Crèche et école
Ayant 2 ans et demi, ils et elles viennent de faire leurs premiers pas à l’école. Ce que d’autres feront plus tard, c’est que des entrées en classe d’accueil se profilent tout au long de l’année scolaire (1). Un chamboulement pour ces petits bouts.
L’entrée en maternelle (en classe d’accueil dès 2 ans et 6 mois ou en 1re maternelle) est un événement dans la vie du jeune enfant. Et cela, hors actualité, comme celle marquée par la crise du covid ou par les inondations de 2021 qui ont causé des dégâts dans moults bâtiments scolaires en Wallonie.
Pour que cette entrée à l’école se passe au mieux pour l’enfant, deux idées maîtresses : soigner la transition entre le connu (la maison, la crèche…) et l’inconnu, et soutenir un temps de familiarisation à l’école. Éclairage - en forme de plaidoyer - de Mireille Pauluis, psychologue clinicienne, et de Marie Masson, licenciée en psychologie clinique et formatrice au Fraje (Centre de formation permanente et de recherche dans les milieux d’accueil du jeune enfant).
La familiarisation, plus qu’utile !
« Imaginez que vous êtes en vacances et que vous vous posez, un temps, dans une chambre d’hôtel, propose Mireille Pauluis. Vous en faites le tour et y créez des repères pour vous l’approprier, bref, vous vous la rendez familière. De la même façon, l’enfant, découvrant son école, a d’abord besoin de se familiariser avec elle. Mais lui ne peut le faire seul, il a besoin pour cela d’être accompagné. »
Si les parents en ont la possibilité, qu’ils visitent avec l’enfant l’école et la classe
D’où cette autre image soufflée par la psychologue : « L’enfant est tel un acrobate qui fait ses sauts périlleux entre deux trapézistes adultes. L’un le lâche et l’autre le rattrape, ils forment une corde de sécurité pour lui ». Au cœur des changements vécus, il a besoin de continuité.
Quand un bébé est accueilli dans une crèche, une familiarisation est d’office prévue. Elle devrait aussi aller de soi lorsqu’un enfant entre à l’école. « De plus en plus d’instits y sont sensibles », se réjouit Marie Masson. « C’est une question de respect de l’enfant », renchérit Mireille Pauluis.
Sur le terrain, la familiarisation débute diversement. Ici, avant son entrée officielle, le bambin plonge avec papa et maman, le temps d’une matinée, dans la classe en activité. Là, une rencontre entre la famille et l’instit a lieu juste avant le jour J. Il n’est pas rare que l’enfant participe à la classe quelques demi-jours avant d’y être full time. Selon les écoles, une familiarisation est systématiquement organisée par la direction ou elle se fait à la demande des parents ; il faut le savoir.
L’enfant, les parents, les professionnel·le·s
La familiarisation, « ce sont des moments de rencontre et d’échange entre trois partenaires : l’enfant, les parents et les professionnel·le·s - l’instit, la puéricultrice, la dame du dîner, l’accueillant·e temps libre… », précise Marie Masson.
Contexte sanitaire oblige, les parents auront peut-être peu de contacts avec les instits. « Mais ils ne doivent pas hésiter à pousser gentiment les portes, à poser des questions, à exprimer des demandes, à émettre des suggestions ». À la grille de l’école (s’ils ne sont pas autorisés à entrer dans la classe) ou via un groupe WhatsApp…
Cette familiarisation se fait progressivement. Sur une période plus ou moins longue. Au rythme de l’enfant. « Oui, il a besoin de temps pour trouver sa place dans le groupe, être bien dans le lien qui l’unit à l’adulte qui s’occupe de lui, intégrer les codes de l’école… », insiste encore la formatrice.
Concrètement, ça donne quoi ? Si les parents en ont la possibilité, qu’ils visitent avec l’enfant l’école et la classe, qu’ils lui montrent les toilettes, les portemanteaux, le coin dédié aux doudous… Histoire qu’il se fabrique des repères sur lesquels il pourra s’appuyer.
Côté relationnel, « il s’agit de créer du lien, un lien de confiance, entre les trois partenaires », explique Marie Masson. À leur disposition, des moyens simples. Au début, les instits peuvent, par exemple, prendre des photos des adultes en charge des enfants (avec et sans le masque) et les transmettre aux familles : ça facilitera les « vrais » face-à-face. Puis, des photos des réalisations des enfants peuvent circuler. Les parents auront ainsi une bonne idée de ce qui se fait en classe. Voilà aussi un chouette sujet d’échange avec les enfants.
