Santé et bien-être
Si nourrir un enfant n’est jamais chose aisée, dès l’adolescence, ça devient de la haute voltige. Les ennemis sont nombreux : la malbouffe, les habitudes compulsives, le grignotage, les fausses infos… Mais le combat n’est jamais perdu. À force de temps, de patience et de persévérance, il existe tout un tas de petits trucs pour redresser la barre. Fini de déguster, vous allez vous régaler. Tour d'horizon avec Annie Xhonneux, diététicienne pédiatrique.
Chez les jeunes, la notion de plaisir prime sur tout. Mais les parents, eux, veulent assurer une bonne alimentation à leurs enfants pour leur permettre un développement optimal. De là peuvent naître des comportements un peu monomaniaques chez les gamins qui vont privilégier tout ce qui leur plaît, en gros le gras et le sucré. À surveiller évidemment, puisqu’un ado en excès de poids est bien sûr en mauvaise santé et risque de garder son surpoids à l’âge adulte.
Ce n’est pas un conflit
« On voit souvent des ados qui ont des lubies alimentaires. Qui ne vont manger que des céréales, par exemple. Au-delà de l’excès de sucre et de gras, dans ce genre de cas, le risque, c’est la déstructuration de l’alimentation et des carences en nutriments essentiels (fer, vitamines B12 et C, calcium). On mange n’importe quoi, n’importe comment, on ne prend plus les repas à table. Sur ce point-là, les parents ne doivent jamais baisser les bras, ils doivent montrer que le repas peut être un moment d’échanges, notamment autour de la nourriture. C’est important de maintenir le contact. J’insiste sur le fait que ça ne doit pas être un moment de conflit. Aux parents de donner le bon exemple. Si on mange devant la télé, avec une bouteille de soda, de façon non équilibrée, l’ado reproduit ça.
Dealez !
Et pourquoi pas un bon compromis à la belge ? Un petit deal, oui. Mais surtout, expliquez pourquoi, quelle est la bonne fréquence, la bonne quantité par rapport à ses activités, ses besoins. Voici quelques exemples à appliquer :
- Un bon petit déjeuner se fait à base de pain. Pourquoi ne pas négocier une tartine avec une garniture variée, type confiture, fromage ou jambon. Et si c’est respecté, en contrepartie, on autorise une fois par semaine un peu de cette célèbre pâte chocolatée ou du beurre de cacahuète.
- Au dîner. Se méfier de tout ce que l’on peut trouver aux abords de l’école. En cause, tous les sandwichs bourrés de mayonnaise. Là encore, il est possible de définir une fréquence. Un repas équilibré chaque jour de la semaine à base de sandwich baguette ou miche grise maison, comme on dit à Liège, dans lequel est glissé tout un tas de crudités et de garnitures variées et un fruit comme dessert. Le tout contre un dürüm par semaine avec les copains entre deux activités sportives.
- Le goûter est un repas trop souvent oublié par les parents. En fonction de la dépense physique, un simple fruit ne fera pas l’affaire. Pourquoi pas un peu de muesli, un riz au lait, un pudding, une tasse de lait chaud avec du cacao, bref, un en-cas plein de sel minéraux et de calcium. À adapter en fonction des besoins et des goûts. Quant aux sodas ou autres jus sucrés, difficile de les interdire. Par contre, vous pouvez les limiter à un verre par jour, celui du goûter, en faisant promettre à l’ado qu’il ou elle ne grignotera pas jusqu’au souper.
- Au souper, bien assis autour d’une table, on commence par un bol de soupe et une assiette variée avec légumes, féculents, protéines (dont du poisson une ou deux fois par semaine). Et le week-end, vous pouvez autoriser une petite soirée burger ou pizza le week-end devant un bon film familial.
Gare aux faux amis
Évidemment tout ceci, c’est dans le meilleur des mondes. Aux parents qui nous lisent et qui sont très loin du compte, ne frémissez pas. Tous ces changements ne peuvent se faire en une fois. Observez simplement quelques règles simples et procédez par un ensemble de petits objectifs palpables : que des fruits soient consommés le plus possible, qu’il y ait de l’eau à table, que le petit déjeuner devienne obligatoire. Une bonne alimentation passe par une bonne qualité de vie faite de mouvements et de bonnes nuits.
Gare aux faux amis, soit tous les sites qui proposent des régimes miracles dont les ados sont friands. « Si je bois de l’eau à outrance, je vais purifier ma peau ». Non. Boire trop, ça ne se justifie pas et peut même être source de troubles digestifs, entre autres. Aux parents donc d’être attentifs à tous les excès possibles. Et surtout qu’ils n’hésitent pas à consulter des professionnels de la santé. Pour un jeune, il est parfois plus facile d’entendre le discours d’un professionnel que celui de ses propres parents. Une façon de remettre l’église au milieu du village.
LES PARENTS NOUS EN DISENT PLUS
« Tout se marchande »
Je dois avouer que je fais partie des parents qui font du chantage depuis toujours autour de l’assiette. En gros : des brocolis contre des crasses, des frites contre une marche de plusieurs heures, un fast-food contre quelques corvées. Croyez-moi, j’ai honte. Mais ça marche tellement bien…
Émilie, maman de deux ados de 12 et 13 ans
« Vive la déstructuration »
Quand la nutritionniste parle de déstructuration alimentaire, j’ai l’impression qu’elle décrit notre situation. Nous n’avons pas mangé autour d’une table depuis deux ans. Mais, curieusement, on mange plus sainement devant la télé avec un plateau-repas de légumes vapeur et du poisson, par exemple, qu’à table où l’on s’empiffre pendant des heures. La déstructuration raisonnable, c’est possible ?
Maëlle, maman solo de deux ados de 15 et 19 ans
« Les bonnes mauvaises légendes »
Ma fille est persuadée que le brocoli contribue à la santé des cheveux. Elle l’a vu sur un site de bien-être un peu bidon. C’est une fausse croyance, mais je peux continuer à la bercer d’illusions, non ?
Udo, papa de quatre enfants dont une ado de 16 ans
EN SAVOIR +
- cede-nutrition.org : le portail des diététiciens francophones.
- UPDLF : un site qui propose plein d’infos très pratiques.
- mangerbouger.fr : plein d’astuces et d'infos à picorer en famille.
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