses vous permettait de vous ajuster au mieux à lui et d’adapter son environnement.

Au fil de son développement psychologique et moteur, le tempérament de votre bébé se dessine. Décidément, il est bien différent des autres petits bouts de son âge que vous côtoyez, il est déjà tellement lui-même !

Affaire de tempérament ou de bagage neurologique ?

Avec la motricité qui s’affine peu à peu, les différences entre enfants se marquent davantage. « Certains bébés vont continuer à faire de larges mouvements des bras et des jambes et à être très désorganisés ; pour attraper un jouet, ils vont balancer tout leur corps : à la limite, vous aurez l’impression que s’ils attrapent un jouet, c’est un peu par hasard, illustre Reine Vander Linden, psychologue clinicienne. D’autres vont user de stratégies beaucoup plus fines : ils vont tendre la main vers l’objet convoité avec une grande précision. On peut se demander si tout cela est plus une affaire de tempérament ou plus une affaire de bagage neurologique, mais comme le tempérament du bébé et son bagage neurologique sont étroitement liés… »
Bon à savoir encore : un petit qui a des mouvements non coordonnés risque d’être davantage dans la frustration qu’un autre qui atteint son but avec facilité parce qu’il a une motricité plus souple, plus harmonieuse, et cela influence immanquablement la perception qu’on a de leur manière d’être au monde. « Un bébé qui a, par exemple, un torticolis ou un handicap d’un côté ne va utiliser qu’une partie de son corps. Cela lui donnera par moments une sensation de frustration. De là, son parent conclura peut-être : "C’est un petit râleur", alors que ce qui se vit là est éminemment lié à la façon dont il peut (ou non) utiliser son corps. »

Votre bébé, petit, moyen ou grand « capteur » ?

Les particularités de votre bébé se façonnent au travers des échanges quotidiens entre lui et vous. Et vous, c’est sa maman, c’est son papa. Si vous avez des manières d’être, des manières de faire (très) différentes, il va s’adapter et vous solliciter (très) différemment. « Les parents n’ont généralement pas le même temps de réactivité quand leur bébé manifeste une demande, un besoin, souligne Reine Vander Linden. L’enfant le perçoit très vite et il va moduler ses appels en fonction du parent en présence de qui il est. Il va, par exemple, comprendre que cela ne sert à rien de pleurer avec son père, plutôt lent à réagir, mais qu’il peut beaucoup demander à sa mère qui est très réactive. L’exemple est, certes, caricatural mais fréquent ! De même, un bébé peut se montrer très patient à la crèche et ne pas l’être du tout à la maison… »

Les particularités de votre bébé se façonnent au travers des échanges quotidiens entre lui et vous, sa maman et son papa. Si vous avez des manières d’être, des manières de faire (très) différentes, il va s’adapter et vous solliciter (très) différemment

Quand on parle de tempérament, on parle aussi de petits, moyens et grands « capteurs ». Si un bébé gigote beaucoup et a tout le temps les yeux bien ouverts, il a de fortes chances de donner l’impression d’avoir constamment besoin de beaucoup de stimulations. On le voit comme un bébé curieux. Il est particulièrement dans la relation, il suscite chez ses parents un comportement de contact, d’approche. Et le voilà soumis à beaucoup (trop) de stimulations, alors que, parfois, c’est juste du contraire dont il a besoin. « Soyons attentifs à ne pas renforcer cette boucle naturelle, insiste Reine Vander Linden. C’est vrai qu’à un bébé très "capteur", on a tendance à offrir beaucoup de stimulations. Mais veillons à ne pas lui en donner trop parce qu’il reste un petit avec un appareil psychique dont les capacités d’assimilation sont à la mesure de son âge. »

Votre bébé, de plus en plus prévisible

Vers 7 mois, le rythme de votre bébé devient en principe plus régulier – bon, il y a encore énormément de petits bouts (dont le vôtre, peut-être) qui ne passent toujours pas leurs nuits ! Il acquiert les rythmes circadiens, qui lui sont propres. D’où des « contrastes » observables entre le matin et l’après-midi, par exemple : votre bébé est peut-être très calme le matin après une longue nuit de sommeil, ou très en forme, puis l’après-midi le voilà plus grincheux parce qu’il accumule la fatigue. Ou, au contraire, sortant difficilement de ses nuits, il est d’humeur grognonne le matin puis se montre plus ouvert, plus dynamique l’après-midi. Observer les moments où le bébé est plus excité et ceux où il est plus calme est intéressant, en particulier s’il est très « capteur » : pour veiller à diminuer les stimulations au moment où vous allez lui demander de dormir.
Votre bébé devient de plus en plus prévisible. Quand il n’est pas comme d’habitude, c’est peut-être parce qu’il couve une petite maladie. Parfois, vous remarquez que, depuis quelques jours, il dort beaucoup (ou très peu) : cela ne dure pas longtemps, son sommeil revient vite à « sa » normale. Parfois, c’est son appétit qui fluctue soudain.

