Crèche et école
De mémoire de Ligueur, nos archives en sont témoins, on n’a pas connu une telle fronde scolaire depuis les années 90. Ici, elle s’est jouée en plusieurs actes. Dès l’été 2024, les syndicats réagissent aux mesures avancées par la nouvelle majorité régionale. La concertion n’est pas de mise. Le gouvernement ne veut pas entendre la contestation. Celle-ci enfle et fait son lit le 14 octobre 2025 à l’occasion d’une gigantesque mobilisation pour dénoncer les mesures prises par la majorité Arizona l’été précédent. Elle compte entre 80 000 et 140 000 manifestant·es selon l’importance qu’on lui accorde… Des profs sont dans le cortège. Exprimant leurs craintes pour l’avenir. L’hiver passe dessus. Rien ne bouge, le détricotage social se poursuit. Les esprits s’échauffent, chacun dans son coin.
« Winter is coming »
Durant tout l’hiver, les appels à se coordonner entre profs et parents ne s’essoufflent pas. Un peu partout en Fédération Wallonie Bruxelles, se montent des piquets, composés de parents, de profs et parfois d’élèves. Ce sont des petits groupes qui se réunissent devant des établissements scolaires, devant les communes. Une colère monte. Des actions se coordonnent. Les infos circulent. Les grèves s’enchaînent. Les soutiens sont massifs. Quelque chose grandit. Quelque chose s’organise. Les sondages se multiplient dans les établissements pour savoir vers où aller. La colère déborde des syndicats et du monde enseignant. Les directions se montrent solidaires. La communication avec les familles des élèves est claire. « Nous sommes inquiets de la situation. Navrés pour les désagréments occasionnés. Mais si nous n’agissons pas maintenant, ce sont vos enfants qui vont en payer le prix ».
La lutte se structure autrement. Surgie discrètement entre janvier et février, elle porte un nom et revêt un visage, celui d’un alien. Mars Attacks naît et attise les braises des précédentes mobilisations syndicales. Souffle après souffle, les braises extraterrestres se répandent et embrasent une partie du monde enseignant. Partout dans la francophonie. Les messages sont on ne peut plus limpides. La cible, désignée. Au printemps, ils sont 56 établissements à protester contre les économies et rejoindre l’invasion. C’est sur la remise en question des réformes budgétaires liées à l’école que Mars Attacks va notamment se faire entendre. Basée sur une étude de la Centrale Nationale des Employés (CNE), selon nos profs E.T., l’austérité ne relève pas d’une contrainte technique mais d’un choix politique. Le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne découle pas d’un excès de dépenses, mais d’un problème structurel de financement, marqué par une diminution progressive de la part de ses recettes dans la richesse nationale. Le mouvement enseignant martèle alors que sans moyen pour l’École, il n’y a aucun avenir possible. Et que les enfants, a fortiori les plus défavorisés, n’ont en aucun cas à être les premières victimes des économies décidées. Le message est relayé. Mars Attacks bénéficie d’une écoute auprès d’une large audience. Les parents commencent à prendre conscience de l’ampleur des enjeux.
Un printemps pavé de ferveur
Minerval qui passe à 1 200 euros pour 58% des étudiants, 10% de travail supplémentaire non rémunéré dans le secondaire supérieur, qualifiant démoli, définancement des fournitures et des repas (voir en page X), brevet infirmier supprimé, détaché·es pédagogiques remercié·es, fins de carrière réaménagées, fin de la gratuité en académie… En mai, les parents soutiennent Mars Attacks. Nait alors Parents Attacks dont la ligne de conduite est sans appel : assurer un soutien massif aux revendications des profs. En quelques jours seulement et partout dans le pays, des milliers de parents rejoignent la page Facebook du mouvement. Il se produit alors quelque chose d’important : la triangulation - chère aux observateurs de l’école - se consolide de toutes ses bases, parents-profs-élèves.
Un été brûlant
Le 4 juin, en début d’après-midi, au Parlement de la FWB, la majorité MR-Engagés décide de tordre le règlement de l’assemblée pour faire voter au forceps sa réforme dans le secteur de l’enseignement. Aux abords du bâtiment, une manifestation massive des profs, d’élèves et de parents tourne au vinaigre. Autopompes. Chevaux de frise. Militaires déployés. Enfants nassés et gazés. Les violences émeuvent une grande partie du pays. Cela n’empêchera pas les réformes d’être adoptées. Tout le mois de juin verra alors fleurir des grèves, des actions de sensibilisation et des manifestations devant les écoles ou dans la rue. Certains établissements annulent les examens, d’autres ne les font passer qu’aux élèves en difficulté. L’année scolaire s’achève dans l’incertitude. Durant les vacances estivales on a vu la mobilisation se poursuivre, des nouveaux soutiens s’exprimer, signe que la rentrée pourrait être chaude. Les pages qui suivent vont vous permettre de prendre le pouls, d’identifier les points de friction, de confronter vos préoccupations de parents aux points de vue des expert·es et du terrain. De quoi alimenter la réflexion et comprendre les enjeux démocratiques, à court et long termes, d’un chantier vital pour l’avenir de nos enfants.
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