Droits et congés

Royaume-Uni : témoignages de parents

Témoignages de parents rencontrés au Royaume-Uni sur leurs congés de naissance

Parmi les parents rencontrés au Royaume-Uni, plusieurs ont pu se répartir leurs congés de naissance afin de permettre aux pères de passer plusieurs mois auprès de leur bébé. Leurs témoignages en disent long sur les bénéfices potentiels de congés de maternité et de paternité plus équilibrés.

Nick*, Anna* et Steffan ont en commun de vivre à Oxford, d’avoir partagé avec leur partenaire une part importante de leur congé de naissance… et d’avoir accepté de nous parler de cette expérience. Ils et elles ont fait usage du système de congé de naissance partagé (shared parental leave), qui permet aux mères de céder une partie de leur congé de maternité à leur partenaire. Leurs témoignages sont rares, car ce système de congé est très peu utilisé (pour en savoir + sur les raisons de cet échec, lire notre article Mind The (Gender) Gap). Mais ils n’en sont pas moins intéressants, car, dans chacune de ces familles, les mères ont pu passer le relais aux pères lorsqu’elles ont repris le travail, et ces derniers se sont ensuite occupés seuls de leur bébé pendant plusieurs mois.

« On ne voulait pas qu’il y ait un parent ‘par défaut’ »

Assis sur un banc dans le jardin du collège de l’Université d’Oxford où il est employé, Nick se remémore son premier congé de naissance. C’était en 2017. Son épouse est retournée travailler après neuf mois de congé de maternité et il a pris congé pour s’occuper seul de leur fille ainée jusqu’à ses 12 mois. « Arrêtez-moi, parce que je pourrais en parler pendant des heures », prévient-il. Tant cette expérience a été bénéfique à ses yeux :

  • « On voulait devenir parents ensemble. On ne voulait qu’il y ait un parent ‘par défaut’ entre nous. Vous savez, ce parent à qui on passe la main quand les deux sont là et que les choses se compliquent, qu’il faut changer un lange ou préparer le sac pour la journée… Mais je savais que ce serait difficile et que je devrais apprendre, je n’avais aucune expérience. Et puis je voulais aussi, tout simplement, créer un lien avec notre enfant. »
  • « De 8h à 18h, la porte se fermait et j’étais seul. Je pouvais occasionnellement téléphoner à mon épouse ou lui envoyer un message, mais elle n’était pas toujours disponible. Quand un après-midi d’hiver, alors qu’il faisait sombre dehors, le bébé était grognon sans que je comprenne pourquoi et son lange débordait de partout, je ne pouvais pas appeler à l’aide. C’était à moi de m’en occuper. Alors j’ai appris, et ça m’a donné confiance en moi. »
Steffan,  - Médecin, papa de deux enfants, actuellement en congé de naissance
« Nous essayons d’avoir un ménage très équilibré, où il n’y a pas de tâches ‘d’homme’ et de tâches ‘de femme’. Devoir t’occuper seul de ton bébé pendant des journées complètes, même pendant quinze jours ou un mois, fait une grande différence. Ça fait qu’il n’y a plus un responsable des soins (caregiver) principal et un autre secondaire, mais deux parents. Et puis, c’est juste vraiment chouette de passer plus de temps avec ta famille. »
Steffan,

Médecin, papa de deux enfants, actuellement en congé de naissance

« Elle n’avait pas ce stress d’être en retard à la crèche »

Le premier congé de paternité de Nick a eu un autre avantage que le couple n’avait pas anticipé. Il a permis à son épouse de reprendre le travail dans de bonnes conditions :

