Développement de l'enfant

Qu’est-ce qui se joue dans la classe ?

Quels apprentissages en classe d’accueil et en 1re maternelle ?

Que font les enfants en classe d’accueil et en 1re maternelle ? Qu’apprennent-ils ? Comment ? Selon la pédagogie de l’école, le style de l’instit, des variantes existent. Une constante, pourtant : les enfants apprennent d’abord à vivre ensemble, résument d’une voix Roxane Delcourt, institutrice à Bruxelles, et Catherine Minet, institutrice à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Regards croisés.

Point central en classe d’accueil et aussi en 1re maternelle : la socialisation, donc. Il s’agit de favoriser une bonne dynamique de groupe, « que les enfants soient bien dans leurs baskets, que la classe vive et rie », dit madame Roxane.

Vivre, créer, apprendre ensemble

Et l’institutrice de préciser : « On apprend à vivre avec les autres, à collaborer, à suivre les règles de vie de la classe, on apprend à se respecter, soi et les autres, à respecter le matériel, on apprend à être autonome et à avoir confiance en soi. Je mets fort l’accent sur la bienveillance et l’empathie : quand un petit copain pleure, on peut le consoler, et quand il est en difficulté dans une activité, on peut l’aider. Petit à petit, les enfants jouent et travaillent non plus en parallèle, mais ensemble. Chez nous, les activités sont les mêmes en classe d’accueil et en 1re maternelle, mais on est plus exigeant avec les enfants de 1re maternelle. Engagés dans une activité, ils doivent davantage en suivre la consigne. Et il faut qu’ils en terminent une avant d’en débuter une nouvelle, alors qu’en classe d’accueil, les enfants, en pleine phase de découverte, sautent forcément d’une activité à l’autre. »
En écho, madame Catherine explique : « Apprendre à vivre ensemble, c’est apprendre à trouver sa place dans le groupe, à partager, à s’entraider. À mesure que le temps passe, les enfants (au départ, très individualistes) créent ensemble : ils font une construction à deux-trois et voient qu’ils construisent plus grand que s’ils étaient seuls, ils jouent à plusieurs au magasin ou à la dînette et constatent que l’activité est plus sympa grâce aux partenaires de jeu. »
Mélanger la classe d’accueil et la 1re maternelle, et donc des enfants d’âges différents, c’est bénéfique pour tous : moins de stress, plus d’enthousiasme, les déjà habitués entraînant avec élan les nouveaux venus, les petits aimant être guidés par les grands.

Autonomie et maîtrise de soi

Vivre ensemble demande de gagner en autonomie et en maîtrise de soi. Reconnaître son cartable, le ranger, le rechercher, s’habiller seul… « Les enfants doivent être capables de tout cela avant d’entrer dans les apprentissages pédagogiques à proprement dit », assure madame Catherine. « Gagner en autonomie, c’est choisir un jeu, s’y tenir, puis le ranger. C’est prendre des initiatives : si l’enfant a renversé son jus, il prend le chiffon prévu à cet effet et nettoie ce qu’il a renversé », complète madame Roxane.
Et la maîtrise de soi ? « Pouvoir se maîtriser, c’est par exemple porter le petit plateau qu’on est allé chercher dans l’armoire jusqu’à la table sans le faire tomber, illustre madame Roxane. Et si on le fait tomber, ce n’est pas grave, on réajuste son geste. C’est être à l’aise avec son corps. C’est aussi maîtriser ses émotions car, si elles prennent le dessus, il est difficile d’être en mode apprentissage. »

Quels apprentissages en classe d’accueil et en 1re maternelle ?
© Getty Images - Image Source

