Vie pratique
On a donné la parole à des petits-enfants. Ils et elles nous racontent la relation avec leurs grands-parents. Savourez !
Au moment du confinement, les jeunes enfants ont exprimé avec force combien les grands-parents qu’ils avaient l’habitude de voir leur manquaient. On a alors pris conscience, si on en doutait encore, qu’ils avaient une vie hors de la cellule familiale. Et qu’elle était riche.
« C’est quoi un grand-parent pour toi ? », « Comment vois-tu ta relation avec tes grands-parents ? », « Qu’est-ce qu’elle t’apporte ? ». On a posé ces questions à des « médiums », surtout, et à des « (grands) ados » – pour reprendre des intitulés de rubriques du Ligueur. Précisons-le : ceci est un mini coup de sonde et notre échantillon est biaisé. Nos jeunes témoins ont un lien fort avec un ou plusieurs grands-parents. Pas de petits-enfants en rupture de contacts (comment parler de ce qu’on ne connaît pas ?). Et de leur point de vue, il n’y a pas de tensions entre parents et grands-parents. Un tableau idyllique ?
Voici le récit impressionniste – et chaleureux – de ce qu’ils et elles nous ont livré. On a aussi demandé à Mireille Pauluis, psychologue clinicienne, ce que leurs paroles lui inspiraient.
Et déjà un constat. Disponibilité, relations privilégiées, transmission… : les thèmes qui titillent les grands-parents sont partagés.
C’est quoi un grand-parent ?
Aux yeux d’Émilie (6 ans), un grand-parent, « c’est quelqu’un qui prend soin de nous et de nos parents, et qui est très gentil avec moi ». « C’est quelqu’un de la famille. Mamou, elle est gentille et rigolote », dit Léa (10 ans). « C’est quelqu’un qui s’occupe de toi quand les parents n’ont pas le temps de s’occuper de toi. Ma grand-mère travaille, mais elle a du temps pour moi », assure Jonathan (9 ans). « Les grands-parents, c’est les parents de mes parents. Ils sont libres pour moi », confirme Léah (11 ans). « C’est un peu comme les parents, sauf qu’on les voit moins, avance Maïa (9 ans). Ils ne nous font pas un bisou chaque soir. Ils en donnent, mais pas trois cent mille ».
- Ces mots évoquent à Mireille Pauluis les poupées gigognes : « Les grands-parents prennent soin de nous, petits-enfants. Ils prennent aussi soin de nos parents, ce qui permet à ceux-ci de prendre soin de nous ». Leur gentillesse et leur humour sont plus d’une fois pointés. « Une façon de souligner le regard décalé des aîné·es sur les choses ? Quand la situation est compliquée entre l’enfant et ses parents, cette gentillesse offre un refuge possible pour lui », commente la psychologue.
Grand-parent dispo pour…
« J’ai déjà perdu beaucoup de mes grands-parents. Alors, avoir une bonne relation avec son grand-parent, c’est mieux », plaide Léah. Une bonne relation ? « On peut se disputer, mais ce ne sont pas de grosses disputes comme avec les parents. Je suis dyslexique, l’école me stresse. On parle tout le temps de l’école avec les parents. Je suis contente que mes grands-parents me parlent d’autre chose. Avant, je faisais mes devoirs avec Papilou : ça créait de grosses embrouilles. Je ne les fais plus avec lui, c’est plus cool ».
Le mercredi après-midi est « le » moment avec les grands-parents. Et aussi « quand il n’y a pas école » ou « quand je suis malade ». À côté des leçons et devoirs, place aux jeux, bricolages, lectures, balades, sorties ciné ou musée… Chapeau le grand-parent taxi ! Luna (16 ans) : « Dans mes souvenirs d’enfant, on était une bande de huit ou neuf petits-enfants les mercredis après-midi chez ma grand-mère. Elle nous conduisait à toutes nos activités ».
