Société

Simon Blondiaux, heureux en son jardin

Rencontre avec Simon Blondiaux, un passionné de jardinage, en plein centre-ville

« Le bonheur est dans le pré », clamaient Étienne Chatiliez dans son film et Paul Fort dans un poème. Le bonheur est aussi dans le jardin, si on en croit Simon Blondiaux, 37 ans, qui, déjà, transmet sa passion à son fils de 2 ans et 2 mois...

Nous voilà parti pour Mons à la rencontre d’un passionné de jardinage, en plein centre-ville. Simon Blondiaux y habite depuis un an avec sa compagne. Ils rénovaient leur maison depuis quatre ans. Ainsi que son jardin, d’une centaine de m².

« Ce n’est pas moi le boss »

C’est autour d’un mélange citron-gingembre-spiruline, à l’étrange couleur verte, que nous nous retrouvons dans la superbe extension avec de belles baies lumineuses qui accueille leur cuisine moderne. Avec vue sur le jardin, de taille plutôt modeste. Les lieux étaient encore plus étroits à l’origine avec des annexes adossées aux murs et un hangar. Tout cela a été abattu, des quantités importantes de terre ont dû être triées et traitées.
« Dès le début, on a voulu faire revivre le jardin, explique Simon Blondiaux. C’est devenu tellement puissant que, d’une simple envie, c’est devenu une véritable passion ». L’apprenti jardinier achète des bouquins, visionne des documentaires, suit des cours en ligne. Très vite, il est séduit par la permaculture qui invite à penser et cultiver un espace en faveur de la biodiversité. Merle et moineaux se font entendre pendant notre interview. Un troglodyte, des mésanges et des pigeons, lesquels se délectent des feuilles de choux et de brocolis, pointent également le bout du bec.
« Je mets en place ce qui va permettre de développer la biodiversité de cet écosystème tout en faisant en sorte que ce soit navigable pour notre petit garçon. C’est ce qui guide l’aménagement du jardin plus que d’éventuels conforts, confie Simon Blondiaux, tout sourire du début à la fin de la matinée que nous passons ensemble. L’idée est d’en finir avec ce présupposé de l’homme qui domine la nature. Cet espace s’autorégule et je le soutiens en tenant compte des différents éléments vivants et de nos besoins, pour le potager par exemple. »
Ainsi il n’éradiquera pas les ravageurs et les adventices, que certainꞏes qualifient de « mauvaises » herbes et que lui appelle des compagnons. Escargots et limaces sont apparus, mais ils ne dérangent pas. Idem avec les rats capturés vivants et relâchés en plein bois. Simon Blondiaux teste diverses plantations et essaie de trouver pour chaque endroit la graine qui en tirera le plus d’affinités. Seul un rosier rose, les orties, un forsythia et une hémérocalle aux magnifiques fleurs orange ont survécu à tous les travaux. La ville a aussi offert un poirier pour la naissance du fiston. Et Simon a ramené d’autres plantes et rosiers du jardin de son grand-père récemment décédé…

Bon sang ne saurait mentir

Parlons-en de ce grand-père ou plutôt des grands-pères. En discutant avec Simon Blondiaux, on pourrait croire que l’homme est expert en botanique, horticulture, agronomie. Que nenni. Diplômé en communication, intéressé par la sociologie et l’anthropologie, chargé de projets au Forem, il doit plonger dans sa mémoire pour retrouver l’origine de sa passion. Enfant, il passait les après-quatre-heures chez son grand-père maternel, ingénieur agronome, et le suivait dans son jardin urbain à Nivelles.
« Un jour, se souvient Simon Blondiaux, il m’a préparé un mètre carré de terre et m’a dit que ce n’était que pour moi. Je pouvais y cultiver ce que je voulais. Ça m’a marqué, c’était un cadeau merveilleux. Ensuite, je me suis déconnecté de cet univers pour passer à d’autres choses. C’est en achetant cette maison que tout est revenu de l’intérieur… »

« Mon fils grandit en même temps que le jardin et j’essaie de lui montrer chaque étape »

Alors qu’il ramène dans son nouveau logis des caisses stockées chez ses parents, il y découvre des archives qui sont comme autant de signes : l’album Les petits jardiniers à la maison, publié chez Larousse, un ouvrage assez pointu sur les pathologies végétales et la phytotechnie de son grand-père agronome et un livre de son autre grand-père, docteur, sur la médecine végétale. Si nous ajoutons que le grand-père de sa femme, 95 ans, est également expert au jardin où il exprime son amour pour les roses, on aura compris que Simon Blondiaux a été à bonne école.

