Développement de l'enfant
Notre attention est l’objet de toutes les convoitises. Que savons-nous sur ce grand hold-up du XXIe siècle ?
Captologie. « Ça me bouffe ». « J’ai peur des vidéos à l’infini et des placements de produits ». Expert·e, ado, parent, chacun·e parle avec ses mots de cette fameuse économie de l’attention qui représente un enjeu phare. Annie Randazzo, chargée de projets en éducation permanente à la Ligue des familles, connait bien le sujet. Depuis cinq ans, elle coanime des ateliers intitulés « La face cachée du clic ».
« L’attention est devenue une marchandise comme une autre, elle s’est même hissée au rang d’or noir, convoité par les industriels du numérique ». L’attention est un moyen au service d’une fin : collecter nos données. « Données qui sont ensuite revendues à des sociétés : les data brokers (ndlr : les marchands de données) ».
La question de l’économie de l’attention n’est pas nouvelle, selon Florian Glibert, chargé de projets en éducation permanente chez Media Animation. « La publicité dans la presse ou à la télé faisait déjà appel à cette même préoccupation de capter l’attention. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la myriade d’outils à disposition des géants de la tech pour cerner ce qui fonctionne et l’impact que cela peut avoir sur nos vies ».
Aujourd’hui, ces cerveaux informatiques connaissent vos objets de recherche, vos habitudes de consommation, les contenus que vous likez, vos abonnements, de quoi affiner toujours mieux votre profil. Au niveau technologique, tout est mis en place pour vous faire rester. Le design très soigné, les lancements automatiques de vidéo, c’est sans fin, comme votre scrolling (l’action de faire défiler votre écran). Et quand vous vous décidez à quitter, comptez sur les alertes ou les notifications pour vous y faire revenir. Un exemple ? « L’application gratuite Duolingo pour apprendre les langues. Elle va jusqu’à proposer à vos amis de vous envoyer des notifications pour vous inciter à continuer vos leçons », explique Florian Glibert.
Quel est le problème si c’est gratuit ?
Vous connaissez la formule qui dit que « si c’est gratuit, c’est toi le produit ». Votre temps d’attention est converti en revenus facturables à des annonceurs grâce aux publicités ou placements de produits ciblés. La mécanique algorithmique est bien huilée pour vous proposer des contenus sur mesure, en lien avec vos goûts, vos centres d’intérêt et vos profils. « Qui collecte quoi, comment les données circulent, quels acteurs sont impliqués : tout cela est assez opaque », précise Florian Glibert.
La dernière enquête réalisée par Média Animation révèle que plus les ados avancent en âge, plus ils sont au fait de ces mécaniques à l’œuvre. L’explosion des achats en ligne atteste pourtant du succès de ces stratégies commerciales. De quoi offrir encore de belles perspectives au cycle d’ateliers « La face cachée du clic » pour permettre une conscientisation plus large.
« L’attention est une ressource essentielle qui a permis à l’être humain de faire face au danger, mais aujourd’hui notre attention se monnaie. En tant qu’utilisateur ou utilisatrice du numérique, on a le droit de réclamer du respect pour notre attention », rappelle Annie Randazzo. Comptez aussi sur les ateliers pour sensibiliser à l’impact environnemental des centres de données ainsi qu’aux questions éthiques et démocratiques que pose la collecte de nos données.
EN PRATIQUE
Des ressources pour aller + loin
- Les collectifs : Attention et Lève les yeux !
- Le docu-fiction Derrière nos écrans de fumée (The social dilemma) de Jeff Orlowski qui donne la parole à des spécialistes et ancien·nes employé·es des géants de la technologie.
- La guerre de l’attention. Comment ne pas la perdre ?, Yves Marry et Florent Souillot (L’échappée).
- Liker sa servitude. Pourquoi acceptons-nous de nous soumettre au numérique ?, Louis De Diesbach (Fyp).
- La série documentaire Dopamine disponible sur ArteTV. Et pour contrebalancer la vidéo, La vérité sur ton cerveau et les écrans sur YouTube, avec Albert Moukheiber, docteur en neurosciences.
- « La face cachée du clic » : cycle de six ateliers qui invitent à réfléchir collectivement à la place qu’occupe le numérique dans nos vies, de questionner les usages, d’évaluer les effets pour mieux déceler les enjeux et découvrir des alternatives. Possibilité d’organiser un atelier à la demande. Ateliers gratuits et accessibles à partir de 11 ans moyennant l’accompagnement d’un adulte.
- Webetic : des ateliers autour de cette thématique des écrans pour trouver les pratiques les mieux adaptées à l'âge de ses enfants et à ses propres problématiques familiales.
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