Loisirs et culture
Dans cette BD, à l’origine un roman, Isabelle Bary évoque un enfant HP, enfant à haut potentiel, surdoué, précoce. On découvre les caractéristiques de Marty et les difficultés quotidiennes qu’elles entrainent dans les relations de l’ado avec ses ami·es, sa mère et ses professeur·es.
Au départ, Zebraska est donc un roman. Cette œuvre littéraire sensible a d’abord été publiée en 2014 aux éditions Luce Wilquin. Puis est ressortie dans une version poche, revue et augmentée (J’ai lu, 2020), ce qui la rend accessible au plus grand nombre et notamment dans les écoles.
Une BD intergénérationnelle
La BD, scénarisée par Isabelle Bary et Corbeyran, est dessinée par Ludo Borecki. Fidèle au roman, elle nous permet de retrouver Martin, alias Marty, 15 ans. Le soir de Noël 2055, il reçoit un cadeau bizarre de sa grand-mère : un livre. Un objet du passé ! Quelle idée, alors qu’en 2055, on est passé aux tablettes et lunettes holographiques et que plus personne ne lit sur papier ! Dès les premières pages, ce bouquin le chamboule… L’histoire, c’est sa grand-mère Mamiléa qui l’a écrite. Elle est dédicacé à son zébron de petit-fils. Elle est intitulée… Zebraska (une jolie mise en abyme qui revient dans la BD où il apparaît sous la couverture de la version poche J’ai lu). Zebraska, Zébron, pour petit du zèbre !
C’est une psychologue française, Jeanne Siaud-Facchin, qui a introduit ce terme de zèbre pour nommer autrement les HP. En effet, difficilement apprivoisables, ils se fondent dans la masse tout en se distinguant par des caractéristiques propres. Avec le récit de la grand-mère, on est ramené dans les années 2010. L’aïeule évoque les difficultés qu'elle a connues, jeune mère, avec Thomas, le père de Martin, une autorité énigmatique et indéchiffrable pour son fils.
Le récit est ainsi intergénérationnel, alternant deux époques dans un étonnant jeu d’aller-retour spatio-temporel habilement rendu dans la BD par des fonds et des cadres foncés pour évoquer les années 2050 et des fonds blancs classiques quand la grand-mère nous raconte son vécu assez douloureux avec son fils, début du XXe siècle. Comparant le nouveau monde et l’ancien monde disparu après une Grande Bascule intrigante, la BD se veut également fable futuriste, mais c’est une autre histoire qu’un deuxième tome devrait développer...
Le quotidien familial d’un HP
Zebraska utilise tous les ressorts de la BD. Les dialogues sont notamment utilisés pour rendre vivants le vécu de la jeune mère avec Thomas, son enfant HP, et celui de Marty, jeune adolescent qui en apprend énormément sur ces enfants extra-ordinaires. Dotés d’aptitudes intellectuelles qui dépassent la moyenne (plus de 130 de Quotient Intellectuel), leur questionnement est sans limite.
Des scènes bien campées exposent l’hyperémotivité de l’enfant, son sens de la justice démesuré, son humour particulier, sa difficulté à entendre les consignes. Conscient de sa différence, il se sent incompris et trouve difficilement sa place, en particulier à l’école. Remise en question permanente, peur du regard des autres, angoisse, il souffre intérieurement et fait éclater sa révolte, souvent de manière injuste. La maman de Thomas ne peut réprimer sa tristesse, sa culpabilité, sa propre colère accompagnée de mots malheureux. Marty, lui, est perturbé par la description faite de son père enfant et ne parvient pas à se faire comprendre de son meilleur ami Scotty et de sa copine Louna. N’aurait-il pas hérité du caractère hors normes de son père ? Peu à peu, grâce à leur écoute, il parvient néanmoins à confier ses tourments et interrogations.
Au-delà de ces salubres et très actuels constats sur les enfants à haut potentiel, la BD tisse à travers leur quotidien une analyse pénétrante, tout en finesse et teintée d’humour, voire d’autodérision, sur les rapports parfois épineux entre les parents et ces enfants doués de facultés inhabituelles, éprouvés par leur propre différence. Le récit, émouvant, truffé de tendresse et de bienveillance, livre cette histoire de manière très sensible. Il devrait contribuer à changer notre regard sur les enfants à haut potentiel et à reconnaitre leur singularité.
EN PRATIQUE
- Zebraska, tome 1 : Un garçon pas comme les autres (Dupuis), de la romancière Isabelle Bary, entourée du scénariste Corbeyran (Le chant des Stryges) et du dessinateur Ludo Borecki du Studio Peyo (La vie compliquée de Léa Olivier). L'adaptation en BD fait partie d'un projet scolaire (secondaire) intitulé Zebraska, une BD pour (re)donner le goût de lire aux ados. Chaque tome du diptyque est complété par un dossier pédagogique destiné à susciter le dialogue, en famille comme en milieu scolaire.
- La BD est destinée aux parents et ados à partir de 12 ans.
- Le second tome, Le secret de la Grande Bascule, paraitra en septembre 2026.
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