Société
En plus de travailler à temps plein dans un service d’accompagnement pour personnes handicapées, Clara a décidé de compléter son emploi du temps par de l’extrasitting, entendez par là du baby-sitting dédié aux enfants porteurs d’un handicap.
Là où d’autres passent leur chemin, Clara en redemande. Le déclic n’est pourtant pas immédiat. À la sortie du secondaire, Clara s’oriente vers le tourisme. Elle enchaîne les missions en hôtels et agences avant d’atterrir dans un service de location de limousines de luxe. Des boulots aux antipodes de ses aspirations.
Un peu plus tôt, Clara avait déjà essuyé une grosse déconvenue professionnelle, il avait fallu mordre sur sa chique pour honorer les six mois du contrat. Deux expériences malheureuses qui sèment le doute et convoquent des questions de sens. « J’y ai perdu des plumes, mais ça m’a aussi appris des choses sur moi-même, je me suis découverte plus forte que je ne le pensais ».
Dans le bain de la différence
Clara entame un travail d’introspection. Elle ressent le besoin de se sentir utile, d’aider les gens. Une aspiration rencontrée avec bonheur depuis qu’elle est baby-sitter. Clara a 18 ans quand elle commence cette activité aux côtés de la Ligue des familles. Quelques années plus tard, l’association lui propose de participer à une formation de trois jours sur le handicap. « Je commençais à travailler, mais je voulais tellement y participer que j’avais pris congé ».
Clara ne regrette pas, elle y rencontre un éducateur qu’elle qualifie d’exceptionnel. Elle ne se souvient plus de son prénom, mais ses paroles la marquent à jamais. Tout comme les situations proposées pour se mettre dans la peau d’une personne en situation de handicap. Une réalité que Clara connaît bien, la compagne de sa maman étant en chaise roulante. Enfant déjà, Clara capte des regards, perçoit les difficultés d’accès. « Ça m’a ouvert l’esprit. À 11-12 ans, je me posais des questions très pragmatiques pour m’assurer qu’elle puisse manger ou accéder aux toilettes ».
L’été qui suit la formation, Clara envisage de reprendre des études d’éducatrice spécialisée. Quand elle en fait part à sa maman, celle-ci lui répond : « Enfin ! J’attendais que ça vienne de toi, mais c’est évident que c’est fait pour toi ». Forte de ces encouragements, Clara reprend le chemin de l’école.
Trois années passent comme une lettre à la poste tant ce qu’elle apprend est porteur de sens et la nourrit. La motivation est là. Chevillée au corps. Pour les stages, même topo. Clara sait ce qu’elle veut. En première année, une crèche inclusive. En deuxième, une école spécialisée. Pour la dernière, elle s’investit sur le terrain du sans-abrisme, mais sent qu’elle ne doit pas dévier de sa destinée.
Un grand truc en plus
Son diplôme en poche, Clara décide de s’investir dans le polyhandicap. Elle n’a encore aucune expérience dans le domaine, mais sa motivation est telle qu’elle décroche le job. Depuis neuf mois, c’est au sein de l’association Madras que Clara officie auprès de personnes porteuses d’un handicap modéré à sévère.
À domicile ou en extérieur, elle entre dans le monde de celles et ceux qu’elle accompagne. La jeune Bruxelloise se souvient par exemple d’une sortie au parc Léopold avec un jeune en chaise roulante. Clara met de la musique, le groupe Ozone passe et elle sent son contentement. « J’ai mis la musique à fond et je me suis mise à danser avec lui. Plus rien n’existait autour de nous, c’était magique. C’était tellement fort que je ne me suis pas aperçue que deux petites filles avaient rejoint la danse ».
En février, Clara a ajouté une nouvelle corde à son arc : Extrasitter. Tous les lundis soir, elle garde Olivier, un garçon de 7 ans qui présente un trouble du spectre autistique. Avec la même facilité, Clara rentre dans son monde de doudous pour interagir avec lui. Cette faculté lui permet aussi de sortir Olivier de ce monde pour lui apporter d’autres choses avec la lecture, le dessin ou le jeu.
Ce rendez-vous régulier, Clara ne le manquerait pour rien au monde. Au fil des rencontres, un lien de confiance s’est créé. C’est ce grand truc en plus que Clara vient chercher. De semaine en semaine, l’un et l’autre s’apprivoisent. Le contact tactile impossible à envisager les premières fois commence à aller de soi.
Quand on lui demande ce que ces relations lui procurent, Clara n’a pas besoin de réfléchir longtemps. La réponse coule de source. « Beaucoup de joie ! Une personne handicapée ne triche pas. C’est quelque chose d’unique qu’on ne peut vivre qu’avec des personnes extraordinaires ». Des exemples ? Clara en a plein sa sacoche. « Un bénéficiaire qui est capable de me dire qu’un geste lui fait mal, un autre qui se retourne pour vérifier que je suis bien là. Ça paraît rien, dit comme ça, mais c’est énorme tout ce qu’on engrange dans cette relation de confiance ».
EN SAVOIR +
- Que vous soyez parents d’un enfant porteur de handicap ou candidat·e pour devenir Extrasitter, retrouvez toutes les informations utiles sur le service Extrasitting sur liguedesfamilles.be/babysitting
- Les deux associations pour lesquelles Clara a travaillé et qui offrent du répit aux familles à Bruxelles sont les Tof services et l’asbl Madras.
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