Le tempérament du bébé se dessine au fil de son développement

Observez votre bébé : il est singulier

Votre bébé n’est pas n’importe qui ! Votre regard à son sujet s’aiguise. Il a des tendances et des caractéristiques qui lui sont singulières. Vous les repérez. Vous comprenez de mieux en mieux son fonctionnement.
« Isaline, notre troisième enfant, est un bébé qui s’exprime fort et râle pas mal, ce qui n’était pas du tout le cas de nos deux plus grands, Rémi (12 ans) et Zoé (2 ans). Même mon aîné s’en rend compte, c’est tout dire… L’autre jour, il m’a lancé : "Pour Zoé, tout était bon, ce n’est pas pareil avec Isaline, elle n’est jamais contente…" » Comme en témoigne cette maman, les particularités de votre bébé sont plus facilement repérables quand vous le comparez à d’autres bébés. « On cherche toujours des points de repère, on fait toujours des comparaisons, c’est inévitable chez nous, les humains, reconnaît Reine Vander Linden. On compare son accouchement à ceux de ses sœurs et de ses amies. On compare son bébé à ceux de la crèche… Le bébé de l’autre sert effectivement – et pas à juste titre – d’étalon. Pas à juste titre parce que, justement, chaque enfant est singulier. Et donc, ça ne sert à rien de dire "Ne comparez pas votre bébé à d’autres" car on le fait tous, mais comparons alors pour souligner ce qui est intéressant chez son bébé, pour enrichir son regard sur ce qui se passe chez lui. »
« Une fois sur deux, quand on passe un week-end chez des amis, Jules est super sage et, une fois sur deux, il est infernal au point qu’on ne profite pas du tout de nos amis », raconte, un peu désarçonnée, sa maman. « Le tempérament de l’enfant se dessine dans ses lignes globales, en même temps, il passe par des variations propres à chaque être humain, dit Reine Vander Linden. On a tous tendance à généraliser. Et on généralise tout le temps. Mais les généralisations ne sont pas toujours bénéfiques, surtout quand elles portent sur des aspects négatifs. Considérer avec agacement que son enfant est violent parce qu’il a tapé une fois sur un autre enfant, cela manque de nuance. Quand on généralise et qu’on a une représentation de son enfant comme d’un petit violent, c’est difficile de sortir de là, comme enfant mais aussi comme parent. » Étrange, cet article que vous êtes en train de lire : à la fois, on vous dit que le tempérament de votre bébé se dessine, se précise, s’affine et on vous propose de l’observer pas à pas pour ne pas l’enfermer dans une case.
« C’est important de rester souple dans le regard qu’on porte sur son bébé, poursuit Reine Vander Linden. Surtout que ce regard est influencé par son propre état d’esprit. Si on est fatigué ou énervé, on ne va pas regarder son bébé de la même façon que si on revient reposé de trois jours de congé et qu’on a hâte de le retrouver. Donc, on doit être attentif à ne pas coincer l’enfant dans une définition qui n’est toujours que la sienne, alors que le même enfant regardé par quelqu’un d’autre pourrait être perçu très différemment. »
Dans peu de temps, votre bébé risque, par ailleurs, de fameusement vous étonner : lui qui est si sociable va montrer de la méfiance à l’égard des personnes qu’il ne connaît pas. Non, son caractère n’est pas en train de changer du tout au tout. Il entre dans une phase particulière où son contact à l’autre est directement lié à la sécurité qu’il ressent : on parle de la peur des inconnus et de l’angoisse des 8 mois… C’est un passage inéluctable dans son développement, qui va se manifester avec plus ou moins d’intensité.

OBSERVEZ-LE

Plus comme ceci ou plus comme cela

Petit exercice pour mieux repérer les tendances de votre bébé. À faire avec de la souplesse, sans rien cadenasser.

