Développement de l'enfant

Votre bébé, c’est votre repère !

Les parents disent qu’avoir un bébé, cela les a changés

« Quand mon bébé était encore dans mon ventre, je me disais que je devais absolument profiter des derniers moments où je n’avais pas cette folle responsabilité par rapport à un enfant. Puis, Dounia est arrivée et elle est, en effet, devenue mon évidence, plus rien n’est plus comme avant. » « C’est incroyable, je n’étais pas très bébés et, maintenant, dès que j’entends un petit pleurer dans un magasin et que son parent ne réagit pas, cela m’est intolérable. » « Je ne supporte plus les émissions qui parlent d’enfants maltraités. » « Je suis furieuse quand, dans des espaces publics, les autres ne font pas attention à mon enfant… »

Oui, les parents disent qu’avoir un bébé, cela les a changés. Comme si, pour certains en tout cas, ils devenaient une autre personne : plus sensible, plus réactive… Leurs pensées, leurs préoccupations, leurs points de repère temporels, leurs rapports aux autres, leur couple se sont transformés.

Des changements, côté femme et côté homme

De fait, la responsabilité énorme que vous avez depuis sept mois à l’égard de votre bébé fait qu’il est impossible qu’il en soit autrement. « Cette question de la responsabilité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, est tellement fondamentale, puissante, omniprésente que les parents se demandent tout le temps s’ils font bien les choses pour leur bébé, s’ils lui apportent ce qu’il faut, s’il est dans de bonnes conditions pour grandir, s’ils ne le "traumatisent" pas non plus », souligne Reine Vander Linden, psychologue en périnatalité. Les mamans ressentent et expriment tout particulièrement ce bouleversement. Leur bébé, c’est leur repère ! Du matin au soir et du soir au matin, même quand il n’est pas auprès d’elles, elles anticipent, organisent, planifient pour lui, en fonction de lui.

Vous, la maman, mais aussi vous, le papa, vivez et percevez les choses à travers le prisme de votre bébé

Ces pages sont-elles, dès lors, spécialement destinées à vous, mesdames ? Elles vous concernent, mais pas seulement ! Elles sont aussi pour vous, messieurs. « Les femmes qui, habituellement, sont le plus souvent en présence du bébé vivent toutes ces transformations à la puissance 25 ! Les hommes aussi les connaissent, mais comme ils sont plus à distance ou en recul, les changements sont moins directement perceptibles chez eux. Leur questionnement se décline différemment. Ils vivent les choses avec moins de stress ou de contraintes », observe Reine Vander Linden.

À chacun son petit bilan…

Et si vous faisiez un petit bilan des changements opérés en vous ?

  • Les événements qui concernent votre bébé – le retour de la maternité, la fin de l’allaitement, l’entrée à la crèche, sa première panade, sa dernière bronchiolite… – s’inscrivent-ils naturellement, spontanément comme des repères dans votre temps ?
  • Votre organisation pratique s’élabore-t-elle essentiellement en fonction de votre bébé ? Des indices ? Le contenu du frigo reflète rigoureusement ses menus de la semaine à lui. Au travail, fini de faire des heures sup ou de papoter un brin avec les collègues en fin de journée : votre petit loup vous attend à la crèche ! Quant aux sorties en famille ou avec les amis, elles s’adaptent à lui, histoire de ne pas trop malmener ses rythmes (l’heure des repas, l’heure du bain, l’heure du dodo…).
  • Vos relations se sont-elles réorganisées ? Certains de vos amis se sont éloignés parce qu’ils n’étaient pas dans la même expérience que vous. « Ma meilleure amie a pris de la distance car elle prétend que mes préoccupations ne rejoignent plus les siennes, elle en a marre que j’évoque autant mon bébé », raconte une jeune maman. « J’ai perdu ma meilleure amie, elle râle sur moi parce que j’ai un enfant, elle aimerait tant en avoir un mais ça ne vient pas », témoigne une autre. Vous refusez aussi pas mal de propositions de sorties pour cause de grande fatigue… excuse « incompréhensible » aux yeux de ceux qui ne sont pas (encore) parents !
  • Vos priorités ont-elles un peu ou fondamentalement changé ? Quelles sont-elles ? La famille et/ou le boulot… ? La compétition, la solidarité, la domination, la coopération, la créativité, l’épanouissement personnel… ?
  • Votre sensibilité et votre émotivité ont-elles évolué ? Comme c’est le cas pour ces parents : « Je n’ai plus de filtre par rapport aux événements qui arrivent à des enfants », « Les reportages avec des enfants en difficulté me prennent aux tripes »…
  • Enfin, votre sexualité s’est-elle modifiée ? Beaucoup de couples en font le constat et parlent d’une diminution du désir sexuel. La préoccupation pour l’enfant est tellement forte, et la fatigue tellement ravageuse, que la vie sexuelle est en stand-by.

Parent trop présent, trop détaché ?

