Crèche et école

Renaud Keymeulen, infatigable touche-à-tout

D’éducateur à directeur d’école, il n’y aura pas eu qu’un pas pour Renaud Keymeulen. Ça tombe bien, l’homme aime bouger, enchaînant les formations et fonctions. Une expérience de vingt-trois ans dans l’enseignement qu’il partage avec le Ligueur.

Le Ligueur avait déjà croisé la route de Renaud Keymeulen à plusieurs reprises. Pour parler jeu, d’abord, avec sa casquette de ludo-pédagogue à la Haute École Bruxelles-Brabant. Pour parler décrochage scolaire, ensuite, en qualité d’enseignant titulaire auprès d’élèves qui répètent leur année à Notre-Dame des Champs à Uccle (Bruxelles). Pour parler des intelligences multiples, aussi, en tant que formateur et auteur de livres.

Le rendez-vous de cette rencontre est fixé le 1er juillet. Un mois tout pile après que Renaud Keymeulen a pris ses fonctions de directeur à l’Institut Saint-Joseph de Carlsbourg. Trente journées bien remplies et autant de nuits courtes. La dernière s’est arrêtée à 2h30 du matin. « Plus moyen de me rendormir. Du coup, j’en ai profité pour continuer mon aménagement ».
Dans son bureau, trois volatiles empaillés font une halte, le temps de l’interview, avant d’atterrir dans le tout nouveau cabinet de curiosités de l’école. « On a aussi retrouvé un squelette de cheval, ce serait dommage de jeter des objets comme ça », s’enthousiasme Renaud Keymeulen.

L’homme ne rechigne pourtant pas à trier et jeter. En un mois, quarante remorques ont déjà quitté l’institut en direction du parc à containers. La « salle fourbi » est devenue une salle d’études, de nouvelles grilles horaire ont été définies, un budget a été décroché pour refaire l’électricité. Renaud Keymeulen a su aussi profiter d’une rencontre fortuite avec Julien Lapraille, figure de l’émission culinaire Top Chef, pour imaginer un événement et donner un coup de projecteur sur l’école.

Bouillonnement. Effervescence. Des mots qui désignent aussi bien le changement de fonction que le tempérament de Renaud Keymeulen. Chez les scouts, c’est au totem de Goéland qu’il répond. « Ils ont bien choisi, il paraît que c’est un oiseau qui a la capacité de voler longtemps ». Et pour compléter le tableau, le qualificatif After-shave y a été adjoint. « Parce que quand j’ai une idée en tête, je passe et repasse comme le rasoir, quitte à raser mon entourage ».

Des recettes de cuisine à l’enseignement individualisé

Endurance et entêtement. Les deux traits choisis par les scouts conviennent aussi pour qualifier la carrière de Renaud Keymeulen. Lorsqu’il empoche son diplôme de régent en sciences humaines en 1997, les places d’enseignant sont chères. Renaud Keymeulen ne fait pas la fine bouche et accepte un premier emploi d’éducateur à Notre-Dame des Champs, école secondaire implantée à Uccle.

Pour endosser la fonction d’enseignant, il lui faudra accepter le cours dont personne ne veut : religion. Il démarre alors la formation obligatoire qui lui permet d’accéder au titre. Une fois le pied dans la place, il décroche les cours d’histoire-géo. Sa carrière aurait pu en rester là, mais c’est sans compter sur son côté touche-à-tout. Démarre alors un long cycle de formations. En coaching scolaire d’abord, puis en gestion mentale en passant par la programmation neurolinguistique, le sketchnoting (un système de prise de notes visuel) et les techniques de mémorisation.

En classe, il constate de plus en plus d’élèves démotivé·es. En décrochage même. Son intérêt pour ces élèves en difficulté l’amène à une nouvelle bifurcation professionnelle : il entame un master en sciences de l’éducation et devient titulaire d’une classe d’élèves de 2e qui doublent leur année. Les approches d’intelligences multiples (une grille d’analyse qui reconnaît huit types d’intelligence. À découvrir sur intelligences-multiples.org) et de pédagogie active retiennent son attention.

« J’ai remarqué que les élèves avaient peu l’occasion de se prendre en charge. L’enseignant·e travaille avec son groupe classe, mais cela laisse peu d’autonomie à l’élève. Quand on permet à l’élève de se mettre en projet comme le font les pédagogies actives, il a la possibilité de se remettre en mouvement et, de là, découle la motivation. »

Ce constat l’amène à revoir ses pratiques. « Mes recettes de cuisine de mémorisation ne pouvaient plus fonctionner. Mon enseignement devait s’individualiser en fonction du potentiel et des projets de chaque élève ». Le concept de la théorie du choix est une révélation, il utilise cet outil de questionnement thérapeutique avec ses élèves. « Dans cette conception, aucun besoin n’est plus important qu’un autre sauf le besoin qui est en souffrance. La souffrance est le manque et le manque est le besoin ».

