Développement de l'enfant
Lait pour nourrisson, préparation de suite ou de croissance, pas évident de s’y retrouver dans l’offre abondante. Voici quelques balises.
À 1 mois, 45% des bébés boivent du lait pour nourrisson. À 3 mois, c’est 61%. À 6 mois, plus de 90% des bébés sont passés au lait de suite. À 9 mois, ils sont 99%. Conclusion : la quasi-totalité des bébés boit du lait infantile un jour ou l’autre, ce qui en fait un sujet d’intérêt pour les parents.
Dans les rayons de supermarché ou en pharmacie, il y a l’embarras du choix. À base de lait de vache ou de chèvre, labellisé bio ou non, standard ou thérapeutique, liquide ou en poudre, la gamme de laits infantiles ne cesse de s’étoffer. Même les grandes marques de distributeurs s’y sont mises. L’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) édite et met à jour chaque année un outil à l’attention des professionnel·les et des milieux d’accueil qu’il supervise pour les aider à s’y retrouver. Estelle Thomas, diététicienne du Pôle Diététique de l’ONE, et Gisèle Gual, diététicienne pédiatrique, nous aident à y voir plus clair.
Lait infantile versus lait de vache ou végétal
Pourquoi recourir à un lait infantile et ne pas opter pour un lait classique en vente en grande surface ? Dans une brochure de l’ONE, on peut lire ceci : sans adaptation, le lait de vache ne convient pas aux besoins du nourrisson. Sa composition n’est adaptée ni à sa croissance ni à sa santé. « Tous les laits de mammifères non modifiés (vache, chèvre, mais aussi jument, brebis...) contiennent trop de protéines. Ils sont par ailleurs carencés en fer et comportent trop de minéraux qui sollicitent trop les reins des tout-petits qui ne sont pas encore matures », complète Estelle Thomas.
La même brochure indique également que les boissons végétales (à base de riz, amande, châtaigne…) ne respectent pas les normes législatives des préparations pour nourrissons et de suite et ne répondent pas aux besoins des nourrissons et des enfants en bas âge. Elles sont aussi trop maigres, carencées en certaines vitamines et minéraux et n’apportent pas assez de calories pour répondre aux besoins de l’enfant pour assurer sa croissance et son bon développement.
La dénomination, un critère de choix
Les laits pour nourrisson conviennent de la naissance jusqu’aux 4 à 6 mois de l’enfant, période où son alimentation est exclusivement lactée. Entre 4 et 6 mois commence la période de diversification alimentaire où on introduit progressivement le repas de fruits et le repas de légumes. Cette transition marque le passage au lait de suite.
Les laits pour nourrisson et de suite sont soumis à une réglementation européenne qui impose un cadre en matière de composition et d’étiquetage. Il y a, par exemple, des normes précises sur les résidus de pesticides ou la teneur minimale en lactose. Il existe quatre dénominations légalement protégées : lait pour nourrisson, préparation pour nourrisson, lait de suite ou préparation de suite. « À partir du moment où le produit est estampillé d’une de ces quatre appellations, il répond aux normes de la législation, et donc il convient », explique Estelle Thomas, qui conseille de poursuivre le lait de suite jusqu’aux 18 mois de l’enfant.
« Avant de commercialiser leurs produits, les marques doivent déposer un dossier au SPF Santé publique qui contrôle la conformité du produit avec les règles européennes et belges en matière d’étiquetage et de composition. À l’inverse, les laits de croissance ne sont pas soumis à cette réglementation. « Le terme ‘croissance’ laisse entendre qu’il est indispensable à la croissance de l’enfant, nous préférons utiliser ‘lait pour enfant en bas âge’ qui correspond au lait que l’enfant peut consommer entre 18 mois et 3 ans inclus », indique Estelle Thomas.
Les points d’attention dans la composition
Il n’est pas toujours évident de décoder les étiquettes pour le parent. Voici quelques conseils pour vous guider.
- Les protéines : le moins, le mieux. « La teneur doit être inférieure à 1,5 g pour 100 ml pour les laits pour nourrisson. Un apport trop élevé en protéines augmente le risque d’obésité plus tard. Il sollicite aussi plus les reins du bébé qui ne sont pas encore matures et devront travailler davantage pour dégrader les protéines », précise Gisèle Gual.
