Développement de l'enfant

Signer avec bébé

Langue des signes, bébé, langage

Ils ne savent pas encore parler, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne peuvent pas comprendre et s’exprimer… avec les mains. À partir de 6 mois, les bébés sont capables de faire part de leurs besoins ou observations grâce à certains signes basiques. Un moyen de faciliter la communication et de renforcer les liens entre papa, maman et bébé.

Une petite main au-dessus de sa tête qui serre et desserre le poing. Apolline répond à son grand-père qui est venu lui faire un petit coucou. Il a demandé où était papa. Avec ce signe, la Bruxelloise de 18 mois lui répond : il est sous la douche. « Son grand-père était sidéré, raconte Perrine, la maman d’Apolline. Non seulement il ne s’attendait pas à ce que la petite comprenne la question, mais il s’attendait encore moins à ce qu’elle lui réponde ».
Ces moments savoureux, Perrine en a quelques-uns en souvenir. Elle ne regrette pas d’avoir utilisé la langue des signes avec ses trois enfants. Ils ne sont pourtant ni sourds ni muets. « C’est lors d’un de mes cours sur la langue des signes dans le cadre de mes études de logopédie qu’un professeur nous avait dit d’essayer si on avait des enfants un jour. J’avais gardé l’info dans un petit coin de ma tête. Puis, à la naissance d’Apolline, j’ai reçu un livre sur le sujet. Je l’ai ressorti neuf mois plus tard, à la naissance de Siméon, mon deuxième ».
Les signes pour bébé, c’est cet outil qui permet aux enfants de communiquer avant de pouvoir parler. Vers 9 mois, le processus d’acquisition du langage est en route et le bébé saisit de mieux en mieux le sens des mots. Il les reconnaît déjà même s’il ne sait pas encore les prononcer lui-même. C’est là que les signes peuvent s’avérer utiles. Si la parole est accompagnée de gestes, cela aide à cette acquisition. « Les bébés peuvent faire part de leurs besoins, de leurs observations aussi », explique Marie Fournier.
Cette thérapeute psycho-corporelle s’est spécialisée dans la communication gestuelle pour bébé ou plutôt le « bébé signe ». Elle vient de créer le réseau Bébé signe Belgique pour mettre en commun les compétences et les outils des formateurs et formatrices en langue des signes pour bébé. Concrètement, « les signes sont basés sur la langue des signes de Belgique, mais adaptés à la psychomotricité des bébés », détaille-t-elle.
À 18 mois, Apolline comprenait trente mots et en utilisait quinze. Des mots très concrets pour exprimer ses besoins comme lange, manger, dormir. Ou pour décrire ce qu’elle voit : avion ou oiseau. Mais aussi des mots pour décrire des choses plus abstraites comme bêtises ou peur.
« Elle utilisait assez facilement le mot peur et elle le répétait quand il s’agissait d’appuyer son émotion », explique la maman. Cela a créé des situations plutôt cocasses. Comme ce jour où sa tante est arrivée dans la pièce, qu’elle lui a dit bonjour et qu’Apolline a répété le signe ‘peur’ », explique Perrine en souriant.

Des signes qui renforcent les liens

Premier avantage de « signer » avec son bébé pour Perrine : comprendre une partie de ce qui se passe dans sa tête de bambin. « Elle entendait un avion auquel je ne faisais pas attention et elle me montrait le signe. J’ai alors écouté et je me suis rendu compte qu’un avion passait à ce moment-là. C’est vraiment chouette. J’ai l’impression de rentrer dans ses pensées. Et puis, je répétais le mot avion, ce qui lui permettait de l’apprendre ».
Apprendre la langue orale grâce aux signes, renforcer les liens, mieux connaître son enfant, ses goûts et créer une complicité, c’est tout ce qu’en retirent Perrine et Apolline. «Et puis, le fait que l’enfant soit acteur très tôt, cela peut renforcer l’estime de soi », ajoute Marie Fournier. Attention tout de même à garder un cadre.
« Bien sûr, c’est tout mignon quand le petit montre le signe du ‘biscuit’. On a envie de lui en donner un. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut répondre à toutes ses demandes et en faire un enfant roi. C’est bien de le comprendre, ça permet de l’accompagner dans sa frustration. »
Il y a les envies et puis il y a les besoins aussi. Quand son bébé pleure, il est parfois difficile de savoir ce qu’il désire. Comme cette fois où Léo, le fils de Marie Fournier, a commencé à pleurer en pleine nuit. À 18 mois, elle n’avait plus l’habitude de l’entendre se réveiller pour manger. Et pourtant. « Il m’a montré le signe du lait. Je lui en ai donné. Puis il m’a montré le signe une deuxième fois. Finalement, il a bu un grand biberon de 240 ml avant de se rendormir. Sans le signe, c’est la dernière chose que j’aurais tentée ».
Marie Fournier conseille de commencer à signer à partir de 6 mois « ou même plus tôt si vous le désirez, mais, avant, on a souvent d’autres choses à penser en tant que parent. Et puis, il ne vous répondra que bien plus tard, ce qui risque de vous décourager. » Ne vous attendez donc pas à ce que bébé réponde tout de suite. « Certains bébés commencent à signer à 12 mois… d’autres jamais. Certains parents m’ont fait part de leur déception. Mais ce n’est qu’une façon de communiquer parmi d’autres », répond Marie Fournier.

ZOOM

Un enjeu : uniformiser pour inclure

Marie Fournier vient de créer le Réseau Bébé signe Belgique avec Natascha Provoost pour mettre en commun les compétences et les outils des formatrices et formateurs en langue des signes pour bébé. Un matériel pédagogique est créé, des fiches sont publiées. Si elle part de la langue des signes francophone belge, elle l’adapte à la psychomotricité des bébés.
D’autres préfèrent utiliser la langue des signes francophones belge. Sans adaptation. C’est le cas de Stéphanie Eugène. Elle forme également les parents et les professionnel·le·s de l’enfance à la langue des signes pour bébé. Pour elle, il est important que les codes soient les mêmes pour toutes et tous, car ces signes constituent un outil d’inclusion d’enfants qui, eux, n’auront pas d’autres moyens que la langue des signes pour s’exprimer. « Quand un bébé sourd arrive dans une crèche, c’est compliqué pour lui si les signes sont différents de ceux qu’il connaît. La langue des signes chez les tout-petits peut être un facteur d’inclusion, autant l’utiliser ».
Deux courants, mais la même envie de partager des moments de complicité avec bébé.

En savoir + : bebe-signe.com