Développement de l'enfant

« Si tu n’es pas prêt pas, je pars sans toi »

« Si, si, si… gare à toi » ! Quel est le parent qui n’a pas menacé (gentiment !) son petit de le priver de dessert, de partir sans lui, de ne plus jouer avec lui, etc., s’il n’obéissait pas ? Pratiques, ces chantages affectifs pour se faire obéir ? Pas si sûr ! En réalité, ils ne sont pas si magiques que ça.

Pas facile de se faire obéir quand son enfant en a décidé autrement. Surtout lorsqu’on est en public et qu’il se met à hurler ou qu’on revient épuisé après une journée de boulot et qu’on n’aspire qu’à une chose, la paix. Alors oui, garder son calme relève de l’exploit. D’ailleurs, que le parent qui n’a jamais succombé à la tentation d’user de la force pour faire obéir son petit récalcitrant nous jette la première pierre.
Et pourtant, si l’on a parfois l’impression qu’il n’y a pas d’autre solution que de menacer le bout de chou sur le plan des sentiments pour le faire obtempérer, il faut savoir que c’est non seulement contre-productif, mais aussi néfaste pour son développement.

Le danger de l’escalade

Si votre enfant a appris à obéir à coups de menaces, à coups de promesses et à « coups de gueule », il y a fort à parier que ces rapports de force devront aller crescendo pour continuer à faire de l’effet. Et pour cause, le chantage affectif est une forme de négociation par la force, qui perd petit à petit de son effet. Résultat des courses, votre garnement comprend qu’il a le pouvoir de repousser les limites, ce qui a le don de vous pousser à bout. Vous criez plus fort, il boude d’autant plus. Vous menacez de plus belle, il se rebute plus encore.
Et vous voilà pris dans un cercle infernal, à devoir surenchérir pour arriver à vos fins. La pente est glissante, d’autant plus que l’arrivée à l’adolescence sera le moment d’explosion émotionnelle et d’affrontement en tout genre. Mieux vaut donc éviter tout de suite de le stimuler à négocier par la force et à monter le ton pour se faire entendre. Vous aurez déjà tout le loisir d’apprécier, à l’adolescence, sa force de caractère sans devoir en rajouter une couche vous-même.

Poser des limites et s’y tenir

Un enfant a fondamentalement besoin de structures pour se développer. Elles lui offrent un cadre rassurant pour apprendre à maîtriser ses angoisses. Si ces limites sont instaurées dès la petite enfance, elles devraient permettre, par la suite, d’éviter l’utilisation du chantage pour se faire entendre et respecter.
Mais apprendre à se faire obéir n’en reste pas moins un travail ardu et qui se forge au quotidien. Mieux vaut s’armer de patience et commencer tôt pour poser des règles de manière claire, ferme et cohérente, tout en gardant à l’esprit qu’elles ne seront pas vécues par l’enfant comme une persécution, mais comme un cadre rassurant.
Ce raisonnement vaut pour chaque âge, dans la mesure où cette manière de procéder lui apprend à gérer ses émotions, à se rassurer seul et à se prendre en main. L’enfant apprend ainsi à se responsabiliser et à agir pour lui-même. L’objectif ici étant de lui apprendre à être fier de ses exploits et non pas simplement d’éviter une sanction ou faire plaisir à ses parents. Il apprendra à faire un choix, de manière consciente et à en assumer les conséquences, il sera ainsi armé pour affronter la vie en société.

Pour les recalcitrants ?

Certains tempéraments sont naturellement plus agités, plus compliqués et plus impulsifs. Les limites imposées en douceur n’auront peut-être pas l’effet espéré. Pas de quoi vous flageller pour autant, la théorie c’est bien, mais encore faut-il qu’elle soit réaliste en pratique.
Certaines techniques ont fait leurs preuves : spécialistes et parents s’accordent à dire qu’utiliser le ton ludique fait des miracles, l’idée étant encore une fois de responsabiliser vos petits. Vous pouvez, par exemple, proposer à votre enfant de confectionner un tableau hebdomadaire sur lequel vous collerez chaque jour un smiley souriant s’il a été « agréable » ou grimaçant dans le cas contraire. Vous les additionnerez à la fin de la semaine, avec éventuellement une récompense à la clef. Vous lui apprendrez ainsi à s’auto-motiver, à se raisonner et à gérer ses émotions.
Plus besoin de passer par la case chantage, vous passerez par la case smiley, tout de même nettement plus sympa. Lorsqu’il sera un peu plus âgé, vers la 3e primaire, attendez la fin du mois avant de faire le total, histoire de pousser l’apprentissage un peu plus loin. Votre enfant n’obéira plus parce que motivé par la crainte de la sanction ou par la simple attente d’une récompense à court terme, mais stimulé par la satisfaction gratifiante de ses efforts fournis. De quoi devenir un adulte.



J. R.

EN PRATIQUE

Des limites : à quel age et comment ?

  • Dès 9 mois : un bel âge pour poser des limites puisqu’il est capable de surmonter les premières frustrations, que ce soit en évitant de le prendre dans les bras dès les premières plaintes, ou en évitant d’aller le chercher lors des micro-réveils nocturnes.
  • 18 à 24 mois : une période plus délicate où vous devrez tenir bon malgré ses tentatives de résistance. Rappelez-vous, il est en phase d’opposition et teste … vos limites. Rien de plus normal !
  • Prenez le temps de lui expliquer les nouvelles règles que vous lui répéterez aussi souvent que nécessaire, mais n’oubliez pas que vous avez le dernier mot.
  • Attention ! Tout petit déjà, l’enfant repère les failles pour s’y engouffrer joyeusement et diviser pour régner. Papa et maman, soyez donc cohérents et tenez le même discours.
  • Motivez l’enfant par le jeu, l’humour et les petits défis et valorisez ses performances.

QUE FAIRE ?

4 trucs pour parents jouettes

  1. Le tableau des tâches : dessinez un tableau qui définit quel enfant est responsable du rangement de quel jouet, et faire le ‘check’ avec eux en fin de journée. Encore mieux que Mary Poppins !
  2. « 10, 9, 8, 7... » : mettez votre enfant au défi d’accomplir une tâche en moins de dix secondes ! Succès garanti.
  3. Les blagues à papa/maman : dites-lui qu’on va faire quelque chose « avant que papa ait fini de se raser », « avant que maman ait fini de prendre sa douche ». Fou-rire assuré.
  4. Le roi du silence : le premier qui aura parlé aura perdu ! À ne pas répéter trop souvent au risque de devenir lassant.
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