Société
Un mardi de mai, à l’Antre du jeu à Marcinelle, un lieu de rencontre enfants et parents mis en place par la commune de Charleroi. Trois habitué·es témoignent de ce que ce lieu représente dans leur vie de (grands-)parents.
Comme tous les mardis, Constantino est à l’Antre du jeu, accompagné de Roméo, son grand-père. De part et d’autre d’une barrière, petit-fils et grand-père s’amusent. Un coup, ils se cachent. Un autre, ils se montrent. Ce jour-là est un jour spécial pour l’enfant, c’est son anniversaire, il a tout pile 1 an.
Il fréquente le lieu depuis huit mois, c’est dire s’il le connaît. C’est surtout dans l’espace dédié aux plus petit·es que Constantino fait ses armes. Ses plaisirs du moment ? Se hisser à la barrière à la force de ses toutes jeunes gambettes ou avancer à l’aide du petit chariot en bois dans l’espace mobile. Ici et là, il vaque à ses occupations sous l’œil attentif de son aïeul.
« L’endroit est super. L’infrastructure permet vraiment de le faire évoluer, on n’a pas autant de matériel à la maison, surtout en tant que grand-parent », explique Roméo. De retour dans les bras de son grand-père, Constantino s’agite et croise les mains. « C’est le signe qu’il est fatigué. Il est temps de rentrer ».
Un pas vers l’école, un pas vers les autres
Un peu plus loin, Haroun joue avec sa maman. Âgé de 2 ans, le petit garçon a aussi ses habitudes et vient ici les mardis et mercredis. « Au début, il était timide, il pleurait et restait collé à moi », explique sa maman qui s’excuse pour son français approximatif. Le lieu de prédilection d’Haroun, c’est l’espace de psychomotricité avec le toboggan et la piscine à balles.
Comme Haroun ne fréquente pas de crèche, cet espace lui sert de lieu de sociabilisation. Cela fait un an que le duo mère-fils fréquente l’Antre du jeu. Une préparation importante aux yeux de la maman qui espère ainsi ne pas reproduire la relation trop fusionnelle qu’elle a pu avoir avec son fils aîné. « Ça a été très difficile de commencer l’école pour le plus grand. Il ne parlait pas et était très renfermé. Il a 7 ans, maintenant, il voit une logopède et ça va mieux ».
Autre facteur de motivation pour cette maman arabophone : l’apprentissage du français. Garage, visseuse, toboggan, vélo… De nouveaux mots qu’Haroun et sa maman découvrent aux côtés des accueillantes. L’une d’elles, Teresa, précise : « C’est toujours maman qui accompagne Haroun, mais c’est papa qui appelle pour vérifier que l’espace est bien ouvert et qui les conduit. Il reste dans le véhicule utilitaire garé juste devant. Handicapé physique, il a des difficultés à se déplacer jusqu’à l’espace ».
Une bouffée d’air pour le parent comme pour l’enfant
Sur ces explications, la cloche de la porte d’entrée retentit. C’est Inci, une autre habituée, qui fait son entrée avec sa petite dernière dans les bras. Un retour après une année et demi d’interruption pour cette maman.
« Je suis venue ici avec Diana, ma fille ainée, quand elle avait 1 an. Je ne travaillais pas et on était très fusionnelles. J’avais envie que ma fille puisse s’ouvrir à d’autres personnes que moi en douceur, sans être houspillée ou jugée par la famille qui la trouvait trop peu sociable. »
Progressivement, mère et fille ont apprivoisé le lieu. « Je venais ici tous les jours, j’y ai tissé des liens d’amitié avec deux mamans que je vois encore aujourd’hui. Ça m’a fait un bien fou de sortir de chez moi, de parler avec d’autres adultes, et plus en mode gaga ».
L’espace disponible avait aussi séduit Inci, qui se sentait à l’étroit dans sa petite maison sans jardin, ni terrasse. « Dès que le temps le permettait, on sortait. J’ai vu une nette différence dans le comportement de ma fille, elle se dépensait et elle était beaucoup moins irritable en fin de journée ».
Mais ce qui a marqué cette maman, c’est la manière dont sa fille a pu s’épanouir et gagner en autonomie. « Au début, elle se postait dans une voiturette et n’en bougeait pas pour observer tout le monde. Je devais rester à côté d’elle, ce qui n’était pas très marrant. Puis, au fur et à mesure, elle a commencé à s’éloigner avec la petite voiture, à passer d’une pièce à l’autre, à tester les limites, jusqu’à jouer avec d’autres enfants dans une autre pièce ».
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