Société
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles réduit le budget des repas scolaires pour les enfants les plus précaires. Au point que les écoles n’auront plus, en moyenne, que 43 centimes pour fournir un repas. L’organisation de ces repas devient dès lors, de facto, impossible. Plus de 55 000 enfants défavorisés en subiront les conséquences.
À l’heure d’écrire ces lignes, le monde de l’école est une fois de plus en ébullition avec un mouvement de protestation décidé par le corps enseignant contre les mesures décidées par le gouvernement Degryse-Glatigny. Et si elle n’est certainement pas la raison principale de leur mobilisation, la question du futur des repas scolaires à destination des enfants les plus défavorisés tient une bonne place dans leurs communications, que ce soient celles des organisations syndicales de l’enseignement ou du collectif Mars Attacks.
En novembre, c’était la Ligue des familles qui avait tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences désastreuses de cette décision. Aux côtés de l’asbl École à table, puis de plus de cinquante organisations de la société civile, elle s’est mobilisée depuis pour demander au gouvernement de réexaminer sa décision.
On n’apprend pas le ventre vide
L’adage est connu : on n’apprend pas correctement le ventre vide, ni mal nourri par de l’alimentation aux apports nutritionnels trop maigres. Le cerveau des enfants a besoin d’aliments frais, de vitamines, de nourriture variée et équilibrée. C’est important pour apprendre, pour correctement se concentrer, pour mémoriser, mais aussi pour la santé des enfants et leur bien-être tout simplement !
Or, en Fédération Wallonie-Bruxelles, les constats sont clairs : les enfants, en moyenne, ne mangent pas bien suivant les recommandations sanitaires. Et c’est encore pire dans les écoles dites de l’encadrement différencié, où se concentrent les enfants issus des familles les plus précarisées.
Alors, il y a près de dix ans, la société civile avait obtenu que des écoles de milieux particulièrement défavorisés fournissent gratuitement aux enfants des repas scolaires chauds, complets, sains et durables, chaque jour de la semaine. Et depuis 2023, un décret permettait à 430 écoles maternelles et primaires de milieux précarisés d’offrir ces repas à leurs élèves.
Des moyens divisés par 2,5 et répartis dans deux fois plus d’écoles
En octobre, le gouvernement décide de lourdes économies dans tous ses domaines de compétences, mais les mesures budgétaires affectent tout particulièrement les élèves et écoles les plus en difficulté. Sur 5 € d’économies décidées dans l’enseignement obligatoire en 2026, 1 € vient du définancement de programmes de soutien aux élèves des écoles les plus défavorisées !
Un enfant sur cinq arrive parfois le ventre vide à l’école
Très concrètement, la ministre-présidente en charge du Budget, Élisabeth Degryse, et la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, suppriment le décret « repas », ainsi que le budget de 21 millions qui y était associé. En contrepartie, elles augmentent de 8,2 millions les moyens de toutes les écoles de l’encadrement différencié (deux fois plus nombreuses que les écoles bénéficiant actuellement des repas gratuits). Cela signifie que les moyens sont réduits de près de 13 millions et, en même temps, dilués dans deux fois plus d’écoles.
Fournir un repas avec 43 centimes ? Impossible
Le gouvernement indique que les écoles peuvent sans obligation puiser dans cette manne pour financer des repas. La Ligue des familles a calculé : cela signifie que toutes choses égales par ailleurs, en mettant de côté les frais fixes nécessaires au fonctionnement d’un service de repas, le subside moyen par repas passe de 3,70 € à 0,43 €. 43 centimes pour fournir un repas complet à un enfant : impossible. Dans certaines écoles, toujours parmi les plus pauvres, ce sera même 4 centimes par repas. Ces économies rendent inorganisables des services de repas complets et gratuits.
La Ligue des familles, École à table et 50 organisations (organisations de lutte contre la pauvreté, syndicats d’agriculteurs, opérateurs économiques de transformation alimentaire, de cuisines collectives, ceintures alimentaires, mutuelles et associations du secteur de la santé, fédérations d’associations de parents, syndicats des personnels de l’enseignement…) ont alors coordonné six mois de mobilisation et de plaidoyer intenses auprès des autorités.
Très vite, il apparait que le gouvernement n’avait pas calculé avec précision l’impact de ses économies avant de les décider, ni compris que cela signifiait concrètement la fin de nombreux services de repas ou l’obligation des parents les plus précaires de s’en désinscrire vu le coût à supporter désormais pour les familles.
Des conséquences en chaine pour la filière de l’alimentation durable
Les alertes du secteur économique de production alimentaire ont renforcé nos craintes : la construction d’une filière d’alimentation scolaire prend du temps. De si lourds définancements brutaux auraient des conséquences en chaine et durables sur la chaine de production : suppression d’emplois, fermeture de structures, désinvestissement de fermes qui s’engageaient vers une production respectueuse des écosystèmes et à destination de ces écoles…
En parallèle, une centaine de directions se mobilisaient dans des lettres ouvertes, expliquant qu’elles n’étaient plus en capacité d’organiser de service de repas complet, gratuit, sain et durable pour leurs élèves l’an prochain.
Six mois de mobilisation : le gouvernement maintient sa décision
La Ligue des familles et École à table se sont aussi tournées vers les 80 communes concernées dont les informations convergeaient avec les nôtres. Et nombre d’entre elles ont voté des motions demandant à la Fédération Wallonie-Bruxelles de surseoir à la décision. Hélas, il y a quelques semaines, malgré six mois de mobilisation, la majorité MR-Engagés a maintenu sa décision. Le futur des repas scolaires est donc bien sombre pour les 55 300 enfants de milieux défavorisés concernés. Il faut espérer que des communes pallient temporairement, mais rien n’est moins sûr…
Nous poursuivrons notre travail pour le droit à l’alimentation scolaire saine de tous les enfants, à commencer par les plus précarisés.
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