Crèche et école
Votre jeune est en 1re ou 2e secondaire et vous ne savez pas bien comment faire pour le soutenir dans ses leçons et ses devoirs ? Le sujet est sensible et mérite quelques précautions.
« Si j’essaye de trop imposer, elle m’envoie balader, raconte Céline, maman de Clémentine, 14 ans, en souriant. Si elle est mal lunée, ça ne sert à rien non plus. Je dirais qu’il faut sentir quand le vent est favorable pour parler des sujets sensibles, comme celui de l’école ». À 13 ou 14 ans, le jeune est pris entre le désir de s’émanciper et le besoin d’être soutenu dans son travail scolaire.
« À cet âge-là, la contenance parentale est encore indispensable », souligne Aline Henrion, psychologue auprès d’ados au centre de guidance de Louvain-la-Neuve et auteure avec Jacques Grégoire d’ Adolescents et difficultés scolaires. Approche de la complexité (Mardaga). Pour savoir comment soutenir votre ado, le mieux c’est d’en parler avec lui. La première étape est donc celle du dialogue.
Tant qu’à bien dialoguer, autant le faire sous la forme de questions suggère Gaëtan Gabriel, coach scolaire formé en sciences de l’éducation et attaché à l’accrochage scolaire auprès de la Cocof. « Si le parent démarre sur un ton moralisateur en expliquant qu’il faut faire les choses comme ceci ou cela, l’ado ne pose aucune réflexion alors que c’est là tout l’intérêt : réfléchir à ce qui fonctionne bien pour lui ».
Un propos que complète Aline Henrion : « En définitive, ce n’est pas tant la matière qui compte, mais plutôt le fait d’accompagner le jeune dans sa réflexion quant au cadre d’organisation dont il a besoin ».
Dialoguer, co-construire et évaluer
En posant des questions à votre jeune, l’objectif est qu’il identifie comment il peut investir le temps après l’école et déterminer s’il travaille mieux assis ou en marchant, au calme ou avec de la musique, seul·e ou à côté de quelqu’un. Et s’il ne sait pas, ce n’est pas grave. Il peut fonctionner par essai-erreur. L’essentiel, c’est vraiment de l’accompagner dans cette réflexion pour éviter de transposer vos propres habitudes de travail. Pas de copié-collé donc, mais plutôt une co-construction.
La négociation est une autre modalité très porteuse avec cette tranche d’âge selon nos expert·e·s. Élise, maman de Noam, en 1re secondaire, l’expérimente depuis septembre. « Je regarde chaque jour son journal de classe via l’outil Smartschool. Je discute ensuite avec lui de son travail pour savoir comment il compte s’organiser. Ce qui est compliqué, c’est de gérer une charge de travail plus importante, je dirais environ le double par rapport au primaire. Et puis les enseignant·e·s ne se coordonnent pas toujours pour équilibrer cette charge. C’est là que c’est important de négocier pour décider de ce qu’il faut prioriser et le planifier dans le temps ».
Négocier suppose aussi de laisser le jeune agir à sa manière et de lâcher prise si ce n’est pas fait comme vous l’imaginiez. Alain, papa de Noam, a décidé de s’en remettre à son fiston pour l’examen de latin.
« Il me disait qu’il connaissait et n’avait plus besoin d’étudier. Je ne savais pas si c’était le cas ou si c’était de la fanfaronnade, mais j’ai décidé de lui faire confiance. Il a eu 78%, ce qui prouve que son impression était fiable. »
En fonctionnant de la sorte, Élise et Alain ont donné l’occasion à Noam de tester sa manière de travailler. Grâce aux résultats, ils ont évalué que ce mode de fonctionnement porte ses fruits. Et si ça devait changer par la suite, il est toujours possible de revoir le tir ensemble.
Jusqu’où accompagner ?
La grande question qui taraude le parent, c’est jusqu’où faut-il accompagner son jeune ? Pour certains, regarder le journal de classe suffit. Pour d’autres, cela passe par une vraie session de travail. À chaque tandem de trouver ce qui lui convient, mais, dans tous les cas, cela mérite d’être discuté et explicité.
Aline Henrion constate souvent que les choses sont trop implicites. « Le parent doit poser des balises et donner des points de repère à l’ado, du type ‘Tu peux compter sur mon aide jusqu’à 20h, mais, après, c’est trop tard pour moi’. Il y a beaucoup de présupposés entre le jeune et son parent. C’est le fameux ‘Je pense que vous pensez qu’ils pensent’. Mais si ce n’est pas formalisé, cela peut être mal vécu. Plus on en parle, plus on explicite, plus c’est clair, mieux ça roulera ».
C’est d’autant plus vrai que la temporalité diffère entre votre jeune et vous. À 20h passés, pour vous, il n’est plus l’heure de réviser. Mais pour lui, c’est à ce moment que tout commence. La pression monte et il se concentre mieux. Pour qu’un refus ne soit pas vécu comme une injustice, fixez vos limites et formalisez-les.