- Un ratio au plus proche du lait maternel pour les laits pour nourrissons. Il existe deux sortes de protéines du lait : la caséine, qui se présente comme un fromage blanc, et ce qu’on appelle le petit-lait (lactosérum), qui est liquide. Il faut au moins 50% de protéines liquides qui sont plus digestes en opposition à la caséine qui augmente la sensation de satiété et limite les régurgitations, mais sera plus difficile à digérer.
- Pour les laits pour nourrisson et laits de suite, privilégier une teneur en lactose la plus haute possible. « Le lactose permet d’augmenter l’absorption du calcium et d’améliorer le transit », précise Gisèle Gual.
- Pour les laits des enfants en bas âge, privilégier une teneur en fer supérieure à 1 mg/100 ml de lait reconstitué et opter pour une composition sans sucre ajouté et sans arôme. Les termes saccharose, sirop de glucose ou de riz témoignent de la présence de sucres ajoutés.
- La présence de pré ou probiotiques est aussi intéressante. Sur l’étiquette, vous pouvez les repérer sous l’appellation GOS (galacto-oligosaccharides) ou FOS (fructo-oligosaccharides). Il s’agit de molécules qui permettent le développement de bonnes bactéries protectrices de l’intestin. Par exemple, les probiotiques sont des bactéries protectrices pour l’intestin, avec entre autres des effets bénéfiques sur le transit intestinal.
« En fonction de certaines spécificités (régurgitation, diarrhée, constipation), on privilégiera tel lait plutôt qu’un autre, remarque Gisèle Gual. Pour un bébé constipé, on cherchera un lait avec un taux de caséine plus faible. À l’inverse, pour un bébé qui régurgite, un taux plus élevé de caséine peut être intéressant… ou avoir l’effet contraire à celui recherché ! Je trouve ça difficile de donner la responsabilité aux parents de trouver le lait qui convient le mieux à leur enfant ». Un avis médical est recommandé, en particulier pour évaluer, au cas par cas, la pertinence des laits à indications spécifiques, qui sont par ailleurs coûteux et n’ont pas toujours une composition optimale.
Éviter la valse des laits
Coliques, constipation, reflux, selles liquides, il faut trouver la composition qui ira à votre bambin. « Nous recommandons de tester un lait au moins une ou deux semaines avant de décréter qu’il ne convient pas. Le changement trop rapide d’un lait à l’autre, qu’on constate très souvent, ne permet pas d’isoler le paramètre qui serait à l’origine d’une amélioration ou d’une détérioration », souligne Estelle Thomas. La diététicienne précise qu’il s’agit avant toute chose d’évaluer la quantité de lait bue, le nombre de dosettes utilisées et le respect des mesures d’hygiène (conservation de la poudre, nettoyage des biberons…). Il est également indispensable de rappeler que le système digestif du nourrisson est immature et que les déséquilibres de la flore intestinale sont normaux durant les premiers mois de vie.
ALLER + LOIN
Bio or not bio ?
La demande en lait bio est en augmentation et les marques y répondent pour offrir une gamme plus large de laits bio. « La réglementation des laits infantiles est très stricte, il n’y a pas de réelle différence dans la composition d’un lait bio à un autre non bio. Ce qui va faire pencher la balance, ce sont davantage des questions de bien-être animal en termes d’accès aux pâturages ou du fait d’avoir moins recours aux antibiotiques », précise Estelle Thomas. Certains parents sont aussi attentifs au fait de soutenir ou boycotter une marque plutôt qu’une autre.
EN PRATIQUE
- Le saviez-vous ? Les milieux d’accueil subventionnés doivent mettre à disposition au moins un lait pour nourrisson standard et un lait de suite standard pour pourvoir aux besoins en lait des enfants qui fréquentent le milieu d’accueil. Le choix du lait est laissé à l’appréciation du milieu d’accueil sur base des critères de choix à privilégier repris dans l’outil de l’ONE à l’attention des professionnel·les.
- Bon plan : les professionnel∙les des consultations ONE sont formé∙es pour accompagner les familles dans le choix du lait.
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