Renaud Keymeulen se souvient par exemple de Caroline, élève en décrochage. « Elle brossait les cours parce qu’elle avait besoin de liberté. Mais elle n’avait pas conscience du cercle vicieux enclenché. Plus elle brossait, plus ses résultats chutaient, plus ses parents étaient inquiets et plus leur cadre devenait restrictif et sa liberté diminuée ».

Grâce à la méthode de son enseignant, Caroline décide de son propre chef de revenir à l’école. Elle s’inscrit même à l’école de devoirs pour améliorer sa situation et agir in fine sur son degré de liberté.

Motivation et orientation pour mettre les élèves en action

Le master en éducation continue de semer des graines. Renaud Keymeulen prend conscience du décalage entre la manière dont l’enseignement se donne et les besoins des élèves. « Pour être motivé, le jeune a besoin d’une pédagogie par projet. La motivation se raccroche à l’identité : qui suis-je, qu’est-ce qui fait sens pour moi… On touche à des aspects d’identité, d’engagement, d’objectifs personnels ».

Renaud Keymeulen pousse ses jeunes à se questionner : qu’attends-tu de l’école ? Qu’as-tu envie d’apprendre ? Es-tu plus à l’aise pour travailler seul·e ou en groupe ? « Quand on construit les choses à partir de l’élève, c’est comme une bouffée d’oxygène, ça met du vent dans ses voiles ».

Ses formations l’amènent aussi à travailler l’orientation. « Les élèves qui répètent leur année sont inquiets. Nous les avons convoqués dès la fin d’année pour les rassurer sur le fait que l’année ne serait pas juste un bis repetita, que le redoublement allait leur servir à mieux se connaître et définir un projet ».

« Quand on construit les choses à partir de l’élève, c’est comme une bouffée d’oxygène, ça met du vent dans ses voiles »

Dès septembre, Renaud Keymeulen joint l’acte à la parole. Il organise une classe verte. « L’objectif, c’était de permettre aux élèves de mieux se connaître, d’apprendre à travailler en groupe, de créer des conseils de coopération. Le PMS venait aussi présenter les différents types d’enseignement et filières ».

C’est lors d’une de ces classes vertes que Jean-Lou se met en mouvement. L’élève est autant en décrochage qu’il est accro au cannabis. Le week-end met en évidence son goût pour la minutie et le montage-démontage de petits objets. Une séance d’infos plus tard, Jean-Lou prend connaissance d’une section professionnelle en horlogerie organisée à Namur.

« C’est une belle histoire, car ce jeune était vraiment paumé. En apprenant à mieux se connaître, il a osé lâcher sa famille, son quartier, son école pour partir en internat à Namur et entreprendre les études d’horloger. »

Après les sciences de l’éducation, Renaud Keymeulen embraye avec un master en sciences du travail. Il enchaîne avec la formation en sciences et techniques du jeu. « Je n’étais pas joueur, mais j’étais convaincu que le jeu pouvait être une corde en plus à mon arc pour travailler la motivation avec les élèves. Parce que jouer, c’est avant tout une source de plaisir, mais aussi un moyen de développer des compétences transversales ». Il n’en fallait pas plus pour aiguiser encore l’appétit d’apprendre de l’infatigable touche-à-tout.

Après vingt-trois ans à enseigner à Bruxelles, Renaud Keymeulen se dit fatigué du bruit, de l’agitation et des embouteillages. Alors qu’il crée un nouveau centre ludo-pédagogique à Carlsbourg, il a vent d’un poste de direction vacant à l’école secondaire Saint-Joseph. Les étoiles s’alignent, avec un nouveau défi pour un Goéland qui aspire à prendre le large de la capitale.

Les deux décennies à se former et enseigner auront laissé des traces. Dans son nouveau rôle de directeur, Renaud Keymeulen compte bien mettre à profit ses apprentissages. À commencer par la dimension relationnelle et le fait d’accorder sa confiance qu’il compte mettre à profit dans sa fonction de directeur.

« J’ai eu beaucoup de retours d’enseignant·es qui ne se sentaient pas en confiance. Il y avait notamment beaucoup de tensions autour des attributions. J’ai décidé de jouer cartes sur table et qu’on décide collectivement de ce que l’on ferait avec le quota d’heures. C’est une démarche démocratique qui peut être rassurante pour les profs. »

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