Crèche et école

Travail scolaire : comment rendre son ado autonome ?

Depuis plusieurs années, la Ligue des familles organise des ateliers et des webinaires pour venir en aide aux parents. Une de nos journalistes, dépassée par le début compliqué de son fils en secondaire, en a testé un. Compte-rendu.

C’est l’histoire du cordonnier le plus mal chaussé. Soyons honnête : en tant que journaliste spécialisée dans les sujets enfant, je pensais être armée pour faire face aux différentes épreuves traditionnelles de la parentalité. Erreur. Mon fils a fait son entrée en secondaire, et très vite, j’ai réalisé avec effroi que les résultats ne suivaient pas. Pourtant, d’emblée, nous l’avions inscrit à l’étude surveillée pour qu’il soit accompagné dans ce gros changement. Malgré cela, une pluie de (très) mauvaises notes.
Pourtant, il a travaillé. J’en suis témoin. J’ai même passé plusieurs heures par jour à le faire réviser ! Alors, non seulement notre méthode n’est pas efficace, mais en prime, elle est insoutenable : à ce rythme, nous serons morts avant la fin de l’année. Lui, étripé par une mère à bout de nerfs. Moi, d’épuisement ou de folie. Forcément, quand j’ai vu l’intitulé de l’atelier « Comment favoriser l’autonomie de mon ado dans son travail scolaire journalier ? » organisé par la Ligue des familles, je me suis immédiatement portée volontaire pour y assister. Mais sur mon front était écrit en gros : « Aidez-moi ! ».

Ensemble, on va plus loin

Mardi 20h. C’est via un lien vers une visioconférence que je rejoins l’atelier en ligne de Lorraine Lasserre. Sept autres mamans et un papa y assistent également. Lorraine se présente, elle est coach spécialisée dans le burn-out parental depuis dix ans. Sa méthodologie est basée sur la transmission d’outils et de stratégies différentes « à explorer, expérimenter, tester et observer. Car un enfant n’est pas l’autre. Et ce qui fonctionne pour vous peut ne pas fonctionner pour un autre ». Je me sens entre de bonnes mains.
Tour de présentation. Lorraine nous demande de mentionner notre prénom, le nombre de nos enfants, leur âge, nos attentes et, question plus déroutante, « si l’autonomie était un animal, lequel serait-il pour votre ado ? ». Cet échange me permet de réaliser que je ne suis pas la seule à vivre le cauchemar des devoirs. Que nous avons des enfants différents vu la joyeuse galerie d’animaux cités (parmi lesquels une poule, un flamant rose, un paresseux et une cigale), mais que nous partageons la volonté de les aider à devenir autonomes.

L’autonomie, un concept complexe

Lorraine donne une définition du concept d’autonomie, plus complexe qu’il n’y paraît, et mentionne les quatre clés nécessaires à son développement : la motivation, le climat de confiance, la gestion du temps et la confiance en soi. Quatre points ayant un impact circulaire, qui peuvent se développer tant en cercle vicieux que vertueux. « Mieux l’on saisit un concept, mieux l’on peut définir les actions nécessaires à mettre en place ». Selon Lorraine, l’autonomie est trop souvent considérée comme innée, or c’est une compétence qui peut s’acquérir et se développer.
Par le biais d’un slide, la coach rappelle ce qu’implique l’autonomie intellectuelle : savoir utiliser les ressources et les outils à disposition, comprendre la consigne, savoir travailler seul·e ou en groupe, savoir s’évaluer, savoir demander de l’aide, ne pas s’éparpiller, s’occuper de manière appropriée, avoir compris et appliquer les règles de vie, être persévérant·e, résoudre des situations problématiques, prendre des initiatives, ne pas avoir peur de se tromper, donner du sens à son apprentissage et s’engager dans une démarche. Oufti.
Nouveau tour de parole. Pour répondre aux questions suivantes : « Où en est votre enfant ? » ; « Que peut-il rajouter à son état d’autonomie ? » ; « Quels sont les avantages et inconvénients qu’il pourrait tirer à développer – ou non – son autonomie ? ». Je prends conscience qu’excepté dans le domaine intellectuel, mon fils est très autonome pour son âge. Cette pensée me réconforte. Et si je n’avais pas mesuré à quel point il était paumé dans ce bouleversement ? « Souvent, on observe ce qui manque, mais pas ce qu’il y a déjà, confirme Lorraine, En mettant en avant ce qui est déjà là, on va doper la confiance en soi. Quand ce pot-là est bien rempli, il sera plus facile d’entendre qu’il y a des choses à travailler ou à développer ».

« L’autonomie est trop souvent considérée comme innée, or c’est une compétence qui peut s’acquérir et se développer »
Lorraine Lasserre