Un sol sain pour un corps sain

Ce goût pour le jardinage passe aussi par une attention pour une alimentation saine. Celle-ci va de pair avec la culture de légumes sains. Simon s’interroge. Quelle est la qualité de ses terres entourées de murs décrépis, couverts de plusieurs couches de peintures qui s’écaillaient et tombaient dans le sol, d’annexes aux usages inconnus, de la pollution urbaine et atmosphérique ? Le jeune papa s’inquiète de l’éventuelle présence de métaux lourds. N’est-il pas illusoire de cultiver des légumes sains sur ces sols ? Il décide d’investiguer.
Une offre de la Région wallonne à travers l’asbl Espace Environnement de Charleroi retient son attention : la prime Sanisol, soit une aide financière pour réaliser une analyse de sol ou de fruits et légumes (lire encadré). Il active les démarches et le verdict tombe : excès de plomb et présence de cadmium, de mercure et de zinc. Plusieurs solutions lui sont dès lors proposées pour assainir sa terre comme sortir du sol via des bacs de culture, recyclage des terres ou phytoremédiation, à savoir semer des plantes hyper-accumulatrices comme le tournesol, la moutarde brune, des brocolis dont il se débarrassera ensuite.
« Connaître sa terre est prioritaire quand on veut la cultiver puisque ses besoins dépendent de sa composition et de ses carences ou excès. L’analyse de sol est un geste sain et essentiel si on veut cultiver, conclut Simon Blondiaux. De plus, la prise en charge par Sanisol est très qualitative. Les personnes aiguillent vers les laboratoires et les solutions. C’est une initiative qui va dans le bon sens. Il en faudrait plus. »

Se nourrir en donnant à l’autre

C’est donc sur ce terreau favorable que leur petit garçon grandit. « Il assiste au chantier de la maison, s’enthousiasme le Montois, au renouveau de ma passion pour le jardinage, à la volonté familiale d’arrêter d’abîmer notre environnement. Il grandit en même temps que le jardin et j’essaie de lui montrer chaque étape. On fait des semis, on plante, on arrose, on cueille. »
Pour preuve, dans un coin du potager, un petit arrosoir en côtoie deux grands à côté de pelles et râteaux miniatures. « J’ai mes pots à graines triés par saison et il a aussi le sien. Depuis qu’il est tout petit, il me suit au jardin. Je lui explique ce que je fais et s’il veut on le fait ensemble. Au final, il m’imite avec ses bacs d’où vont sortir plein de surprises. C’est un de nos jeux. Petit à petit, il comprend le processus. Quand il revient de la crèche, on fait souvent un tour à deux dans le jardin, on va dire bonjour à chaque plante. Il les voit grandir, je les nomme, pivoine, pissenlit, tulipe, etc. ».
Tout au long de notre entretien, on a senti chez notre interlocuteur que, s’il met les mains dans la terre, il est aussi traversé par une intense réflexion. « Quand je pense à notre écosystème, précise-t-il, je suis souvent désolé de constater la culture croissante de l’égoïsme et de l’individualisme, liés à la civilisation occidentale, sans servir l’altruisme, alors que l’homme est un animal social. On se nourrit aussi en donnant à l’autre, l’autre qui n’est pas uniquement l’humain, mais tout le vivant auquel on est lié. On est des animaux, des mammifères. On est interconnecté et nous maltraitons cette interconnexion qui nous nourrit. J’ai envie aujourd’hui de la raviver ».

EN SAVOIR +

Sanisol pour un sol sain

Jardiner avec les enfants permet de stimuler les sens et d’apprendre à manger sainement… sous certaines conditions. En zone urbaine ou rurale, certains sols peuvent présenter une contamination qui risque d’exposer le jardinier ou les enfants fréquentant le jardin à des risques sanitaires.
Avec le soutien de la Région wallonne, les particuliers ont la possibilité d’obtenir une aide financière pour une analyse réalisée par un laboratoire. Cette aide s’élève à 50€ pour l’analyse de sol et 50€ pour l’analyse d’un fruit ou d’un légume, soit une aide qui peut s’élever à 100€. Sur base des résultats de l'analyse de votre sol, vous pouvez solliciter des recommandations personnalisées pour votre activité de jardinage.
Infos : l'asbl Espace Environnement de Charleroi assure l’helpdesk de l’outil Sanisol : sanisol@espace-environnement.be ou 071/509 665.

Infos et modalités diverses

POUR ALLER + LOIN

À lire avec son enfant

Mais comment parler jardinage et plantes avec ses enfants ? Voici un album absolument génial paru dans la collection Quand ça va quand ça va pas. Alain Baraton, jardinier en chef au château de Versailles, y partage sa passion, ses trucs et astuces, ses connaissances.
En quelques mots, il évoque des aspects aussi différents que le sexe des plantes, la pollinisation, leur intelligence, leurs maladies, l’histoire et les styles de jardins, l’importance de la terre, le compost, les points d’eau, les outils du jardinier, les insectes et le ver de terre, etc. C’est truffé d’anecdotes aussi : saviez-vous par exemple que la pivoine peut vivre jusqu’à 100 ans mais ne fleurit pas avant 5-7 ans ?
Les dessins de Laure Monloubou complète agréablement toutes ces informations passionnantes en y apportant une petite touche d’humour. Après cette lecture, les enfants se sentiront dans leur jardin partout où ils jouent, marchent, se promènent…

  • Leur jardin expliqué aux enfants (et à leurs parents !), par Alain Baraton et Laure Monloubou (Glénat jeunesse/coll. Quand ça va quand ça va pas). À partir de 4 ans.
Cover livre jeunesse Quand ça, quand ça va pas - Leur jardin expliqué aux enfants