Loisirs et culture

Le voyage d’Irma, de Mathias Baijot (CotCotCot éditions)

Le voyage d’Irma, de Mathias Baijot (CotCotCot)

Avec le mois de juin, on sent poindre comme un goût de voyage. Voyages au loin, voyages proches ou voyages imaginaires. C’est ce que propose un roman graphique étonnant paru fin 2024 : Le voyage d’Irma, de Mathias Baijot (CotCotCot éditions), d’une grande richesse graphique. Un récit surréaliste à plusieurs voix que nous réserverions à des adolescent·es, un conte philosophique traversé d’émotions diverses sur les pouvoirs de la fiction. Ce curieux voyage d’une baleine à bosse à la rencontre d’autres animaux est le premier roman graphique de Mathias Baijot, professeur d’éducation artistique dans le secondaire depuis 2016. 

Le voyage d’Irma

Il fallait oser, faire voyager une baleine hors de l’eau, Mathias Baijot l’a osé dans Le voyage d’Irma (CotCotCot éditions). Telle est la magie de la création et de la littérature jeunesse de pouvoir tout imaginer. Ce roman graphique très travaillé, où le souci du détail est tel que plusieurs lectures n’en épuisent pas toutes les possibilités, ne se révèle pas nécessairement à la première approche. Peu importe. Laissons-nous emporter dans cet univers aussi aquatique que champêtre.
L’ouvrage s’ouvre sur un prologue avec quatre mots : « La vie va super vite ». Quelques pages sans mot suivent, très travaillées graphiquement et en même temps d’une grande sobriété. Elles évoquent le crash d’une camionnette et un grand trou noir. Puis vient seulement la page-titre. Nous nous retrouvons dans une chambre. Y dort Irma la baleine… Serait-elle dans le coma ? Question en suspens… Telle Shéhérazade, elle rêve de « peupler sa vie de mille et un récits ».
Nous plongeons ensuite avec elle dans un univers aquatique au milieu de ses congénères. Le décor est celui des eaux quadrillées d’un océan-piscine. Séquence suivante dans une salle d’attente d’un aéroport. La baleine à bosse rejoint une troupe d’animaux, gorille, girafe, panda, etc. Une sorte d'arche de Noé. Après un vol qui déroule moult paysages à travers les hublots, elle est accueillie par quatre ami·es. Sillonnant les routes à bord d’un van, le groupe s’arrête chaque nuit dans un nouvel endroit, autour d’un feu de bois, pour écouter le conte de l’un ou l’une (Le livre est dédicacé à celles et ceux qui se reconnaîtront…).
Les récits ressemblant à des fables au vocabulaire recherché : Léon le héron raconte ‘Souffle’ autour d’un jeune trompettiste, Simone la vigogne opte pour ‘Les parapluies’ fabriqués sur mesure et Ernesto le blaireau narre la vie de Tiponata, ‘Petite souris’ devant un public d’animaux attentifs… Quand vient le tour d’Andréa le renard, le destin en décide autrement. Quelques pages rappellent l’accident évoqué au début. Tout en silence… Irma, elle, poursuivra son voyage… Avec cette œuvre chorale, c'est toute  la puissance de la fiction dans les moments de joie partagée comme dans les événements tragiques qui est mise en avant.

​Diplômé de l’ESA Saint-Luc et de l’ERG-Ecole de Recherche Graphique (Bruxelles), Mathias Baijot nous offre des illustrations d’une grande richesse et variété où il croise plusieurs médiums et agence différentes techniques au sein d’une même image. Crayons gras et collages donnent vie aux animaux et à leurs émotions dans des paysages colorés aux compositions étonnantes. Des vignettes en noir et blanc nous proposent un portrait de chaque animal ou des gros plans sur leur œil, comme si nous étions invitées à une étrange introspection, à notre propre voyage intérieur. (à partir de 14 ans)

Le voyage d’Irma, de Mathias Baijot (CotCotCot)