  • Votre bébé est très actif ou il se laisse plutôt vivre « cool ».
  • Il a la tête dans les nuages ou il se montre concentré quand on le branche sur une activité.
  • Il est constant ou il reste « fluctuant » dans ses états émotionnels comme l’est un très petit bébé.
  • Il est curieux et se montre entreprenant dans les contacts, ou il se tient en recul pour évaluer avec prudence ce qui se présente de neuf devant lui.
  • Il vit les choses « à 100 000 volts » ou il reste dans un fonctionnement à basse intensité.
  • Il s’adapte vite à tout ou il a besoin d’un bon temps d’acclimatation pour faire face aux nouvelles situations.
  • Il est réglé comme une horloge suisse ou il change sans cesse ses horaires de sommeil, de décharges intestinales et d’activités.
  • Il réagit aux stimulations avec modération ou il sursaute dès qu’il y a du bruit, trop de lumière ou trop d’agitation au point d’avoir besoin d’en être protégé pour ne pas être débordé.
  • Il est un optimiste boute-en-train ou un petit Calimero à consoler souvent.

L’AVIS DE L’EXPERTE

Il y a toujours de la subjectivité dans un regard

Reine Vander Linden, psychologue en périnatalité

Le regard qu’on porte sur son enfant est toujours teinté de son propre climat émotionnel. Une maman anxieuse ne va pas développer le même regard qu’une maman cool. Un parent qui a peur pour la santé de son bébé ne va pas avoir le même regard qu’un parent plus serein à ce sujet. Un parent qui est très sensible à la façon d’être de son petit avec autrui ne va pas avoir le même regard qu’un parent pour qui cette dimension n’a pas d’importance. Il y a toujours une dose de subjectivité dans le regard qu’on porte sur quelqu’un… Ce n’est pas « grave », c’est la vie !
C’est pour cela qu’il est intéressant (dans les moments difficiles, mais pas seulement) de croiser son propre regard avec celui de quelqu’un d’autre. Car on peut alors redécouvrir son enfant à partir de caractéristiques positives ou d’un potentiel positif, alors que, jusque-là, on était peut-être marqué par un aspect qui énervait, qui fatiguait ou qui faisait peur. Croiser son regard avec celui d’autres personnes, cela permet de l’enrichir. C’est une manière de ne pas toujours buter contre le même caillou.
Une maman énervée par son bébé a tout intérêt à aller vers un proche en qui elle a confiance (sa mère, sa belle-mère…), il va lui faire changer de lunettes : « Oh, regarde comme il est sympa, ton bébé : à force d’être irritée par certains aspects, tu ne parviens plus à voir ses chouettes côtés… »

LES PARNTS EN PARLENT…

L’une observe, l’autre gigote
« J’aime aller chez ma sœur qui a accouché quinze jours avant moi. On a beaucoup de plaisir à partager nos expériences de maman et à mettre nos bébés ensemble. C’est très amusant de les voir interagir, chacun avec son tempérament. Alexia, ma puce, est plutôt observatrice : elle agit après avoir fait le tour de la situation avec ses yeux… et avec sa petite tête (ça, c’est ce que je me dis !). Charline, la petite de ma sœur, est quant à elle une grande gigoteuse : elle est sans cesse en alerte et bouge tout le temps. Quand elles se retrouvent face à face, Alexia observe sa cousine avec calme et détermination, pendant que Charline tente de lui attraper une joue, le nez ou un pied. L’autre jour, c’était bien cela qui se passait entre elles deux, quand, tout d’un coup, ma petite a agrippé la tutte de sa cousine et l’a mise en bouche, au plus grand étonnement de celle-ci… qui a explosé en pleurs. La scène qui se terminait de façon inattendue nous a bien fait rire, nous les mamans… »
Christelle, maman d’Alexia

Cool… et obstiné
« Mon bébé a un caractère calme et posé, c’est ce que j’observe et c’est ce que l’entourage dit. Il est très calme, pacifique, cool… et obstiné ! Obstiné parce qu’il essaie une fois, deux fois, trois fois, il ne se laisse pas décourager. Il doit avoir assez de confiance en lui. Il n’a pas de doutes par rapport à ses capacités. Il est aussi assez prévisible : il signale facilement ce qu’il veut et ce qui l’ennuie. »
Sandra, maman de Gabriel