Céline l’a compris et mis en application. « Un soir, Clémentine a déboulé dans le salon après le souper pour qu’on recherche ensemble une vidéo qu’elle aurait aimé présenter en complément de son exposé. Elle connaissait déjà son texte par cœur, son panneau était prêt, mais elle voulait encore améliorer. J’aurais voulu qu’elle me sollicite plus tôt. J’ai dit non, c’est trop tard pour moi ».
Au-delà de la méthodologie, chaque ado doit trouver par lui-même sa meilleure façon de travailler
À l’inverse, Manue a dû apprendre à lâcher sa fille aînée, Laïs aujourd’hui en 3e secondaire. « J’étais trop impliquée dans son travail scolaire, à un point que je prenais congé les veilles d’examens. Avec le recul, je pense que c’est parce que c’était mon aînée. Je voulais faire pour un mieux mais du coup je lui ai mis et je me suis mise une pression terrible. Il a vraiment fallu un déclic pour que je réalise que c’était son travail et pas le mien. Comme elle travaillait dans la cuisine pendant que je cuisinais, ça n’aidait pas non plus. Du coup, je lui ai proposé d’étudier dans sa chambre pour avoir aussi un éloignement physique avec son travail ».
« On fait tout pour l’amener à l’autonomie, explique Élise. En tant qu’enseignante, je me rends compte que beaucoup de parents tiennent leurs enfants en primaire et puis les lâchent en secondaire. Mais l’autonomie suppose un accompagnement entre les deux. Avec mes élèves, je constate des parents super impliqués qui font avec ou même à la place de leur ado. Ce n’est pas leur rendre service parce que du coup ce n’est pas l’accomplissement du jeune et il risque de se désinvestir. »
Concentré vs connecté
Aline Henrion se montre toujours très prudente avant de donner des conseils quant à la méthode de travail. Son expérience lui a montré que c’est à chaque jeune de définir le cadre qui lui convient. À nouveau, elle suggère d’amener le jeune à réfléchir à ce qui fonctionne bien pour lui, à le tester et à en tirer des enseignements.
Gaëtan Gabriel voit passer dans ses consultations beaucoup de jeunes qui ne font pas toujours la différence entre le temps de travail réel et le temps de travail parasité par les pensées et les applications de leur téléphone. « Ce qui est important, c’est que le jeune puisse estimer le temps où il parvient à rester bien concentré. Mieux vaut travailler par séquences de vingt minutes efficaces que deux heures d’affilée inefficaces. On peut entraîner le cerveau à travailler intensément sur de courtes durées et à les alterner avec de vraies périodes de repos ».
Si la qualité prime, pour l’atteindre, encore faut-il rester concentré. Et à ce niveau, le smartphone peut être une vraie nuisance. La tentation est énorme de le consulter à la moindre notification. Et y résister peut aussi mobiliser énormément d’énergie. « Les réseaux sociaux accaparent fortement l’attention. L’idéal serait d’amener le jeune à le constater. Alors on a tout gagné », souligne Aline Henrion. Et si rester loin de son mobile est trop difficile, alors autant l’utiliser efficacement. Pour rester concentré, Gaëtan Gabriel recommande les applications Forest et Pomodoro Timer et pour se déconnecter : Offtime ou AntiSocial.
Céline et Clémentine ont trouvé un bon compromis. « Je suis contre la 4G, car c’est la porte ouverte à plein de sollicitations. Quand elle rentre de l’école, elle prend son goûter et un temps pour regarder son GSM. Quand elle monte travailler dans sa chambre, elle le dépose sur mon bureau ».
LES CONSEILS DE NOS EXPERT·ES
Évitez de transposer ou de projeter vos craintes
Marquez de l’intérêt au-delà des résultats scolaires à travers des questions précises qui l’aideront à parler : « Qu’est-ce qui t’a le plus intéressé aujourd’hui à l’école ? Qui sont vraiment les bons potes avec qui tu aimes être ? Y a-t-il un chouette prof en particulier ? », le jeune sera plus enclin à se livrer.
EN SAVOIR +
Trop perfectionniste, mon, enfant ?
Des parents s'inquiètent également pour leurs enfants trop perfectionnistes. Cela pose la question du pourquoi. « Qu’est-ce qui fait que tu investis autant d’énergie dans l’école ? Est-ce une manière de te rassurer dans un contexte anxiogène ? De détourner ton attention du fait que tu n’as pas trop de copains ? Par esprit de compétition ? », voilà les questions que pose Aline Henrion.
Gaëtan Gabriel suggère aux ados d’établir un « tableau des consommations énergétiques » pour voir combien d’énergie leur travail leur prend et estimer comment trouver un équilibre pour introduire d’autres choses qu’ils aiment.
« Dans la tête, on a plein de petites voix qui nous disent : ‘Tu dois’, ‘Il faut’, j’amène le jeune à observer ces voix et à en faire un petit personnage qu’il peut nommer. Cela va l’aider à prendre conscience de la place qu’il prend d’une manière extérieure. Et je l’invite progressivement à faire le choix entre obéir à la petite voix ou décider de ne pas la suivre pour prendre un temps de repos ou faire une activité qui lui plaît. Ça fonctionne très bien avec tous les âges. »
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