Coach spécialisée

Réorienter l’énergie

Il n’y a donc pas une seule réponse, mais plusieurs. Le niveau d’autonomie fluctue, comme la motivation. Comment agir ? « En réorientant l’énergie où elle est présente ». La motivation est un enjeu personnel : « Si l’ado ne veut pas, c’est peine perdue : on n’y arrivera pas. L’idée est de lui donner une destination, un objectif ‘SMART’, entendez Spécifique, Mesurable, Acceptable, Réaliste et Temporellement défini ».
Concrètement ? Faire un contrat avec son ado pour que les choses évoluent vers une date définie, afin qu’il ose s’engager. « Plus c’est concret, plus l’objectif est clair, plus il/elle comprend et sait où avancer ». Lorraine Lasserre suggère également de rendre la matière vivante : « Lui dire, par exemple, d’aller trouver des ami·es qui sont passionné·es par les maths et leur demander pourquoi ; interroger un·e prof sur une matière non comprise ; demander à ses parents à quoi ça sert… ». Donner un sens à la tâche, pour la faciliter.
« L’action mène à la motivation », Lorraine Lasserre aime parler de « Motiv…action ». « Suggérez-lui de ne travailler que cinq minutes. C’est l’enclenchement qui est le plus difficile. Il est fort probable qu’il continue ». L’idée est de découper la tâche en morceaux, de la rendre plus petite, donc acceptable. C’est l’idée du PPPP : le « Plus Petit Pas Possible ». En accumulant plusieurs petites réussites, on remplit le pot de la confiance en soi. « Puis rappeler que la difficulté est une opportunité pour apprendre. Distinguons les erreurs des fautes. L’école est un lieu d’apprentissage, cela implique des erreurs ».
Lorraine nous invite à nous interroger sur notre culture familiale de l’erreur. Dorénavant, face à un échec, il serait intéressant de questionner son enfant : « Comment le vis-tu ? Et si on testait autre chose ? Comment peut-on y arriver ? Cela pour rétablir le climat de confiance, car toutes les intentions sont bonnes, mais est-ce que cela améliore la situation ? ». L’idée est de tester, discuter, échanger, créer quelque chose de différent. « Apprendre, c’est comprendre de ses erreurs ».
L’idée sous-jacente, c’est de lui donner le goût d’oser. Comment ? En encourageant les initiatives, en nommant le positif et en dosant notre aide. « Il faut le voir comme une danse à deux : être là quand son ado en a besoin, mais ne pas faire à sa place ».

Planifier et rectifier

Lorraine Lasserre évoque à présent les différentes lois du temps et les astuces à mettre en place pour le maîtriser : fixer une limite de temps, faire une tâche à la fois, commencer par le plus difficile, faire des pauses, entamer le plus pénible quand on est en forme (Note pour plus tard : penser à appliquer ces règles aux tâches ménagères !).
La coach présente sa to do list, « qui offre une vision globale » : un tableau A4 qui comporte l’intitulé du cours, la date à laquelle le devoir ou la leçon doit être réalisé·e, son descriptif, si le cours est en ordre, sa priorité, si une aide est nécessaire, le temps nécessaire et, point essentiel, la manière dont le prof va interroger.
« Avant même d’étudier, il faut pouvoir répondre à la question : ‘Où le/la prof m’attend ?’. Est-ce de la mémorisation, de la compréhension ou de la réflexion ? ». Tout ceci permet une planification avec un objectif personnalisé, réfléchi, équilibré, écrit et qui peut s’adapter aux imprévus. « Cela va donner du sens à son travail. On verra d’où on vient et où on va ».
Installer des routines de lieux et d’heures de travail est aussi un bon plan. « Le cerveau l’assimile et ça devient une habitude ». On y ajoute deux règles : faire tout ce qui prend moins de deux minutes et terminer tout ce qui est entamé. « Avec une meilleure organisation, on obtient une meilleure productivité. C’est donc motivant et rassurant ».
L’atelier s’achève par un dernier tour de parole. Les participant·es sont comblé·es et repartent « plein d’énergie ». Pour ma part, ce fut un bon rappel de pratiques… que je n’avais jamais pris le temps d’appliquer. Y’a plus qu’à.

VÉCU

Mise en pratique

Dès le lendemain, j’applique les premiers conseils : bureau pimpant et matériel à portée de main. Sur des post-it, j’invite mon fils à écrire ce dont il peut être fier. Réaction imminente : « Rien ». Fichtre, y a du taf.
J’apprends que certains de ses copains se moquent de ses résultats. Il fond en larmes : il veut qu’on arrête de le comparer. Mea culpa. Je le lui promets, et lui assure ma confiance en ses capacités. Le lendemain, il revient fier de l’école : « Je pense avoir 10/10 en sciences (en réalité 8,5 à cause de l’orthographe).
Premier bulletin : une hécatombe. Quasi que des échecs. Grâce à l’atelier, j’accueille avec tempérance ces résultats. Mon fils est étonné que je ne hausse pas le ton. Je relis avec lui chaque commentaire, et relève deux points principaux : sa maîtrise des savoirs (il ne doit plus attendre les évaluations pour se mettre au travail) et son attitude en classe (il doit arrêter les bavardages et être plus attentif).
Durant les vacances scolaires suivantes, nous établissons sa to do list : il devra lire douze pages de son roman pour le cours de français et révisera une matière chaque jour. Grâce au site alloprof.qc.ca, il teste ses connaissances. Cascade de bonnes notes. Je sens qu’il se prend au jeu. Il termine d’ailleurs fièrement son livre avec deux semaines d’avance et remplit avec plaisir la fiche lecture. Mieux encore : il veut emprunter un autre Agatha Christie à la bibliothèque ! Du jamais vu.
Mais alors qu’il est fin prêt pour son retour en classe, ce dernier est perturbé par une semaine de convalescence ! Branle-bas de combat pour obtenir la matière vue. Là, je réalise que suis… larguée : je n’ai rien compris à l’exercice de maths ! C’est lui qui, en riant, me l’explique. Le lendemain, en révisant une autre matière, il me balance « J’ai l’impression d’avoir Fred et Jamy à côté de moi ». Je lui réponds en AR-TI-CU-LANT à la Kaamelot : « C’est pas faux ». Avoir remis de la légèreté dans ce moment ardu est énorme. On est sur la bonne voie. Verdict au prochain bulletin.

BON À SAVOIR

Les ateliers des parents de la Ligue des familles

La Ligue des familles propose des ateliers des parents « Comment favoriser l’autonomie de mon ado dans son travail scolaire journalier ? ». Prochain rendez-vous mardi 20/02 de 20h à 22h.

En savoir +

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