Développement de l'enfant
Et si, s’informer au préalable sur le sommeil du nouveau-né était la clé pour initier des habitudes saines ? Murielle Brees, puéricultrice spécialisée dans l’hygiène du sommeil, organise des ateliers dans cette optique.
Samedi matin. Une dizaine de femmes enceintes et leurs compagnons sont réuni·es dans le hall du Chirec – hôpital Delta, à Auderghem (Bruxelles). Les couples sont venus assister à l’atelier « Décoder et répondre aux besoins de votre bébé de 0 à 6 mois ».
Anne et Saïd ont pour objectif de « s’armer le plus possible ». Les réveils nocturnes, ils comptent les gérer « à parts égales. Cela me parait naturel, déclare Saïd, qui a atterri il y a deux heures spécialement pour suivre cette conférence. Même si j’ai l’impression que je vais assumer un peu plus », achève-t-il en regardant Anne qui rit de sa remarque.
Développer la co-régulation
Dans une petite salle de conférence, plongée dans la pénombre pour suivre les informations sur écran, Murielle Brees se présente, insistant sur sa casquette à 360° : « La famille est un microcosme. Pour la comprendre, il faut analyser les émotions, l’organisation, les relations… Et la première chose impactée quand cela ne se passe pas bien, généralement, c’est le sommeil ». Elle annonce aux couples que, bientôt, ils formeront une nouvelle équipe : « Vous et le bébé ».
Elle enchaîne avec une question : « De quoi aura besoin votre bébé à la naissance et lors du premier mois de vie ? ». – « De contact ». – « De manger ». « Oui, ouf », répond Murielle Brees en souriant. « Quoi d’autre ? Comment est-il là où il est maintenant ? ». – « Il dort ». – « Il est en sécurité ». – « Il a chaud ». « Exactement ! Et il va devoir retrouver un maximum ses repères. Il est programmé biologiquement pour retrouver cette sécurité.
Pour cela, il a besoin de dormir à proximité. Pour le moment, il est bercé, en sécurité, nourri sans demande, il déglutit déjà in utero… Donc, lorsqu’il aura faim, les pleurs viendront rapidement. Pas question de vérifier sur une app si c’est le bon moment ! À cet âge, il réclame, il mange. Il a besoin qu’on réponde directement à ses appels ».
Selon la spécialiste, la chose importante, c’est la co-régulation. « Un bébé seul ne peut pas gérer ses émotions, il a besoin de l’adulte pour s’apaiser. Son cerveau va mettre des années avant de développer l’autorégulation ». La coach présente Félix, une poupée, à son auditoire. Elle mentionne qu’au cours des mois, Félix va évoluer, ses besoins aussi.
Un trimestre pour apprivoiser son bébé
Murielle Brees relance son assistance : « Comment communique bébé ? ». Plusieurs réponses timides. « Les pleurs, c’est pour que les parents se rapprochent, explique-t-elle. Encore faut-il comprendre ce qu’il veut ». A-t-il besoin d’être nourri, changé, apaisé ou câliné ? « Un bébé a besoin d’une réaction rapide de l’adulte. Très vite, on peut passer d’un ‘Ouin’ à un ‘Ouiiiiiiiin’. Repérer ses appels d’approche, ses mimiques, ses mouvements, cela demande de l’observation. Il faut en général un trimestre pour apprivoiser son enfant ».
Murielle Brees simule avec Félix un cas d’école : « Cela vous est-il déjà arrivé qu’un bébé fasse le tour de tout le monde, puis, quand il arrive dans vos bras, se mette à pleurer ? Cela n’a rien à voir avec vous, c’est parce qu’il est saturé ! ».
Elle explique que, si un bébé tourne la tête de côté ou devient grincheux, c’est une réaction du cerveau pour se préserver : il a besoin d’une pause. Le retrait, c’est un point important à repérer. « Alors, on le met dans une autre pièce ? », demande un papa. « Pas forcément. Vous le gardez près de vous, calmement. Évidemment s’il y a trop de chahut, vous quittez la pièce avec lui, répond la coach. Votre bébé n’a besoin que de ses parents. Face aux sollicitations des grands-parents par exemple, autorisez-vous à mettre des limites pour préserver votre intimité. Et mettez-vous d’accord avant avec votre conjoint ».
Les pleurs Mantra
« Un bébé, ça pleure, reprend Murielle Brees. Bien souvent, on se sent impacté et démuni, et on va vouloir arrêter les pleurs tout de suite. Mais certains sont utiles ! ».
Il faudra donc apprendre à distinguer ceux d’expression de ceux d’équilibrage (qui permettent au bébé de réguler son stress, souvent dû à une surstimulation) ou encore ceux ‘mantra’ (qui ressemblent à des chouinements, comme une lamentation, et qui sont du lâcher prise. Souvent dans son lit). « Dans le cas des pleurs ‘mantra’, il est important d’être à l’écoute pour préserver son endormissement ou pour le rassurer ».
