Vie pratique
L’ARCHIVE DU LIGUEUR
Lorsqu’on parcourt les archives du Ligueur dans les années 90, on est forcément très attiré par les articles traitant de ces technologies naissantes qui ont finalement envahi notre quotidien. En 1996, le Ligueur se fait l’écho d’un débat qui doit se dérouler sur la RTBF dans le courant du mois de janvier. L’émission ? L’Écran témoin, dont le principe était d’une simplicité classique : diffusion d’un film, puis discussion avec des intervenant·es sur une thématique bien précise.
Ce jour-là, c’est un long métrage avec Robert Redford, Sidney Poitier et Dan Aykroyd qui est programmé : Les experts. L’histoire débute à la fin des années 60, deux potes, génies de l'informatique, s'amusent à infiltrer les réseaux informatiques. Vingt ans plus tard, un des deux « pirates » se retrouve à la tête d’une société spécialisée dans la sécurité informatique.
Voilà de quoi lancer un débat nourri sur les « autoroutes de l’information ». Le Ligueur explique : « Il s’agit d’un vaste réseau satellitaire par lequel passeront à toute vitesse des monceaux de données numériques, y compris des images animées dont on sait qu’elles sont les dernières à avoir pu être adaptées en ce fameux langage binaire de l’informatique ». C’est qu’à l’époque, le système global est un peu poussif, « ça ne va pas très très vite, même pour les images fixes », constate votre magazine.
En 1996, seule une minorité des familles est connectée à internet. Il faudra attendre une dizaine d’années avant que la toile ne s’invite dans plus de 50% des habitations. Aujourd’hui, ce taux est de plus de 90% (92% en Wallonie, 98% à Bruxelles). Les nineties, c’est donc le tournant, les tuyaux qui véhiculent les données se renforcent et le « multimédia » s’impose en clé de voûte.
« Sans que soit encore très précis le vaste domaine que recouvre ce dernier vocable, on peut laisser aller son imagination à concevoir ce que pourra bien être dans le futur la conjonction de systèmes comme ceux du téléphone, de l’ordinateur et du récepteur de TV désormais non seulement réunis, mais aussi tous interactifs », peut-on ainsi lire.
Le ton du Ligueur sent un peu l’ivresse de la découverte, avec une mise en garde, car ces autoroutes, elles existeront « pour le meilleur et pour le pire, puisque le monde est monde et pas toujours des meilleurs ». Bref, est-ce que tout cela améliorera l’humanité ? C’est la question qui se pose en janvier 1996. Trente ans plus tard, on ne peut que formuler une réponse très nuancée, entre découverte de nouveaux horizons et bouillon de fake news, échanges nourriciers et indigence numérique.
À LIRE AUSSI