Loisirs et culture

Déplacements, d’Elisa Sartori (CotCotCot)

Déplacements, d’Elisa Sartori (CotCotCot)

Un déménagement, ce n’est pas rien. Les parents qui en vivent un en savent quelque chose. Les enfants aussi traversent ces changements de diverses manières. Dans son nouveau livre, Déplacements (CotCotCot éditions), Elisa Sartori aborde ces questions de déménagements, migration/émigration/immigration. Album graphique tout en élégance et sobriété qui n'est pas sans rappeler Bruno Munari, Déplacements explore ces lieux qui créent notre/nos identité(s). 

Déplacements

Nous avions rencontré Elisa Sartori pour son dernier livre : L’art de ne pas lire et avions proposé son portrait dans Le ligueur. Cofondatrice du collectif 10ème Arte avec Almudena Pano, elle remporté le prix de la première œuvre en littérature jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son album Je connais peu de mots, qui questionne notre rapport à la langue et à l'apprentissage d'une langue étrangère. Elle a également collaboré avec la poétesse nationale Lisette Lombé pour l’ouvrage À hauteur d’enfant, qui a intégré la prestigieuse sélection du « BRAW Amazing Bookshelf » à la Foire du livre de Bologne. La revoici avec un album sensible qui interroge une réalité vécue par bien des familles. Si un déménagement remue beaucoup de choses, que dire d’un exil, quand on quitte son pays ? Comment dépasser ses peurs et ses doutes ? Comment s'intégrer, trouver sa place ? Dans Déplacements (CotCotCot éditions), la narratrice, une jeune femme, nous raconte le récit de sa mère obligée de quitter, à 20 ans, son pays ensoleillé pour trouver des moyens de subsistance ailleurs. « La mort dans l’âme ». « Un au revoir qui avait sonné comme un adieu. Même si personne n’avait voulu l’admettre ». Dans ce récit transmis par la mère, il est question de solitude et des petites choses qui lui ont permis de trouver sa place et son identité dans cette terre d’adoption. Isolée dans une grande ville, elle cherche ses marques, puise dans ses souvenirs, meuble peu à peu sa maison, s’ouvre aux autres. Pas de grandes phrases ici, mais des scènes parlantes et des mots choisis. Des silences aussi, créés par un texte minimaliste ainsi que des pages tout en images. Les quelques situations décrites sentent le vécu, chaque élément a été pensé et on devine que l’autrice-illustratrice y a mis une partie de son expérience personnelle puisque, née à Crémone en Italie en 1990, elle s’est installée à Bruxelles, notamment pour y poursuivre des études à l’Académie royale des Beaux-Arts. Avec cet album, Elisa Sartori s’inscrit pleinement comme une héritière de l’Italien Bruno Munari, grand designer, peintre et illustrateur, notamment pour la jeunesse, décédé en 1998. À travers l’utilisation de collages de photos et de formes simples travaillés à l’ordinateur, de vides et de pleins, d’une palette de couleurs réduite à sa plus "simple" expression (noir, gris, blanc et orange), on retrouve dans Déplacements la prédilection de l’artiste italien pour la forme carrée, « forme stable et toujours égale à elle-même, dont aucun des côtés n'est privilégié » (dixit Wikipédia), ses albums conçus comme des livres-objets, un goût pour l'expérimentation à travers des formes insolites et des mises en page innovantes. L’essence de cet album se marque jusque dans la quatrième page de couverture, élégamment ornée d’un die-cut, une découpe amovible, noire d’un côté, blanche de l’autre, comme une fenêtre ouverte vers l’avenir et, surtout, l’amitié. (À partir de 6 ans)

Déplacements, d’Elisa Sartori (CotCotCot)