Développement de l'enfant

Chez vous, ça se passe comment avec les écrans ?

Témoignages de parents autour des écrans

À l’occasion d’une après-midi entre ami·es, on a lancé à la cantonade la question posée dans le titre. Le débat s’est vite nourri des expériences de chacun et chacune.

À peine évoquée, la perspective d’une discussion sur les écrans fait naître un sourire sur le visage de Justine. Il y a une heure à peine, le sujet était justement sur la table familiale. « Notre grand est rentré d’une activité de réalité virtuelle sans même dire bonjour, en réclamant immédiatement son heure d’écran, comme un dû. On a tout de suite remis les points sur les i ». L’aîné n’est pas à la fête, il met l’après-midi à profit pour réfléchir à son comportement.

12 ans, ils se font les dents

Chez Anne et Justine, les aînés viennent de rentrer en 1re secondaire. C’est à cette occasion qu’ils ont reçu le smartphone tant convoité. À ce stade, ils se font encore les dents sur leur nouveau joujou, mais, de l’avis des mamans, ça se passe plutôt bien. « Avec Family Link, on décide des heures où le smartphone peut être activé, des applis autorisées et de celles qu’on souhaite bloquer ». Quarante-cinq minutes par jour d’un côté, cinquante minutes de l’autre avec un peu plus le week-end.
Côté réseaux sociaux, les garçons ont WhatsApp et le jeu Brawl Star qui fait des ravages dans cette tranche d’âge. Au départ, Hugo avait aussi Snapchat, mais Anne se félicite de l’avoir retiré. « C’était une horreur, il passait son temps à envoyer des ‘flammes’ aux copains. En plus du côté chronophage, on n’avait pas mesuré le risque des photos éphémères qui circulent. J’ai eu des retours d’autres parents qui nous ont motivés à le supprimer ».
Pour le moment, les fistons passent plus de temps à jouer qu’à communiquer avec leur téléphone intelligent. D’ailleurs, niveau communication, c’est tout sauf efficace, constatent les mamans. « Il n’avait pas compris les consignes d’un devoir, je lui conseille d’appeler un ami, au lieu de quoi, il envoie un message sur le groupe classe qui débouche sur vingt réponses. Il a consommé tout son temps d’écran sans obtenir l’info recherchée ». Philosophe, Anne se dit qu’il optera la prochaine fois pour l’appel à un ami ou une amie.
Après cinq mois d’usage, le retour est plutôt positif. Le cadre est solide et les garçons l’acceptent, se réjouissent les mamans qui ne sont pas dupes pour autant. « On sait aussi que ce sera l’objet de discussions, négociations, tensions. Il y en a même dans les copains qui ont trouvé des alliés pour faire sauter le contrôle parental ».

13 et 15 ans, elles réclament plus

Dans le coin salon, il y a aussi Guillaume et Marie-Pierre (Mpi pour les intimes), parents de deux filles de 13 et 15 ans. « Parfois, les choses t’échappent complètement », s’amuse Guillaume qui rapporte une anecdote racontée par sa sœur. Celle-ci a choisi une école qui dispense une chouette pédagogie, sert des repas bio, mais l’équipe extrascolaire est branchée écrans. Le midi, les gamin·es mangent devant la télé et durant l’après-quatre heures ils et elles jouent à la Game Boy.
On ramène le sujet dans le cercle familial. « Chez vous, ça se passe comment avec les écrans et vos ados ? » Mpi se lance : « T’as intérêt à mettre des règles très claires directement, c’est le nerf de la guerre. Sinon, tu te fais bouffer ». Quand bien même les règles sont claires, ce n’est pas pour autant qu’elles ne sont pas questionnées. Non seulement il faut justifier ses propres règles, mais il faut aussi argumenter le fait de mettre des balises là où d’autres parents n’en fixent pas.
C’est un sujet de tension récurrent, reconnait la maman. « La grande revient souvent à la charge pour réclamer plus de temps. Les années passent et on en ajoute ». La demi-heure octroyée à ses 12 ans a été multipliée par trois en trois ans. La cadette s’est aussi vu augmenter son temps d’écran, mais est preneuse de limites, consciente que les plateformes et les réseaux peuvent vite devenir chronophages. Et « la bouffer », selon ses propres mots.