Parent rassuré, enfant en confiance
« Les enfants ont une compétence extraordinaire à faire des choses pour aller bien, relève Mireille Pauluis. Un enfant peut beaucoup pleurer pour signaler qu’il n’est pas à l’aise à l’école. C’est positif qu’il exprime son mal-être ». Très souvent, quand on met en place quelque chose pour le rassurer, cela va mieux…
Le parent peut, lui aussi, avoir besoin d’être rassuré. « S’il est angoissé, c’est plus compliqué pour l’enfant de faire le grand saut, prévient la psychologue. En revanche, si l’école devient, pour lui, un espace familier où il est en confiance, l’enfant le ressent, il peut se dire : ‘Les parents sont O.K., alors moi aussi’ ».
Pour une transition en douceur entre le connu et l’inconnu, le doudou et la tétine ont une place de choix, si l’enfant en a l’usage. Ils figurent sur la liste des indispensables à apporter, avec la couverture et l’oreiller pour la sieste. On peut aussi glisser dans le cartable de l’enfant une boîte à bisous dans laquelle il pourra puiser dès qu’il en éprouvera le besoin. « L’enfant n’a pas forcément un doudou. S’il n’en a pas, c’est qu’il dispose d’autres ressources pour s’apaiser. Peut-être que, chez lui, la boîte à bisous aura du succès », commente Marie Masson. À exploiter également pour une douce transition, les livres jeunesse qui racontent l’école.
Un grand frère ou une grande sœur qui fréquente l’école, ça aide, témoignent par ailleurs les parents. L’endroit n’est pas totalement étranger à l’enfant qui y fait ses premiers pas. Et puis, l’aîné·e lui tient la main en arrivant, veille sur lui à la récré… souvent spontanément. Belle valorisation pour le grand ou la grande ! À condition qu’on ne lui mette pas la pression…
Séparations à la grille, etc...
La séparation, les matins, peut être ressentie de façon plus ou moins brutale. Avec l’enfant laissé à la grille de l’école… Certains parents évoquent un enfant littéralement arraché de leurs bras. D’autres trouvent le principe judicieux. « On ne donne pas à l’enfant de faux espoirs », dit une maman. « Comme cela, l’enfant pense que c’est lui qui quitte maman ou papa, et pas que ce sont eux qui l’abandonnent », répond en écho une autre.
Encore une fois, « la séparation se construit à deux, réagit Mireille Pauluis. Si elle est difficile pour le parent, elle le sera pour l’enfant. Qu’elle ait lieu en classe ou à la grille de l’école, c’est pareil ! J’aime bien l’idée de la maman qui dit ‘Quand c’est à la grille, c’est l’enfant qui me quitte’. Et il en est capable si, de l’autre côté de la grille, quelqu’un le prend par la main ou s’il est encouragé du regard ».
La continuité, c'est cela dont l’enfant a tant besoin. En cas de maladie, voilà le conseil de Mireille Pauluis : « Donnons-lui un carnet avec une photo de l’école et une autre de la maison : ‘Regarde, l’école est toujours là. Pour le moment, tu n’y vas pas car tu es malade, mais elle ne va pas disparaître’. Cela va le rassurer ». « Il n’y a rien à faire : la sécurité affective est prioritaire, conclut Marie Masson. Sans elle, on ne peut pas entamer des apprentissages ».
(1) Pour la 1re maternelle, si l’enfant a raté, pour une raison ou une autre, la rentrée de septembre, il peut toujours démarrer sa scolarité en cours d’année.
ZOOM
Prêt, pas prêt ?
Des signes indiquent que l’enfant est prêt à entrer à l’école, explique Marie Masson. « Il parle de lui en disant ‘je’. Cela montre qu’au niveau affectif, il acquiert la conscience d’une identité propre. Il réalise spontanément ses premiers dessins de figures fermées (le rond). Il fait comprendre ses besoins de base (besoins de sommeil, d’aller aux toilettes…), pas forcément par le langage. Il comprend que, quand on dit ‘les enfants’, on s’adresse à lui ».
Tout aussi important : qu’il fasse preuve d’une relative autonomie dans les gestes du quotidien. « Et là, aux parents de lui offrir un équipement avec lequel il se débrouille : des vêtements qu’il peut retirer sans difficulté au moment d’aller aux toilettes, une boîte à tartines et une gourde faciles à manipuler », insiste Marie Masson. Bien sûr, s’il est propre, cela aide, mais ce n’est pas un critère en soi.
« Il ne faut pas s’attendre à ce que tous les enfants soient prêts au même moment. Mais il faut croire en leurs compétences qui évoluent », souligne pour sa part Mireille Pauluis.
À savoir encore : entrer à l’école, c’est épuisant. « Et la fatigue se manifeste souvent par de l’irritabilité chez l’enfant », avertit Marie Masson.
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