Vie pratique

Sommeil : les questions des parents

Quand les parents posent leurs questions sur le sommeil

« Mon fils de 1 mois et demi dort très peu, même en journée, et il regarde toujours du même côté. Des amies me conseillent d’aller voir un ostéopathe pour bébé, est-ce une bonne idée ? »
Alix, 33 ans

Audrey Moureau, pédopsychiatre : « Je conseille toujours de voir son pédiatre d’abord. Que ce soit pour le sommeil, l'alimentation, quand on s'occupe d'un bébé, il faut toujours considérer les choses dans leur ensemble. Si les parents disent que leur bébé se réveille beaucoup, mais que tout va bien quand il est éveillé, qu’il a de chouettes interactions, que l'alimentation ne pose pas de problème, qu’il a une bonne motricité, que le parent est épanoui, qu'il n’y a pas de dépression du post-partum… Bref, si toutes les conditions sont favorables, on ne va pas s'inquiéter du sommeil d'un bébé qui est un peu plus perturbé.
En revanche, si le pédiatre constate une asymétrie entre la gauche et la droite ou des tensions, alors, en effet, il peut conseiller d'aller voir un ostéopathe. Il peut aussi proposer une consultation psychologique s’il y a un état de vigilance important, par exemple suite à des difficultés autour de la naissance. Parallèlement à cela, il peut également proposer un travail en psychomotricité, ce qui pourrait être une manière d'aider le parent à accompagner son enfant et à pouvoir un peu lâcher prise. Parfois, on pense qu'on agit d'une certaine manière avec son bébé, mais on ne se rend pas toujours compte qu’inconsciemment, on agit d’une autre façon ».

« Notre bébé va naître au mois de juin. Mon mari a flashé sur un babyphone avec caméra, mais je suis dubitative. Qu’en pensez-vous ? »
Anonyme 

Audrey Moureau, pédopsychiatre : « Je déconseillerais cet achat. Beaucoup de parents sont anxieux et ont recours à des solutions qui ne font qu’élargir leur anxiété en voulant vérifier tout ce qui se passe pour leur bébé. Il faut se méfier des fausses réassurances : la caméra n'apporte pas grand-chose et n'évite pas la question de la mort subite du nourrisson. Ces caméras nous maintiennent dans un état de connexion omniprésente à notre bébé. On devrait pouvoir accepter que le moment de sommeil de son enfant, c'est aussi un moment qui permet de se reconnecter à soi-même, en tant qu’adulte. Il est important de pouvoir expérimenter un certain lâcher-prise dans la relation avec son enfant. Cette connexion constante nous donne un sentiment de proximité avec notre enfant, mais c'est la sécurité affective et réelle qui est importante dans le lien avec son bébé ».

« Mon fils de 2 ans et demi fait des terreurs nocturnes. Mon pédiatre m’a signalé que c’était normal à son âge. Mais je les trouve particulièrement intenses… Quand faut-il consulter ? »
Martin, 29 ans

Audrey Moureau, pédopsychiatre : « Le signal qui peut indiquer aux parents ‘Tiens, il faut consulter’, c'est toujours l'intensité des choses et leur fréquence. Ce n’est pas la même chose si ça se passe deux-trois fois ou si cela fait trois mois que l'enfant se réveille toutes les nuits. En général, au-delà de trois semaines quand ça s'installe, c’est important de consulter. On tient aussi toujours compte du reste du développement de l'enfant : si cela fait souffrance, c’est problématique. Il ne faut pas hésiter à consulter ».

« Notre fille de 3 ans refuse de s’endormir seule. Il faut en moyenne deux heures pour l’endormir, et elle se réveille encore au milieu de la nuit pour réclamer un biberon. Nous avons tout essayé, sans succès. Je suis tellement éreinté que nous faisons dorénavant chambre à part. Comment récupérer nos nuits ? »
Philippe, 48 ans

Audrey Moureau, pédopsychiatre : « Souvent, quand c'est le premier bébé, on se demande si on fait bien, on n'est pas toujours sûr·e de soi et on modifie notre manière de faire d'une fois à l'autre. Or, le bébé, pour bien dormir, doit avoir des habitudes qui sont stables. Si on modifie tout le temps ses habitudes, ça le perturbe. Le fameux ‘On a tout essayé’ trahit généralement un changement de routine trop récurrent. Généralement, il vaut mieux essayer une chose et la maintenir quelques jours. Bien sûr, il ne faut pas rester dans l'acharnement si, après quelques jours, ça ne va pas. Mais il faut pouvoir proposer une routine à un bébé plusieurs jours d'affilée. C'est le temps nécessaire pour qu’il puisse l’assimiler. On ne peut forcer personne à dormir, le bébé a la part active dans la question du sommeil et le parent ne fait qu’offrir les conditions nécessaires. Ce que de nombreux parents ignorent, c’est qu’un enfant s'endort généralement les premières semaines de vie en sommeil agité (ou paradoxal). Donc, il va y avoir des pleurs et un peu d'agitation au début, c'est quelque chose de normal. Le fait de surréagir fait qu'on resollicite le bébé. Le parent se demande pourquoi il pleure, le reprend et donc, finalement, le réveille ».

COTÉ JOURNALISTE

« Quel est le conseil sur le sommeil des enfants qui est souvent mal compris par les parents ? »

Audrey Moureau, pédopsychiatre : « Ce qui concerne la question des pleurs. Il y a vraiment une difficulté avec les pleurs de l'enfant. Alors que les pleurs, c'est la manière dont le petit peut s'exprimer. Il peut formuler une fatigue ou une colère, par exemple. Certains bébés sont parfois très fâchés et ne veulent pas être séparés. Les générations antérieures avaient moins de mal à supporter ces pleurs. Aujourd’hui, ils sont très vite interprétés comme ‘Mon enfant est en souffrance’. C’est vrai que cela peut manifester une difficulté, mais, la plupart du temps, le bébé ne fait que s'exprimer. Avec cette envie de trop bien faire, on suranticipe les besoins de l'enfant.
Le problème, c’est que cela ne lui permet pas de faire sa propre expérience. Or, pour s'endormir, il faut apprendre à se réguler. En voulant interrompre les pleurs au plus vite et faire que ça cesse, on empêche parfois le bébé de faire une expérience importante. Bien sûr, jamais je ne dirais à un parent de laisser son enfant pleurer plus de cinq-dix minutes. Mais l’idée est de laisser à l'enfant l'espace pour faire cet apprentissage, tout en restant disponible. En lui disant, par exemple, ‘Tu peux t'exprimer, mais c'est quand même le moment de dormir. Je pense savoir ce qui est bon pour toi, et c'est important que tu puisses dormir. Donc, on va mettre les choses en place. Peut-être que c'est compliqué pour toi, mais ça va aller’ ».