Loisirs et culture

Une jeunesse sur le fil du rasoir

Vincent Zabus explore l’adolescence, entre mal-être et relations difficiles

Dans La semaine où je ne suis pas morte, Vincent Zabus explore l’adolescence, entre mal-être et relations difficiles. Une BD sensible à partager entre parents et ados.

Vincent Zabus est un scénariste précieux. Son talent d’écriture se déploie avec une sensibilité à fleur de peau. Ses personnages sont riches. De contradictions. De ressentis. À l’image de la vie, ils sont complexes. Ici, c’est Juliette qui se livre à nous. Une ado. Mal dans sa peau. Avec un sentiment de différence qui l’isole et parfois la rend agressive. Avec un défi au quotidien dans ses relations aux autres : « Je souffre d’être seule, mais je ne supporte plus les gens ».
À l’origine de cet album, un spectacle en ligne écrit par Vincent Zabus pendant le covid à la demande du BIJ, le Bureau international de la jeunesse. Celui-ci ne pouvait plus envoyer de jeunes à travers le monde, d’où cette initiative. À chaque « représentation », le public était constitué d’une classe belge et d’une autre à l’étranger (Sénégal, Corée du Sud…).
 « Je me suis rendu compte que l'histoire marquait les jeunes dans les débats qui suivaient, explique Vincent Zabus. Il y avait plein de questions sur l'identité, la différence, la sauvagerie de la nature. L'épisode du harcèlement suscitait aussi des discussions. Je me suis dit que ça valait la peine de creuser et d'amplifier le récit. »
Exit le covid, qui était intégré dans la première histoire. « J'en ai gardé la conséquence qui était l'isolement, la solitude. On voit bien les dégâts que cela a entraînés sur la santé mentale des jeunes, ça m'a beaucoup marqué. Cet élément a renforcé ma conviction que c'était un sujet qui valait la peine d'être poursuivi, notamment via une adaptation en BD ».
Pour le dessin, l’éditeur propose Sara del Giudice, jeune autrice de 25 ans, dont le trait élégant, créatif et efficace sert à merveille le récit du scénariste namurois. « Les gens pensent que c’est la dessinatrice qui a écrit l'histoire. On n'a pas l'impression qu'il y a un gars derrière. Pour moi, c’est une forme de compliment. C'est que j'ai réussi à me mettre dans la peau de Juliette. Et le fait d’avoir ce dessin-là donne comme l’impression que c’est Juliette qui dessine l’album. Tout cela est cohérent, porteur ».

Un écho chez les ados et les parents

Dans ce roman graphique, les relations entre les personnages prennent des chemins de traverse. Le dessin s’invite ainsi en mode de communication. L’écriture aussi. Juliette est plus à l’aise dans ces façons de créer du lien que dans la prise de parole classique. On épinglera toutefois les merveilleux dialogues de l’adolescente avec sa maman. Tout en finesse et en observation psychologique.
« Juliette, avec toutes les questions qu'elle a dans sa tête, est assez confrontante, comme peuvent l'être pas mal d'ados. Quand j'écris ce genre de scène, je vois à l'intérieur de moi, j'essaie d'incarner tous les personnages. Je me suis mis à la place de cette mère, veuve, qui fait tout toute seule. Elle a envie de discuter avec sa fille et ne sait pas trop comment la prendre. Je voulais montrer cela, cette difficulté qu’a l’adulte à rester parfois en phase, ce moment où il cherche à se réajuster pour pouvoir se mettre en communication avec son ado. »
Dans ces scènes, il y a fort à parier qu’adolescent·es et parents trouveront écho. C’est d’ailleurs un peu l’ambition de Vincent Zabus, que les deux publics s’y retrouvent, entre épisodes plus tendus et moments plus tendres. Le mal-être des jeunes est une thématique qui inspire l’auteur, à un point tel qu’il a deux autres projets en préparation.
« Quand j’écris une histoire, j'écoute, je lis plein de choses. Dans ce cas précis, j’ai beaucoup parlé avec des amis qui ont des enfants… Quel avenir peut-on leur proposer ? Avec le réchauffement climatique, la montée des extrêmes droites et les guerres à nos portes… On ne sait pas où va l'humanité à moyen terme. Quand on a 18, 20 ans aujourd'hui, c'est bien différent des perspectives que j'avais à cet âge-là. Il y a de vraies questions philosophiques, derrière. Cette réflexion a amené beaucoup d’idées. Résultat, j'ai développé deux autres récits qui sont au stade de synopsis et pour lesquels j'ai déjà des dessinateurs. Reste à trouver l’éditeur… »