La connivence intergénérationnelle est palpable. Léah apprécie d’aller dormir sans sa fratrie chez sa Mamou. Car « ma petite sœur, je la vois vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on se dispute souvent, elle me colle souvent ». Quentin (13 ans), lui, aime plus que tout « quand on est deux, ma grand-mère et moi, et qu’on se balade et discute. Je me sens en confiance avec elle ».
Certains grands-parents ont l’art de se mettre à hauteur d’enfant
À hauteur d’enfant
Certains grands-parents ont l’art de se mettre à hauteur d’enfant. Pour Léa, « Mamou est comme une amie. Maman dit qu’on a parfois le même âge. Moi, je garde mon âge, c’est juste Mamou qui rajeunit quand elle joue avec moi ». Jonathan aussi dit que sa grand-mère « peut servir de copain » : « Elle joue à cache-cache avec moi. Je lui montre de nouvelles cachettes. Seul problème : quand elle marche trop, elle a mal aux pieds ».
- Le plaisir de jouer ensemble est là, manifeste, relève Mireille Pauluis. « Les grands-mères seraient-elles plus jouettes que les grands-pères ? Plus globalement, les enfants sentent que les grands-parents n’ont pas la charge de l’éducation proprement dite ».
Les petits-enfants notent les différences entre grands-parents. Ils assument leurs préférences. Maïa : « Chez Papilou et Mamilou, je joue dans le grand jardin. Chez Mamy, on dessine, on reste plus dans la maison. J’aime bien me promener avec Mamilou. J’aime bien dormir chez Mamy parce qu’il y a la télé ». Léo (7 ans), son petit frère, acquiesce : « C’est chouette, la télé. Quand je dors chez Mamy, on peut faire la fête ».
- Pour la psychologue, « accepter que les grands-parents soient différents permet aux petits-enfants d’accepter d’avoir des liens variés avec eux. Sans doute qu’avec les parents, les enfants sont plus attentifs à l’idée de justice entre eux ».
À côté des différences entre grands-parents, les enfants voient des différences entre grands-parents et parents. Léa : « Mamou est plus stricte que maman. Elle crie plus. Mais elle a plus de patience pour mes bricolages : elle est d’accord pour les laisser dans le salon ». Maïa : « Mes grands-parents sont plus sévères que mes parents. Chez Mamilou et Papilou, c’est ‘Termine ton assiette’. Chez papa et maman, on se laisse aller, on n’est pas obligé de dire ‘S’il te plaît’ ».
- Mireille Pauluis réagit : « Les petits-enfants le savent : on ne fait pas n’importe quoi chez les grands-parents ». Et si ceux-ci ont un côté strict, « ils ne le pointent pas comme quelque chose de pénible : c’est plus rassurant pour tout le monde ».
Histoires de transmission
La réponse à « Comment vois-tu ta relation avec tes grands-parents ? » évolue à l’adolescence. Les centres d’intérêt changent. Quentin anticipe : « Je vais être de plus en plus avec mes copains. J’irai moins chez ma grand-mère. Je ne suis pas spécialement triste : on se verra toujours les dimanches, aux repas de famille ».
Pour Nicolas (21 ans), les grands-parents, « il faut les respecter pour leurs expériences de la vie. Ils ont des choses à nous apprendre. Ils nous racontent leur passé : leurs sorties, leurs fêtes… La vie de famille aussi : comment ils ont élevé papa et mes tantes ». Le grand ado insiste sur « leur amour débordant pour leurs enfants et petits-enfants : c’est très facile de les aimer vu qu’ils nous aiment tant ».
- « L’ensemble des témoignages confirme que, quand les petits-enfants ont de chouettes relations avec leurs grands-parents, ce sont des relations importantes pour eux », sourit Mireille Pauluis.
Laissons le mot de la fin à Luna : « Quand j’étais enfant, je ne réclamais pas des histoires à mes grands-parents. Maintenant, je suis friande de leur vie passée. Mon grand-père du côté de maman, c’était un vieux bonhomme qui me faisait peur quand j’étais petite. Aujourd’hui, il est un de mes grands-parents auxquels je suis le plus attachée. Je me suis rendu compte qu’il a eu mon âge avant moi. Cela le rend terriblement intéressant ».
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