Murielle Brees affiche à l’écran un graphique. « Ce n’est pas pour vous faire peur, c’est de l’information, rassure-t-elle. Vous pouvez le voir : il y a un pic de pleurs à 2 mois, puis ça redescend ». Silence de l’assemblée qui vient d’apprendre qu’un bébé de 2 mois pleure un minimum de vingt à trente minutes par jour… jusqu’à cinq à six heures pour certains ! « Cela peut sembler beaucoup. Surtout quand papa est reparti travailler et que vous êtes seule durant votre congé de maternité. Qu’on devrait en réalité rebaptiser de ‘convalescence’ car, après un accouchement, il faut bien un trimestre pour que le corps récupère ».
Murielle Brees mentionne que, durant cette période, on reçoit de nombreux conseils. « Je rencontre en consultation beaucoup de parents qui arrivent épuisés émotionnellement par cela. Il est essentiel que vous les passiez par votre propre filtre ». Elle marque une pause. Qui donne le go au ballet des ventres ronds vers les sanitaires avant la reprise.
Alors, il fait ses nuits ?
« Cette question, vous allez l’entendre !, prévient la coach. Mais, d’abord, c’est quoi, faire ses nuits ? ». Elle rappelle qu’on ne peut forcer personne à dormir, pas même un bébé. Que c’est un processus physiologique de maturation du cerveau lent et évolutif. « En fin de grossesse, on dort moins bien. À l’adolescence, ça part en cacahuète et à la ménopause, je ne vous dis pas ! ».
Murielle Brees rappelle que les réveils nocturnes caractérisent le sommeil infantile la première année (voire les dix-huit premiers mois) : 70 % des bébés de 6 à 18 mois se réveillent entre une et trois fois par nuit selon une étude de la chercheuse Mari Hysing en 2014, réalisée sur 50 000 bébés.
« Le nombre de réveils dépendra du tempérament du bébé : de son développement, de sa journée... ». On peut néanmoins mettre de bonnes bases pour que cela se déroule le mieux possible : « Souvent, les parents sont épuisés, donc ils changent de méthode quand elle ne fonctionne plus. Cependant, bébé se sent de plus en plus en insécurité à cause de ces multiples changements ».
Lâcher prise au sommeil est une réelle compétence à accompagner. Vers 3 à 6 mois, un bébé peut faire ses nuits, c’est-à-dire dormir entre cinq et six heures d’affilée. « Mais ce sera peut-être de 18h à 23h !, précise la puéricultrice. Pour ne pas perturber son cycle, je vous invite à développer une vision de chat et apprendre à vous déplacer dans le noir, lors de ses réveils nocturnes ».
Les influenceurs et influenceuses
De nombreux facteurs interviennent dans l’endormissement et peuvent le retarder. « Si vous êtes vous-même énervé·e au moment de la mise au lit de votre bébé, par exemple, cela peut prolonger son endormissement ».
Murielle Brees simule l’aide au lâcher prise de Félix qu’elle berce avec agitation. « Dans ce cas, mieux vaut passer le relais au parent le plus zen, car les bébés sont des éponges émotionnelles et sensorielles ». Elle montre ensuite la position idéale : « Dans une lumière tamisée, avec un bruit réduit, mettez-le contre votre cœur et respirez de façon calme et profonde. En respirant la tête de votre bébé, l’odeur stimule votre apaisement et votre bien-être ».
Murielle Brees rappelle aux parents qu’ils sont deux et qu’ils forment une équipe. « Regardez dans la même direction, mettez-vous d’accord sur la façon de réagir. Et, messieurs, ce n’est pas parce qu’elle allaite que vous ne devez rien faire : vous pouvez vous lever pour prendre bébé, le mettre à côté de maman pour l’allaitement, puis le remettre dans son lit ».
Bébé parviendra petit à petit à s’autoréguler : « Son premier autorégulateur, ce sont ses mains et sa bouche ! Alors, on évite les moufles, car il est important qu’il ait accès à ses mains ». Deux dernières suggestions : on introduit la tétine qu’une fois que l’allaitement est bien lancé, soit environ cinq semaines. Quant au fameux doudou, il sera présenté durant les périodes d’éveil et principalement lors du moment « plaisir du repas ». Il rejoindra le lit quand le bébé se retournera aisément du dos au ventre et inversement.
EN SAVOIR +
- Infos et réservations : maman-mere-veilleuse.com
- Co-créez votre bulle parentale. Comment se préparer, en couple, aux 90 premiers jours avec votre bébé ? de Murielle Brees (Mama éditions). Une compilation des conseils prodigués lors de ces ateliers, ainsi que les questions à se poser avant l’arrivée de bébé.
EN PRATIQUE
- Son environnement : « La chambre où va dormir bébé doit être la plus apaisée possible. On en parle de plus en plus et c’est tant mieux. Car les bébés y sont très sensibles, leur état peut se maintenir en hyper vigilance. Pour prévenir cela : le mieux est d’éviter étagères, décorations et autres au-dessus du lit, d’avoir une chambre épurée, rangée et aérée régulièrement. Et de veiller aux recommandations de couchage sécuritaires », explique Murielle Brees.
- Quand mettre bébé au lit ? « Il existe des apps pour dire quand coucher votre enfant. Je vous invite plutôt à retourner à votre intuition, car, à terme, ces aides électroniques peuvent être anxiogènes. »
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