  • « La transition vers la crèche est souvent mouvementée, pour toute une série de raisons. Pour des raisons émotionnelles, mais aussi à cause de toutes ces maladies que les enfants attrapent, et puis parce qu’il y a des horaires à respecter. Quand mon épouse est retournée travailler, notre enfant est restée à la maison avec moi pendant trois mois, et nous n’avons pas eu à nous soucier de cette transition. Si elle devait travailler un peu plus longtemps, elle n’avait pas ce stress d’être en retard à la crèche. Je remarque que c’est souvent une triple peine pour les mères. Leur congé de maternité se termine et elles doivent reprendre le travail après une longue absence, ce qui est déjà compliqué. Parfois, elles doivent aussi réaménager leur temps de travail. Et en plus, elles doivent gérer l’entrée à la crèche. Le fait que je sois en congé a permis d’alléger cela. »
  • « Être en congé sans que le stress de mon travail fasse intrusion dans ma vie a aussi beaucoup aidé, parce que j’avais l’esprit clair pour faire toutes ces choses qui doivent être faites pour la famille, et que mon épouse ne pouvait pas faire parce qu’elle travaillait et que ses nuits étaient interrompues par l’allaitement. Donc, le fait que je sois en congé n’était pas seulement utile la journée, mais aussi en soirée, puisque je ne ramenais pas tout ce stress du travail et que je pouvais être utile à notre équipe familiale. 
Anna - Avocate, maman de deux enfants, pour lesquels elle a pris neuf mois de congé de maternité, puis passé le relais à son mari pendant respectivement trois et deux mois.
« Je pense que le fait que mon mari ait été pleinement responsable du bébé et se soit occupé de tout pendant son congé a été transformateur. Parce que, sinon, quand un homme a-t-il cette opportunité ? En tant que femme, on se dit facilement qu’il ne sait pas comment s’y prendre. Mais il ne sait pas comment s’y prendre parce qu’on ne lui a pas permis d’essayer et de se tromper. Or c’est comme ça que nous apprenons toutes quand nous devenons mères : par essai et par erreur. C’est la même chose pour les pères. » « Ce n’est pas habituel pour un homme de prendre congé pendant une longue période. Les gens sont aussi très surpris quand je dis que mon mari et moi avons tous les deux réduit notre temps de travail. Mais nous avons la chance de gagner des montants assez similaires, ce qui facilite ce genre de décisions financières. Et puis, lui et moi sommes obsédés par la justice et l’égalité – peut-être parce que nous sommes tous deux des enfants du milieu. C’est très important pour nous que chacun fasse autant que l’autre. Mais ce n’est pas facile à maintenir au quotidien, depuis que nous avons deux enfants. »
Anna

Avocate, maman de deux enfants, pour lesquels elle a pris neuf mois de congé de maternité, puis passé le relais à son mari pendant respectivement trois et deux mois.

« Tout d’un coup, il faut apprendre à jongler »

À l’arrivée de leur deuxième, en 2021, Nick et son épouse se sont organisés différemment. Ils ont choisi de passer les premiers mois ensemble, auprès de leur nouveau-né :

  • « Ça a eu d’autres avantages. Ça nous a fait du bien en tant que couple de ne pas devoir toujours se passer le relais. Et ça a fait du bien à notre famille de pouvoir passer du temps ensemble, tranquillement, sans tous ces stress qui viennent de l’extérieur. Tout d’un coup, on a un nouveau-né et un enfant de 4 ans, qui ont des horaires très différents, et il faut apprendre à jongler avec tout cela. Or, on ne l’a jamais fait avant. Et on a quatre ans de fatigue en plus. Je pense aussi que ça a aidé mon épouse que je sois là la journée pour prendre le bébé et qu’elle puisse se reposer ou simplement prendre une douche. »
  • « Depuis, des collègues viennent plus facilement me parler de leurs expériences, sans doute parce qu’elles se disent que ça m’intéresse ou que j’ai de l’empathie, ce qui est le cas. Certaines m’ont parlé de la peur, voire de l’horreur qu’elles ont ressentie lorsque leur bébé avait 2 semaines, et qu’après une nuit très difficile, elles ont entendu la porte d’entrée claquer et leur partenaire partir reprendre le travail. Ça m’a rendu très conscient, si je ne l’étais pas déjà, de la solitude dans laquelle se trouvent les mères à un moment où elles se remettent encore d’un événement physiologique et émotionnel majeur. »

Aujourd’hui, ces expériences lui font dire que tous les pères et co-parents devraient avoir le droit de prendre un long congé de naissance. Avec quelques années de recul, il estime que ces tête-à-tête précoces avec ses enfants ont posé « des fondations solides » sur lesquelles il continue à s’appuyer dans les moments difficiles de la parentalité.

*Afin de préserver leur vie privée, Nick et Anna ont préféré témoigner anonymement