Vous vivez et percevez les choses à travers le prisme de votre bébé. Votre proximité avec lui amène peut-être chez vous un tas de questions. Et Reine Vander Linden d’en décliner quelques-unes : « Suis-je à même de dire si notre relation est bonne, si je réponds valablement à ses besoins, si je mets tout en œuvre pour soutenir et favoriser son développement ? Ne suis-je pas trop proche de mon enfant ? Est-ce que je ne l’étouffe pas trop ? Dois-je davantage faire place à d’autres adultes pour s’occuper de lui : son papa, ses grands-parents, sa marraine… ? Suis-je une maman, un papa, un parent assez présent, trop ou pas assez confiant, trop angoissé, trop craintif, trop détaché, trop passif, trop stimulant ? Puis-je me fier à mes intuitions ? Ces questions vous tracassent-elles… jusqu’à vous hanter ? Si elles vous traversent, sachez que ce ne sont pas que les vôtres : beaucoup de parents se les posent. »
« Se questionner est moteur de créativité, mais si la machine s’emballe, elle peut apporter son chapelet de doutes qui créent de l’insécurité au cœur de la relation à son bébé. La machine s’emballe quand, par exemple, une maman a besoin d’être à côté de son bébé pour se sentir en sécurité mais qu’elle s’en veut d’être trop proche de lui : elle culpabilise mais ne sait pas faire autrement… Alors, il ne faut surtout pas rester seul avec ce malaise, mais le partager avec quelqu’un en qui on a confiance ou chercher l’aide d’un professionnel. Tous les parents ont en eux les ingrédients pour être compétents. »

ZOOM

En continu sur le pont

La présence de l’enfant impose sans cesse à sa maman, à son papa de prendre à son sujet des décisions en une fraction de seconde. « La plupart du temps, la maman est seule à devoir se positionner quand son enfant la sollicite. Comme le papa l’est quand il se retrouve face à lui. C’est ce que le pédopsychiatre Daniel Stern a appelé "la responsabilité parentale ultime" », explique Reine Vander Linden.
Cette expérience de l’hyper-responsabilité ne s’atténue pas parce que l’enfant grandit. « Seulement, au fil des mois, elle se décline différemment, nuance la psychologue. Elle ne porte plus sur "Est-ce que je donne à manger à mon bébé maintenant ou après ?", mais bien sur "Si je le dépose là, ne risque-t-il pas de tomber ?", "Va-t-il tenir si je le mets sur sa chaise ?", "La puéricultrice sera-t-elle toujours là si j’arrive en retard à la crèche ?", "Je devrais imaginer un plan B pour le récupérer si ma réunion dure plus longtemps que prévu"… »
« Il y a hyper-responsabilité parce qu’en continu, on est préoccupé par des questions d’organisation, qu’on s’inquiète pour la sécurité immédiate de l’enfant, qu’on se demande comment réagir s’il fait une colère ou de la fièvre… Cette hyper-responsabilité entraîne de la fatigue. C’est une expérience qui n’est pas celle des non-parents. Ceux-ci peuvent toujours se dire : "Pendant une après-midi, basta, j’envoie tout bouler !" C’est impossible pour un parent ! Et même s’il confie son enfant à un proche en qui il a confiance, il doit organiser la chose », assure Reine Vander Linden.

LES PARENTS EN PARLENT…

Grande première
« Depuis la naissance de Simon, nous n’étions jamais sortis au resto. J’ai concocté une petite soirée avec mon compagnon et j’ai fait appel à ma sœur pour qu’elle vienne garder Simon. C’est une grande première donc, vu que je n’ai jamais lâché mon bébé jusqu’à maintenant. Mais je ne suis pas tranquille parce que ma sœur ne fonctionne pas comme moi : je suis très réactive quand Simon pleure ; ma sœur, elle, aurait plutôt tendance à le laisser pleurer un peu avant d’aller voir ce qui ne va pas. Cela m’inquiète qu’elle ne réagisse pas comme je voudrais s’il est en difficulté. Je n’aurais jamais imaginé que je puisse être aussi attentive à mon bébé… »
Jessica, maman de Simon

« Je ne me reconnais plus… »
« Avant, je croyais que quand on avait un enfant, on devenait mère en plus, comme si cette nouvelle identité s’ajoutait à celle qu’on possédait déjà. Depuis que Lilou est née, je me rends compte que ce n’est pas cela du tout. Son arrivée a entraîné ma refonte totale. Je comprends que certaines femmes s’y perdent… À force d’être centrée à 200 % sur Lilou, je suis sans interruption dans le ressenti, dans l’émotion, dans l’intuition, dans le moment présent. Cela change du rationnel et de la planification qui me caractérisaient avant. Je ne me reconnais plus. Parfois, cette nouvelle personne me plaît, parfois, elle me fait peur. Je la sens plus humaine, très vulnérable aussi… »
Marie, maman de Lilou