Des jeux et des activités qui font sens

Une fois ces compétences solidement ancrées, les apprentissages dits plus scolaires – compter, explorer les grandeurs, les formes, les couleurs, faire du graphisme… – se déploient plus facilement. À partir d’activités concrètes qui font sens pour les enfants. En plus de jouer librement, de se déguiser, de peindre, de profiter des livres, de faire de la psychomotricité…
Pour qu’ils se repèrent toujours mieux dans le temps, les enfants sont confrontés à des routines quotidiennes. « Chaque matin, on s’intéresse au calendrier, dit madame Catherine : quel jour est-on ? Que va-t-on faire pendant la journée ? Je fais aussi un calendrier du mois, avec les anniversaires du mois. » Pour exercer la précision du geste et l’habileté du mouvement, « des petits jeux, tout simples, sont proposés, continue madame Roxane. Comme manipuler des pinces à linge, assembler des chaussettes semblables, boutonner et déboutonner… Je veille à ce que les enfants connaissent l’aboutissement de chaque activité menée. Je leur dis : "Bien manipuler des pinces à linge, cela va vous permettre, un jour, de bien tenir votre crayon et d’écrire votre prénom." » « Avant de faire du graphisme, on cherche des lignes dans la nature, développe madame Catherine. On approche les grandeurs et les poids en faisant la cuisine. On jardine, on va au bois. Les apprentissages passent par le jeu et le plaisir. Quand je dis "Chacun peut prendre trois biscuits", les enfants viennent en prendre trois : ils ont compté. Souvent, quand ils doivent mettre leur manteau, je dis : "Tous les enfants qui ont du vert sur eux vont chercher leur manteau", puis "Tous les enfants qui ont du bleu…" Ils se familiarisent ainsi avec les couleurs. »
Si pas mal de petits ont besoin de beaucoup manipuler pour apprendre, « certains sont d’abord dans l’observation : ils attendent d’être en confiance avant de se lancer dans une activité », remarque madame Roxane. Dans sa classe, cette institutrice propose des ateliers de plusieurs jours. « Les enfants choisissent leurs activités, ils évoluent à leur rythme. Je leur fais confiance, je leur fais aussi passer le message "Je sais que cette activité est difficile pour toi mais je sais que tu en es capable". »

LU POUR VOUS

Quelles compétences en jeu ?

Dans Les lois naturelles de l’enfant (Éditions des Arènes, 2016), Céline Alvarez, une institutrice et pédagogue qui plaide pour une révolution de l’école, relate l’expérience qu’elle a menée pendant plusieurs années dans une école maternelle de Gennevilliers. Avec, à la clé, pour les enfants, un bonheur d’apprendre certain. Inspirée par les travaux de Maria Montessori et les neurosciences, l’auteure nous éclaire sur les mécanismes d’apprentissage. Et c’est passionnant ! Par exemple, les compétences exécutives. « Ce sont les compétences cognitives qui nous permettent de fonctionner, d’agir de façon organisée pour atteindre nos objectifs. Les experts en relèvent trois principales : la mémoire de travail, qui représente la capacité à garder une information en mémoire sur un temps court ; le contrôle inhibiteur, qui représente la capacité à se contrôler, à se concentrer et à inhiber les distractions ; la flexibilité cognitive, qui représente la capacité à détecter ses erreurs, à les corriger et à se montrer créatif. » Les enfants ayant développé ces compétences « ont les moyens d’apprendre tout ce qu’ils souhaitent et d’atteindre les objectifs qu’ils se fixent dans la vie ». Plein d’explications dans le livre et sur www.celinealvarez.org.

BON À SAVOIR

  •  L’enseignement maternel est accessible aux enfants à partir de 2 ans et demi. À cet âge, c’est la classe d’accueil, suivie de la 1re maternelle. L’enfant inscrit dans une école peut y entrer à tout moment dès cet âge. Des écoles prévoient plusieurs entrées au cours de l’année scolaire.
  • Dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence, un référentiel des compétences initiales a vu le jour. Ce texte de référence définit ce que l’enfant doit apprendre et quand il doit l’apprendre, lors de ses trois années de maternelle. Il est commun à toutes les écoles maternelles. La priorité est mise sur le développement psychomoteur, intellectuel, social, affectif et artistique de l’enfant. C’est à la rentrée 2020 que le référentiel des compétences initiales est entré en application dans les classes de maternelle.
  • Pour mieux saisir ce qui va se jouer dans la classe de votre enfant, consultez aussi le projet éducatif et le projet pédagogique de son école.
  • Depuis la rentrée 2020, l’obligation scolaire commence à 5 ans. Son abaissement à 3 ans est régulièrement sur la table au fédéral, une évolution globalement soutenue par la Ligue des familles, en tout cas pour ce qui concerne l'inscription (sans obligation de fréquentation).
  • La gratuité des fournitures scolaires est aujourd’hui d'application pour tout l’enseignement maternel et pour les 1re, 2e et 3e années du primaire. Autrement dit, à part le cartable et le plumier non garni, l’école fournit gratuitement le matériel scolaire ; vous ne devez rien payer.
  • Plein d’infos sur www.enseignement.be et www.liguedesfamilles.be (pour les études et revendications de la Ligue des familles).