Développement de l'enfant

Regards croisés sur la juste place

Deux psychologues délivrent des éléments pour mieux s'adapter à son enfant en cas de séparation

Que signifie avoir une place au sein d’une famille pour l’enfant qui n’est pas là tout le temps ? Mario Alu et Sarah Parisel, psychologues, nous livrent leurs pistes.

Mario Alu ouvre le sujet avec un préalable : avant de s’intéresser à la place de l’enfant après la séparation, il est bon de dire que cette question de la place se pose dès la naissance de l’enfant. La place se définit à partir d’un double mouvement. D’un côté, le parent accorde ou assigne consciemment ou inconsciemment une place à l’enfant. De l’autre, l’enfant prend ou occupe sa place en collant ou en se défaisant de celle que son ou ses parent·s lui ont donnée.

En dehors du conflit parental

Prendre sa place aura une signification très différente d’un enfant à l’autre. Pour certains, davantage attachés au concret et au matériel, cela passera par le fait d’avoir une chambre à soi. D’autres seront plus attentifs à la qualité relationnelle avec l’adulte.
Sarah Parisel pointe toutefois un besoin universel commun à tous les enfants : se placer en dehors du conflit parental. « Préserver l’image de l’autre parent, respecter les différences éducatives, c’est vraiment quelque chose qui va permettre à l’enfant de sentir qu’il n’est pas pris à partie dans un conflit, ce qui serait très dommageable pour lui ».

Moitié chez l’un, moitié chez l’autre, mais pleinement soi-même

Une fois que l’enfant est préservé des enjeux de la séparation, une autre dimension importante, c’est de lui permettre de pouvoir être pleinement lui-même où qu’il soit, note encore Sarah Parisel. « L’enfant qui vit à moitié chez un parent, à moitié chez l’autre parent, sans avoir à se diviser lui-même, qui a la possibilité de maintenir sa personnalité entre les deux foyers, c’est aussi une manière de lui accorder sa juste place ».
Après la séparation, donner une place à son enfant, c’est trouver un logement pour refaire famille avec lui, penser à l’espace qu’il ou elle pourra occuper, réfléchir à la manière dont les différents aspects de sa vie vont s’agencer.
« Tous ces choix mettent l’enfant en confiance sur le fait qu’il a une place dans la nouvelle configuration familiale et qu’on le prend en compte. De son côté, l’enfant va se projeter dans cette nouvelle vie, dans les nouvelles modalités d’hébergement auxquelles il doit s’adapter, en fonction de la place qu’il ressent pouvoir tenir, prendre ou revendiquer », explique Mario Alu.  

Conserver sa place d’enfant

Notre société est très tournée vers l’épanouissement personnel, observe Mario Alu. « Si le parent doit se montrer attentif et à l’écoute de son enfant, il arrive qu’en réaction à une séparation, certains enfants expriment des besoins et des désirs proches d’une revendication à tout prix. Il appartiendra alors aux parents de mettre des limites, au risque d’en voir certains démissionnaires face à des enfants ‘sans limites’ ».
Sarah Parisel confirme l’importance de donner à l’enfant sa juste place. « L’enfant doit avoir une place à lui, mais tout ne doit pas reposer sur lui, sinon c’est intenable. Malgré la séparation, il doit rester l’enfant de ses parents ».

EN PRATIQUE

Des ressources pour les parents

  • La maison des parents solos à Forest offre des permanences sociales, des consultations juridique et psychologique et propose aussi des ateliers et activités.
  • Espace parents dans la séparation est un lieu d’écoute, de rencontre et d’orientation gratuit et confidentiel qui s’adresse aux parents en conflit. Il existe six antennes à Mons, Charleroi, Waterloo, Bruxelles, Liège et Verviers.
  • Le centre Chapelle-aux-Champs à Woluwe-Saint-Lambert propose une aide psychologique ou un suivi psychothérapeutique aux personnes en souffrance psychique en lien avec la séparation parentale. Il dispose de départements enfants-famille et adolescents-jeunes adultes, ainsi que d’un service de guidance parentale.