« Et toi, maman, c’est quoi ton temps d’écran ? »

Autre variante d’assouplissement : les lieux. D’abord interdit dans les chambres, le smartphone s’est invité dans celle de l’aînée, qui réclamait davantage d’intimité. « On discute et on ajuste », explique Mpi. « Ce qui est hyper important, c’est d’être cohérent », complète Guillaume. Inutile, donc, de décréter qu’on ne monte pas avec le téléphone le soir si on ne s’applique pas la règle à soi-même. Les ados pointent très vite les contradictions parentales. Terminée aussi, l’excuse bidon du réveil. La tribu a investi dans des versions de réveil à l’ancienne pour laisser les téléphones intelligents hors des chambres la nuit.
La cohérence est aussi de mise en matière de temps d’écran. Mpi a déjà été interpelée : « Et toi, maman, c’est quoi ton temps d’écran ? ». « J’ai joué la carte de la transparence sans faire de chichi, curieuse aussi de la réponse qui s’affichait. Heureusement, ce n’était pas cata, mais ça m’a quand même incitée à me fixer un temps d’écran ».
Si Mpi et Guillaume affichent de la satisfaction face au cadre coconstruit, le couple est aussi en demande de mesures collectives et politiques plus larges. « C’est tellement galère d’être garants de tout ça. J’ai des attentes que les choses bougent, comme ça a été le cas avec l’interdiction des gsm à l’école. Ça donne un cadre ».
Guillaume joint l’exemple à la parole de Mpi. « On interdit bien l’alcool aux mineurs, pourquoi ne pas en faire autant et décréter un âge minimum pour l’obtention du smartphone, le téléchargement d’une appli ou les réseaux sociaux* ? ». Une limite à contrecourant du rajeunissement de l’obtention du premier smartphone, qui est désormais de 9 ans et 8 mois. « J’avais lu la phrase ‘Arrêtons de faire de nos enfants des cobayes’, ça me parle assez bien », conclut Mpi.

* Cette limite existe légalement via le RGPD (règlement général sur la protection des données). Elle est fixée à 13 ans, mais aucun dispositif réel n’est mis en place par les plateformes pour la faire respecter.  

LES PARENTS ET LES ADOS EN PARLENT…

Une activité parmi d’autres
« Nous avons trois enfants de 6, 9 et 10 ans. Ils sont tous les trois très demandeurs d’écrans, en particulier le petit dernier chez qui la limite est plus difficile à mettre. La semaine, ils ont droit aux écrans trente minutes, le soir, une fois que les devoirs sont terminés. Jamais le matin. Les jeux vidéo sont autorisés pour autant qu’ils y jouent ensemble. En ce qui concerne la tablette, l’usage est exceptionnel. Les enfants ont mis en place une boîte à gsm afin de ‘confisquer’ notre smartphone quand ils estiment que nous sommes trop sur nos écrans. Eux aussi nous rappellent à l’ordre. On essaye de favoriser les activités hors écran, comme le sport, les jeux de société, les mouvements de jeunesse, la lecture, les écoutes de podcasts, pour veiller à ce que les écrans soient une activité parmi d’autres. »
Anne-Lise

7 ans et déjà pirate
« Notre fils a réussi à contourner le contrôle parental sur la montre connectée de son copain, qui se plaignait du fait qu’il ne pouvait l’utiliser qu’à partir de 15h30. Du coup, Henry lui a suggéré de changer l’heure de sa montre et le tour était joué. »
Valérie

17-18-19 ans, en autogestion

  • « Je n’ai jamais eu de contrôle parental, mes parents m’ont toujours fait confiance. La plupart du temps je ne suis pas sur l’écran, j’écoute de la musique sur Spotify. Honnêtement, je trouve que ma consommation ne pose pas problème. Je dirais que j’y passe peut-être deux heures en semaine et, le week-end, ça peut monter à cinq-six. Je ne zone pas sur les réseaux, je discute avec mes amis ou j’organise mes sorties. Sur Insta, j’utilise surtout la messagerie, mais je follow aussi certaines personnes, j’adore tout ce qui a trait à la science. En dehors du smartphone, j’ai une tablette pour regarder des films et des séries sur Netflix. Pour l’école, j’ai aussi un ordinateur portable. »
    Alizée, 17 ans
  • « De mes 12 à 14 ans, j’ai eu un contrôle parental. Mes parents ont vu que je n’abusais pas, donc ils l’ont retiré. J’ai décidé moi-même de ne pas aller sur les réseaux sociaux avant mes 16 ans. Aujourd’hui, je suis sur Insta, TikTok et Snapchat. »
    Océane, 18 ans
  • « Je suis majeure, mes parents me laissent faire. Tant que j’ai de bonnes notes à l’école, ça va. Certains jours, je me rends compte que ça prend beaucoup de place, mais, si j’ai l’occasion de sortir, de voir des gens, je le fais. En moyenne, je dirais que je passe sept-huit heures par jour sur mon smartphone, je l’ai tout le temps avec moi. Le soir, c’est plus compliqué, je traine jusqu’à minuit, 1 heure du mat. Quand je dois me réveiller à 6h30, ça pique ! La nuit, aussi, ça m’arrive de regarder mon gsm. »
    Clara, 19 ans

EN CHIFFRES

  • Âge moyen de l’acquisition du premier smartphone : 9 ans et 8 mois
  • 99% des jeunes possèdent un téléphone portable personnel à partir de la 2e secondaire.
  • 72% des jeunes jouent sur le téléphone au moins une fois par semaine.

Source : Génération 2024, Media Animation

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